‹ Une campagne au TonkinChapitre 202 sur 299 · COI. UU DÉO-VAN · texte numérisé non relu

COI. UU DÉO-VAN

les petites collines qui lui succèdent sont séparées par d’étroits vallons couverts de beaux arbres.

Bientôt le sentier et le ruisseau qui l’accompagnent font un coude brusque ; nous débouchons dans une vallée spacieuse, au village de Cao-niat, misérable hameau composé d’une douzaine de masures qui menacent ruine. La brigade du général de Négrier y a campé la veille; elle a trouvé dans les cabanes désertes des corbeilles de poudre abandonnées par les Chinois et quelques sacs de riz avec lesquels les coolies ont fait bombance.

Les patrouilles qui, pendant toute la matinée, ont battu les environs, ont essuyé à différentes reprises des coups de feu de l’ennemi. Les Chinois

UNE CAMPAGNE Ali TON Kl N.

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ne sont pas loin de nous; nous déjeunons vivement, prêts à tout événement.

Au nord de la vallée dans laquelle toute la colonne est massée, le sen- I ier, toujours très étroit mais bien tracé, s’incline vers l'ouest pour passer entre une série de montagnes couvertes de hautes herbes et de broussailles. La brigade du général de Négrier prend la tète et s’engage dans ce sentier, flanquée à droite et à gauche par des groupes d’éclaireurs qui Ibuillent les mamelons voisins. Nous avançons avec la [tins grande prudence; le pays est absolument inconnu; il faut s’attendre à rencontrer l’ennemi derrière chaque pli de terrain. Un grand silence règne dans la colonne; chacun de nous fouille anxieusement du regard toutes les collines et tous les buissons. Nous marchons sans songer à la fatigue, fouettés par celle émotion bizarre (pie ressent le chasseur de gros gibier quand le danger est proche.

Bientôt nous quittons la roule pour nous enfoncer à droite entre les mamelons. L’ambulance a recruté d’excellents compagnons : d’abord l’abbé G..., qui, pour ne pas être gêné par les broussailles, a relevé sa longue soutane autour des reins; il fait des enjambées énormes, s’appuyant sur une longue lance volée aux Chinois. Nous avons aussi deux reporters étrangers, envoyés par leurs journaux pour suivre la campagne et qui, montés sur de petits chevaux du pays, fouillent sans cesse les environs avec leurs lorgnettes. Personne 11e connaît au juste leur nationalité; ils ne parlent [tas français et nous ne nous entretenons que par gestes ; ce sont à coup sur des Anglais ou des Américains. Très aimables compagnons, eux aussi, malgré leur mutisme forcé, leurs lunettes et leurs voiles verts.

Halte! Voilà l’ennemi! A droite, à "2 kilomètres en avant, au sommet d’un massif de collines dont les pentes à pic sont presque inacessibles, des loris chinois barrent la roule. Comme pour nous braver, leurs défenseurs agitent au-dessus des créneaux de nombreux pavillons de toutes couleurs. L’artillerie reçoit l'ordre de se porter sur un mamelon situé à environ I 500 mètres des ouvrages; les mulets grimpent aux pentes comme des chamois; les artilleurs poussent par la croupe les bêtes récalcitrantes, pendant que leurs conducteurs les tirent par la bride; pas de route, mais des cailloux roulants, des trous masqués par les herbes, des crevasses qu’011 est obligé de tourner. De temps en temps un mulet s’abat; il faut le décharger pour le relever.

La brigade du général de Négrier s’est formée en deux colonnes : l’une,

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