‹ Une campagne au TonkinChapitre 203 sur 299 · A L’ASSAUT · texte numérisé non relu

A L’ASSAUT

composée de troupes d’Afrique, prend par la droite ; 1 autre, formée par 1 infanterie de ligne, attaque à gauche. Pendant qu’elles descendent les pentes, elles restent invisibles, masquées par les inégalités du terrain; mais bientôt nous devinons leur marche au fond du ravin, grâce aux ondulations des hautes herbes. L’artillerie fait un feu d’enfer au-dessus d’elles, les

l’artillerie escalade les crêtes.

obus éclatent près des forts chinois, qui restent muets, mais dont les grands pavillons bottent toujours.

A droite, un soldat vient de se hisser à bout de bras hors du ravin en s’aidant des hautes herbes et des lianes; dix autres le suivent, et bientôt la troupe tout entière gravit la pente raide qui nous fait face et qui aboutit au fort chinois le plus rapproché. Les soldats montent tranquillement sac au dos; on les compterait presque; le bataillon de la légion est là tout

I NE CAMPAGNE Aü T0NK1N.

on lier avec deux compagnies du bataillon d’Afrique. Les hommes, penchés en avant, s’accrochent aux branches d’arbres et aux aspérités du sol, car la pente est raide et inégale. L’artillerie, craignant de les atteindre, s’est tue.

Le fort chinois est toujours muet; rien 11e semble bouger derrière scs créneaux menaçants que nous fouillons sans relâche avec nos lunettes.

Les légionnaires vont toujours ; les voilà maintenant a moins de 400 mètres des retranchements ennemis; une émotion poignante me saisit ; il me semble que chacun de leurs pas retentit jusqu a moi.

Tout à coup les créneaux se couvrent de fumée; une fusillade lormidable éclate. Nos soldats ont reçu la décharge sans broncher; ils ont déposé leurs sacs cl ils continuent à avancer l’arme à la main, prêts a tirer. A "201) mètres du fort, leurs clairons sonnent la charge; nous les voyons bondir, sauter dans les lossés, se cramponner aux créneaux et disparaître derrière les murs en terre. Une fumée intense enveloppe les retranchements et masque toute l’action.

Le fort est à nous après un combat corps à corps qui dure dix minutes; les Chinois dégringolent les pentes, abandonnant leurs étendards.

Les troupes de ligne qui forment la colonne de gauche ont, elles aussi, débusqué les Chinois. La brigade du colonel Giovanniuelli, doublant les bataillons du général de Négrier, s’est avancée en même temps sur 1 extrémité opposée de la route, délogeant l'ennemi d’une longue crete qu il occupait. Mais tout n’est pas fini ; cette rude journée n’a servi qu’à nous faire gagner quelques kilomètres de terrain. Les Célestes défendent la route pied à pied; il faut leur prendre leurs forts un à un; déjà ils se sont reformés en arrière de la ligne conquise, sur une série de hauteurs qui, de 1 endroit où nous sommes, paraissent presque inexpugnables. Les troupes campées dans les forts enlevés de haute lutte et qui dominent tous les environs peuvent voir, disposées devant elles comme sur une carte en relief, les formidables défenses qu’il leur reste à conquérir.

Nous avons reçu pendant cette première journée de combat un certain nombre de blessés et nous avons dû dresser, pour les abriter pendant la nuit, les grandes tentes en toile blanche que nous traînons derrière nous à dos de coolies depuis le commencement de la campagne. Au jour, quand nous ouvrons les portes de ces tentes tout humides de rosée pour laisser pénétrer l’air frais du matin, les troupes ont déjà repris leur marche et l’action a recommencé sur toute la ligne. Les ofliciers blessés prêtent l’oreille aux coups de feu, qui les renseignent exactement sur remplace-

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