‹ Une campagne au TonkinChapitre 206 sur 299 · LES FORTS CHINOIS · texte numérisé non relu

LES FORTS CHINOIS

reste; sur plusieurs points, leurs forts sont transformés en de vastes brasiers.

Les troupes se sont lancées à la poursuite de l’ennemi , nous les suivons de loin, gênés dans notre marche par les malades et les blessés que nous transportons en civières. Vers six heures du soir nous arrivons à Dongsong. La première brigade a dépassé ce village pour aller camper à deux ou trois kilomètres en avant sur la route de Lang-son; les troupes du général de Négrier bivouaquent aux alentours dans les fortins chinois.

Dong-song est un pauvre hameau annamite dont les habitants ont tous fui et dont les cases en terre ont été presque toutes détruites par les Chinois; ceux-ci y avaient construit de grandes casernes; leurs soldats

logeaient dans de petites maisons basses faites en bambous et recouvertes de paille de riz. Comme toujours, ces huttes sont d’une malpropreté sordide, et nous passons une partie de la soirée «à les mettre en état. Les lits de camp sur lesquels couchaient les Chinois s’y trouvent encore : ce sont de grandes claies en treillis de bambous reposant horizontalement suides piquets; elles sont adossées contre les pans de chaque case dont elles occupent toute la longueur.

Nous installons nos malades sur ces couchettes après les avoir bien matelassées avec des tiges de riz fraîches et des feuilles de fougères. Les ambulances des deux brigades sont réunies et nous avons une centaine de blessés; le village est transformé en un vaste hôpital. Le général en chef habite à quelques pas de nous, dans une petite pagode ombragée par de beaux arbres.

Dong-songest un point stratégique d’une importance capitale parce qu’il est situé à la bifurcation de trois roules qui permettent soit d’atteindre Lang-son, soit de descendre dans le Delta. Deux de ces routes, celle du Déo-van (pie nous avons suivie, et celle du Déo-quao, plus directe et plus facile, aboutissent au village de Chu qui est notre centre de ravitaillement et la base de nos opérations. Le troisième chemin suit le col de Déo-quao au nord-ouest de Dong-song et va rejoindre à angle droit la grande route mandarine qui relie Bac-lé à la frontière chinoise.

Avant de s’engager plus avant, le général en chef a résolu de séjourner à Dong-song pour laisser prendre aux troupes, surmenées par trois jours de combats incessants, un repos qu’elles ont bien gagné. De celle façon, le convoi de vivres frais qui nous est envoyé du Delta aura le temps de nous rejoindre, cl l’escorte de ce convoi pourra prendre au retour et ramener à Chu ceux de nos blessés qui seront capables de supporter le transport.

Aux alentours de notre campement le pays est des plus pittoresques : le village est situé dans une étroite et longue vallée plantée de grandes herbes rudes et desséchées au milieu desquelles serpente une petite rivière; à droite et à gauche s’élèvent de hautes montagnes, dont quelques-unes sont couvertes de beaux arbres; elles forment à l’ouest une grande chaîne interrompue seulement par l’amorce de la roule du Déo-quao. Sur les sommets les plus élevés, les Chinois ont construit des forts dont les créneaux se découpent nettement sur le ciel; à flanc de coteau et dans la vallée même, ils ont bâti plusieurs camps retranchés dans lesquels logeaient leurs soldats. Toutes ces constructions animent et embellissent le paysage

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