‹ Une campagne au TonkinChapitre 197 sur 299 · MARCHANDES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

MARCHANDES INDIGÈNES

vent tenir constamment prêts pour le service postal un certain nombre d’hommes qui en revanche sont exemptés de l’impôt. Pour rassembler l’armée de coolies qui nous arrive, les autorités annamites ont réquisitionné les corvées des villages et les hommes des trams de presque toutes les provinces. Beaucoup de ces hommes viennent de très loin, de Quang Yen, de Nan-Dinh et même d’Haï-Phong; il faudra les surveiller attentivement si nous ne voulons pas qu’ils nous brûlent la politesse. L’Annamite en effet n’aime pas s’éloigner de son village surtout lorsqu’il faut voyager dans les régions montagneuses pour lesquelles il éprouve une horreur insurmontable; d’autre part nous sommes à la lin de l’année chinoise; c’est l’époque où les Tonkinois se réjouissent en famille et se réunissent à

UN R CAMPAGNE AU TON Kl N.

la maison paternelle pour fêter les ancêtres. Toutes ces raisons font que le général en chef craint des désertions nombreuses dans le personnel des porteurs et qu’il a pris pour les éviter les précautions les plus minutieuses; les charges seront réparties de façon que les coolies ne portent pas plus de 50 kilos chacun; ils seront abondamment nourris, bien vêtus, bien payés. Au départ, la grande poche qu’ils suspendent en bandoulière et dans laquelle ils serrent leurs provisions a été garnie de riz blanc; ils ont reçu un beau chapeau neuf, un manteau de feuilles et, pour deux hommes, une grande couverture rouge (en Annam le rouge est le signe de la joie). Ils toucheront par jour une ligature (0 fr.,90), juste la somme qu’ils gagneraient en un mois s’ils travaillaient pour les mandarins. De plus, comme on ne saurait prendre avec eûx des précautions trop grandes, ils ont été fortement encadrés : '20 coolies forment une escouade commandée par un cal ou caporal indigène; deux escouades sont réunies en section sous les ordres d’un dot ou sergent ; cinq de ces sections sont dirigées par un lieutenant français.

Le 2 février au matin, les troupes quittent le camp pour s’organiser au pied du fort en ordre de marche; elles vont pouvoir s’étendre à l’aise dans celte plaine aride qui se poursuit sur une étendue de 5 kilomètres dans la direction des montagnes. Nous attendons à l’écart dans un champ en friche notre tour de prendre place dans la colonne; nos coolies, rangés en ligne et appuyés sur leurs grands bambous, ont déposé dans la houe leurs caisses et leurs ballots. Il fait froid; il pleut; un brouillard humide et épais nous enveloppe et masque tout à dix pas.

Pendant deux grandes heures, nous voyons l’armée défiler devant nous : c’est d’abord un peloton de chasseurs d’Afrique aux grands chevaux efflanqués, puis une section du génie avec de nombreux coolies armés de pics et de pioches pour refaire les roules et jeter les ponts; deux compagnies d’infanterie et une section d’artillerie complètent l’avant-garde.

I n intervalle, et voici le gros de la colonne : infanterie de ligne, bataillon d’Afrique et légionnaires, tirailleurs algériens et tonkinois, troupe de marine en uniforme sombre, tous rangés sur quatre lignes et ployant sous le sac, qu’on a été obligé de faire trop lourd; il faut que chaque homme porte des vivres pour cinq jours, sa lente, ses cartouches; c’est un poids de Ô7 kilos. L’artillerie leur succède; les grosses pièces démontées sont chargées sur des mulets; deux batteries de 4, traînées par des mules ou de petits chevaux, tracent dans les herbes de profondes ornières.

Vers dix heures, le soleil linil par percer la brume; le brouillard se

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