SPÉCIMENS DE DIVERSES INDUSTRIES DE HANOI
sa maison. Le plus beau cadeau qu’un fils pieux puisse faire à ses parents au jour de leur anniversaire, c’est de leur offrir un cercueil élégant.
Bien souvent on voit dans cette rue, qui pour les Européens offre un aspect peu réjouissant, une famille d’Annamites arrêtée devant le funèbre étalage. Ils discutent; ils examinent; finalement ils entrent. Les vieux touchent à chaque bière, vérifiant la qualité du bois, l’épaisseur des planches, tout cela en riant, en plaisantant, comme s’il s’agissait d un meuble banal.
Les cercueils annamites ont la forme de grandes boîtes rectangulaires très étroites; ils sont faits avec des planches extrêmement épaisses et autant que possible sans aucun nœud; les planches doivent joindre dune façon parfaite. Ces conditions sont indispensables, car il arrive très fréquemment
qu'une famille garde dans sa maison pendant deux ou trois mois un de ses membres défunts enfermé dans sa bière.
Les Annamites ont un grand respect pour leurs morts, C’est un devoir pour les enfants de rendre aux parents les honneurs funèbres avec la plus grande pompe qu’ils peuvent y apporter. Mais ces enterrements, qui exigent le concours d’un grand nombre de personnes (porteurs, pleureuses, etc.), coûtent très cher. Plutôt que de ne pas rendre à leur ancêtre les honneurs funéraires qui lui sont dus, les Tonkinois préfèrent le garder auprès d’eux dans son cercueil, jusqu’à ce qu’ils aient amassé l’argent nécessaire pour remplir convenablement ce suprême devoir.
A côté des fabricants de cercueils habitent les marchands d’ornements pour les morts. Les indigènes trouvent dans leurs boutiques tous les objets en usage pour la mise en bière des défunts : les grands coussins triangulaires en papier gris qu’on place au niveau des membres, les pièces d’étolfe coupées suivant les rites qui doivent envelopper le corps, les rouleaux de fin papier chinois avec lesquels on remplit les vides, le mastic noir qui sert pour boucher soigneusement tous les interstices des planches.
Les différents quartiers de Hanoï sont complètement séparés les uns des autres par de grandes portes qui tiennent toute la largeur des rues et qu’on ferme le soir. De chaque côté de ces portes sont affichés les règlements de police de la ville et les arrêtés du tony-doc (gouverneur de la province).
Les poternes qui limitent les vieux quartiers ont un mode de fermeture original : un mur en pierre s’étend transversalement d’un côté à l’autre de la rue; ce mur est percé d’une grande ouverture rectangulaire limitant un cadre solide fermé par quatre poutres de bois équarries. Les poutres supérieures et inférieures de ce cadre sont forées de trous régulièrement espacés, dans lesquels sont engagés par leurs deux extrémités une série de grands bois ronds dressés parallèlement les uns aux autres. Les trous supérieurs sont très profonds, de sorte qu’on peut soulever chaque bois de bas en haut, juste assez pour le dégager par son extrémité inférieure et l’enlever de façon à laisser le passage libre. Ce système permet ou bien d’ouvrir la porte toute grande, en enlevant tous les bois, ou de ne livrer qu’un étroit passage, en en ôtant simplement un ou deux.
Les portes par lesquelles on pénètre dans le quartier chinois sont crénelées comme des murs de citadelle; elles sont extrêmement solides, et l’on a ménagé au-dessus, du côté intérieur, une sorte de petite galerie sur laquelle peuvent se tenir les hommes de garde et les veilleurs. Il est impossible de pénétrer dans les rues chinoises une fois ces portes fermées, et cette dispo-
sition a été d’un grand secours aux commerçants à l’époque de l’invasion des Pavillons-Noirs dans Hanoï. Dans le moment où la ville était à feu et à sang, les Chinois seuls ont su préserver leurs quartiers contre les incursions de ces maîtres pillards. Les portes étaient tenues fermées en permanence; de jour et de nuit, des sentinelles veillaient sur la petite galerie circulaire, l’œil au guet derrière les embrasures pour pouvoir prévenir les commerçants qui s’étaient organisés en milice et s’étaient armés jusqu’aux dents.
Les Chinois habitent le plus beau quartier de Hanoï ; ce sont eux qui ont les magasins les plus importants et les mieux pourvus.
Avant notre arrivée dans le pays, tout le commerce était entre leurs mains. L’habitant du Cèles te-Empire s’expatrie volontiers pour tenter la fortune; chaque province de Chine a, en raison de sa situation commerciale et géographique, son pays d’exportation préféré : ainsi les gens de Fou-T’chéou ou de Canton viennent volontiers au Tonkin établir des comptoirs. 11 en résulte que, à Hanoï par exemple, on compte plus de 500 commerçants chinois originaires de ces deux provinces.
A l’étranger, les Célestiaux ont l’habitude de fonder entre eux des associations ou confréries; les confréries portent le nom de la ville ou de la contrée d ou proviennent leurs membres. Ces associations rappellent un peu comme organisation nos Chambres de commerce : elles ont un chef