‹ Une campagne au TonkinChapitre 188 sur 299 · LE CORTÈGE FUNÉRAIRE · texte numérisé non relu

LE CORTÈGE FUNÉRAIRE

Le cortège s’avance lentement, avec des pauses fréquentes, pendant lesquelles les femmes, qui suivent le corps sous un dais de soie blanche, poussent des gémissements bruyants. A deux reprises différentes, le convoi fait une longue pause pour permettre à des groupes d’amis du défunt, rencontrés en route, de lui offrir leurs derniers hommages. Le cérémoniaire les annonce ainsi au mort pendant qu’ils s’agenouillent devant le cercueil arrêté au milieu des champs :

Voici qu’il y a des présents à recevoir ; des amis que nous avons rencontrés en chemin demandent à vous les offrir.

On arrive enfin devant la fosse ouverte. Les phuong-luong qui marchent en tête la frappent aux quatre coins avec leurs boucliers, pendant que le sorcier fait des incantations pour conjurer le mauvais sort. Le cérémoniaire brûle devant le cercueil, qu’on a placé sur deux rouleaux de bois disposés au-dessus de la fosse, des pièces de soie et la grande bannière sur laquelle sont inscrits les noms et qualités du défunt. La bière, enveloppée d’un drap noir et d’un drap violet, est ensuite descendue lentement, et recouverte de terre jusqu’à ce que la fosse soit comblée à moitié. Alors s’avance un notable tenant à la main un papier, sur lequel est écrite une invocation à la Reine des dénies de la Terre; il récite cette invocation à* genoux, priant la reine des Esprits de protéger le sépulcre, afin que le défunt puisse y reposer en paix. On achève ensuite de recouvrir le cercueil, et, après que les parents et les amis ont brûlé encore quelques papiers et versé sur la terre fraîchement remuée quelques coupes de vin de riz, tout le monde se retire.

Tel est, dans ses grandes lignes, le cérémonial usité en Annam pour rendre les derniers devoirs aux défunts. Les Tonkinois ne manquent jamais de l’accomplir dans tous ses détails; ne pas y procéder serait pour eux un crime horrible et inouï. L’âme d’un défunt ne peut, d’après leur croyance, être tranquille et heureuse que lorsque le corps qu’elle habitait a reçu une sépulture convenable. C’est à tel point que quand un indigène a péri dans des circonstances qui ne parmettent pas de retrouver son corps (lorsqu’il est tombé dans la mer ou qu’il a été dévoré par un tigre), la coutume est de lui faire un enterrement simulé. Les parents ont alors recours à une cérémonie appelée chicn-hon-dap-nan, ce qui veut dire qu’ils évoquent son âme pour lui construire un tombeau. La famille du défunt fait fabriquer un mannequin qu’on revêt de vêtements ayant appartenu au mort, et qu’on place dans un cercueil. Après avoir conjuré l’âme de quitter sa vie errante et de venir habiter le corps qu’on a recon-

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