‹ Une campagne au TonkinChapitre 200 sur 299 · LUI · texte numérisé non relu

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ROUTE DF TANT, -SON, D APRES LES OFFICIERS TOPOGRAPHES DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE.

une passe élroile et tortueuse bordée à droite et à gauche par deux ligues continues de montagnes pelées; les flancs profondément ravinés de ces montagnes descendent en pente assez douce jusqu’à un ruisseau qui occupe le fond du défilé et dont le murmure parvient jusqu’à nous. La route de Lang-son longe ce ruisseau; c’est un tout petit sentier, qui trace une étroite bande claire au fond de la passe et qui disparaît bientôt entre deux montagnes.

La colonne a fait halle; nous contemplons cette contrée morne et désolée qui étale comme à plaisir devant nous son sol profondément bouleversé et qui semble vouloir nous montrer d’un seul coup l’ensemble des obstacles que nous aurons à vaincre. Nulle part on ne découvre ni une habitation, ni une culture: les soldats comprennent bien maintenant pourquoi leurs sacs sont chargés de vivres et l’utilité de celle armée de coolies qu’ils traînent derrière eux au risque de retarder leur marche. Des trois routes qui conduisent à Lang-son, c’est celle du Déo-van qui est la plus accidentée et la plus difficile. Jamais les Chinois, qui la connaissent bien, n’auraient pu supposer que nous nous y engagerions de préférence. Aussi ont-ils négligé de défendre l’entrée des défilés, concentrant la majeure partie de leurs forces sur la route du Déo-quan et surtout sur celle de Bac-lé, où ils avaient accumulé îles défenses tellement formidables que tous nos efforts s’y seraient brisés à coup sur.

Après une balle d’une demi-heure pour laisser reposer les soldats et les coolies, la colonne reprend sa marche en avant : l’artillerie, l’ambulance, le convoi descendent les pentes pour aller retrouver le petit chemin aperçu des hauteurs. Afin d’éviter toute surprise, les troupes de ligne suivent les crêtes à droite et à gauche de cette passe profonde; du fond de la vallée nous voyons chaque soldai découper nettement sur le ciel une petite silhouette pas plus haute que le doigt. Pesamment chargés, arrêtés à chaque instant par un rocher qu’il faut escalader, un ravin qu il faut franchir d un bond, les fantassins n’avancent pas vite; à cinq heures du soir nous n avons encore parcouru que la moitié de la passe. Déjà la nuit, vient; le ciel se couvre de gros nuages noirs, la pluie tombe à torrents. A la rigueur, les éclairs qui sillonnent le ciel de minute en minute nous permettraient encore de continuer notre route; mais les violents coups de tonnerre qui leur succèdent presque aussitôt et qui se répercutent dans la montagne en roulements formidables jettent la terreur parmi les coolies, qui refusent d’avancer; d’ailleurs les troupes qui suivent les hauteurs risqueraient, par celle nuit obscure, de tomber dans quelque fondrière. Nous faisons

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