‹ Une campagne au TonkinChapitre 134 sur 299 · ÉGLISE CATHOLIQUE UE NAM-DI MI · texte numérisé non relu

ÉGLISE CATHOLIQUE UE NAM-DI MI

est passée, on rebâtit en aussi peu de temps qu’on a mis à défaire. » Le Père me fait ensuite visiter la petite chambre qu’il occupe au premier étage d’un bâtiment en briques construit à l’ombre du temple. On monte

l. Mi CAMPAGNE AU TONKIN.

à cctle chambre par une espèce d’échelle ; elle a pour unique mobilier un cadre en bambous recouvert d’une mince natte; c’est le lit, qui ne diffère pas de celui des plus pauvres paysans. Le Père Girod n’a pas même un escabeau pour s’asseoir : il travaille devant une petite table basse, les jambes croisées à la façon des tailleurs, sur la natte qui recouvre le plancher. Cette natte est d’une blancheur immaculée; les missionnaires vont et viennent nu-pieds chez eux, comme les indigènes; ici, comme au Japon, la politesse veut qu’on laisse ses sandales à la porte.

Dans un coin, un costume complet d’Annamite est accroché à la muraille. Tout y est : le lié-ao et le ké-kouan en calicot blanc, le grand chapeau conique, la pièce de crépon dont on fait un turban pour la tête, et jusqu’aux sandales en peau de buffle qui ressemblent si bien à celles des capucins. C’est le costume de voyage du missionnaire. Les prêtres français sont constamment par monts et par chemins; ils parcourent sans cesse les villages et les chrétientés, et, pour ne pas attirer l’attention, ils portent dans leurs tournées les vêlements du pays.

Deux grandes congrégations, l’une française, l’autre espagnole, propagent depuis plus de deux siècles la religion catholique au Tonkin. Pour éviter toute contestation entre elles, elles se sont partagé le pays suivant une ligne de démarcation très nette qui répond au tracé du fleuve Rouge et de la rivière Claire. Toutes les provinces situées entre la rive gauche de ces deux cours d’eau et la Chine, c’est-à-dire Lang-son, Cao-bang, Tuyen-quan, Thaï-n’guyen, Bac-ninh, Haï-d’zuong, Quang-yen, Hong-yen et la plus grande partie du Nam-dinh, sont sous la juridiction spirituelle des Pères Dominicains espagnols. Toutes les provinces qui correspondent à la rive droite des mêmes fleuves, savoir: Hong-hoa, Son-tay, Ha-noï, une partie du Nam-dinh, Ninh-binh et Thanh-hoa, sont administrées, sous la dénomination générale de Mission du Tonkin occidental , par des prêtres de la Société des Missions étrangères de Paris. Ces derniers, au nombre de 45 seulement, ont à diriger environ 200 000 chrétiens, groupés autour de 400 églises sur une étendue de 12 000 kilomètres carrés.

Pour mener à bonne lin cette tâche écrasante, ils ont dû former un nombreux clergé indigène. Ce clergé, pour la seule Mission du Tonkin occidental, ne comprend pas moins de 07 prêtres et de 550 catéchistes.

Une agglomération de chrétiens habitant des villages rapprochés et groupés autour d’une église prend le nom de chrétienté; vingt ou trente de ces chrétientés réunies constituent une paroisse, administrée par un prêtre indigène qui demeure à poste fixe dans la chrétienté la plus impor-

Page 1