REVUE DES APPAREILS DE TÉLÉGRAPHIE OPTIQUE
troupes ennemies : la terre argileuse, ramollie par les pluies, a gardé de nombreuses empreintes de pieds nus ou chaussés de sandales chinoises; elle est creusée de profondes ornières produites par les roues des canons Krupp dont les Célestes sont pourvus. Nos troupiers ramassent des paniers en bambous, des baguettes à manger le riz, des soucoupes en porcelaine commune que les soldats chinois ont semés dans leur fuite. Tout indique du reste que, loin de battre en retraite en bon ordre, l’ennemi est en débandade complète ; il fuit par groupes isolés qui n’ont plus entre eux ni cohésion, ni rapport. Des tas de cendres, des troncs d’arbres à moitié carbonisés, montrent l’endroit où ces groupes se sont arrêtés pour faire cuire le riz à la hâte ; sur le bord du chemin, les grandes herbes foulées
qui gardent encore l’empreinte des corps indiquent l’emplacement où les fuyards ont passé la nuit.
Les Chinois ont perdu beaucoup de monde pendant les dernières affaires; près de chacun de leur campement, nous découvrons des tombes récentes : ce sont de petits tertres de forme quadrangulaire, n’ayant guère I >1 us de 00 à 80 centimètres de hauteur et orientés tous dans la même direction. Vers midi, après avoir traversé l’étroite rivière qui nous a accompagnés jusque-là et qui passe de l’est à l’ouest de la route, nous tombons sur un de ces camps fortifiés dont j’ai parlé plus haut : les champs qui l’environnent forment un véritable cimetière, dans lequel nous comptons plus de soixante tombes rangées côte à côte. Quelques-unes de ces tombes ont été fermées tout récemment ; la terre qui les recouvre n’est pas encore complètement sèche.
Plus nous avançons et plus les traces de la déroute de l’armée ennemie deviennent nombreuses et évidentes ; ce ne sont plus des chapeaux, des vêtements, des ustensiles de cuisine que nous trouvons semés le long de la route : les Chinois ont laissé, dans les hautes herbes qui bordent le chemin, leurs morts et même leurs blessés qu’ils avaient réussi à traîner jusque-là. Il faut qu’ils soient bien pressés de fuir pour les abandonner ainsi ; ils réussissent presque toujours à les faire disparaître en battant en retraite : rarement, depuis que nous sommes au Tonkin, nous avons trouvé leurs corps sur le champ de bataille, et bien souvent nous nous sommes demandé comment ils arrivaient à les enlever aussi rapidement. Les cadavres que nous rencontrons sur la route fournissent l’explication cherchée : quelques-uns d’entre eux ont les jambes prises dans un nœud coulant fait à l’extrémité d’une corde; ils paraissent avoir été traînés par les pieds pendant un assez long trajet. D’autres ont les pieds et les mains attachés et passés dans un bambou qui servait à les porter à dos de coolies comme des paquets. Un de ces Chinois porté en bambous respire encore: c’étaient sans doute les blessés qu’on emmenait ainsi ; les cadavres étaient seuls traînés à la corde. Près d’un de ces blessés je trouve une petite pharmacie chinoise : sur un grand morceau de toile sont cousues côte à côte un certain nombre d’étroites poches de même étoffe; chaque pochette renferme un médicament spécial : racines desséchées, poudre brune, noire ou blanche, des pilules et aussi des espèces de petites dragées rondes, diversement colorées. Les bambous et la pharmacie montrent qu’il existe vraiment un service d’ambulance dans l’armée chinoise, service qui doit occuper un personnel nombreux et bien dressé si l'on en juge par la rapi-