LE CLERGÉ INDIGÈNE
pas le moindre rapport avec la leur. Ils arrivent à la parler fort bien, en prononçant très distinctement à la manière italienne et avec un léger accent
ÉLÈVES DU COLLÈGE DE HOANG-n’güYEN.
qui ne manque pas de grâce. Leur mémoire surtout est prodigieuse : pour obtenir le diplôme de catéchiste, ils sont obligés de réciter par cœur, et sans en changer un mot, une instruction sur la façon de réfuter les super-
slitions des idolâtres qui ne comprend pas moins de deux gros volumes.
Le clergé indigène et les chrétiens eux-mêmes sont extrêmement dévoués aux missionnaires. Il en résulte que ces derniers disposent au Tonkin d’une force considérable et d’une influence dont nous avons intérêt à tenir compte. Les Dominicains espagnols établis au nord de notre colonie n’ont pas toujours très bien servi notre cause; mais les Pères des Missions étrangères se sont constamment montrés d’excellents patriotes et de bons Français; jamais ils n’ont refusé à nos généraux l’aide de leurs conseils et de leur expérience du pays, et, en différentes occasions, leurs émissaires nous ont fourni sur les agissements de nos ennemis des renseignements précieux qu’il nous eût été impossible d’obtenir autrement.
Les Missions n’ont fait que s’accroître au Tonkin depuis le Père de Illiodes; les prêtres catholiques rencontrent cependant dans leur propagande des difficultés, des résistances, qu’il leur serait impossible de vaincre sans leur patience à toute épreuve et sans leur ténacité.
En débarquant au Tonkin, les missionnaires ont trouvé un peuple indifférent en matière de religion, mais très superstitieux et en même temps très fortement attaché à ses anciens usages. Ce peuple suivait trois doctrines religieuses différentes : le bouddhisme, le taoïsme et le confucisme.
Le bouddhisme, importé au Tonkin vers le ior siècle de notre ère, après avoir été très florissant, a perdu peu à peu le terrain conquis. Le peuple ne le suit plus guère aujourd’hui que par habitude; ses temples tombent en ruines; ses bonzes ont presque tous disparu, et ceux qui restent ne jouissent pas d’une considération bien grande. Quand un Annamite montre dans une pagode une statue du Bouddha, c’est en riant, sans aucun respect, comme nous montrerions une statue de Jupiter.
Le taoïsme, venu de Chine, est tombé dans un discrédit encore plus complet. Son fondateur, Lao-Tseu, une des plus grandes figures de l’antiquité chinoise, est devenu chez les Annamites, sous le sobriquet de Lao- Papa (le Père Lao), le patron des devins, des sorciers et des charlatans de bas étage «pii exploitent la crédulité publique.
Si les Tonkinois font assez bon marché des doctrines de Bouddha et de Lao-Tseu, ils sont au contraire très attachés à celle de Confucius. Le confucisme est la religion officielle; c’est celle du roi et du corps des lettrés tout entier. Le terme religion appliqué au cas particulier n’est peut-être pas très exact : bien «jue Confucius ait admis sous le nom de Am (Yn des Chinois) un principe immatériel auquel le roi et les mandarins offrent chaque année des sacrifices, sa doctrine est moins une religion qu’un