‹ Une campagne au TonkinChapitre 214 sur 299 · ENTRÉE DE LANG-SON · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE LANG-SON

eu le temps de les emmener avec eux ; ils se sont contentés d’emporter leurs armes : aucun de ces morts n’a son fusil.

Nous franchissons vers les onze heures du matin la dernière chaîne de montagnes qui nous sépare de Lang-son. Adroite delà route se dressent les forts chinois si brillamment enlevés par I infanterie de marine et qui sont encore couverts de tentes et de pavillons; le chemin qui y mène est complètement à pic. Les troupiers vont un train d’enfer; ils ont oublié leurs fatigues de la veille; ils sentent (]ue Lang-son est tout près et qu’ils vont enfin toucher au but de leurs efforts.

Le chemin, toujours très étroit mais bien tracé, serpente pendant environ 4 kilomètres entre les collines, puis tout à coup il descend brusque-

UN K CAMPAGNE Al' TON K IN.

ment dans la direction du nord. Nous passons entre deux grands rochers de granit, géants énormes placés debout à droite et à gauche de la route comme pouren défendre l’accès, et nous débouchons soudain dans une vaste plaine parsemée de maisons et de pagodes, si différente par son aspect des contrées sauvages et désolées que nous venons de traverser que la colonne tout entière, subitement prise d’enthousiasme, pousse un hourra formidable répercuté par les échos.

La route traverse la plaine dans toute son étendue du sud au nord, coupe un petit ruisseau, que nous passons sur un pont de bois construit à la chinoise, côtoie à gauche un grand massif de rochers couverts de broussailles et de plantes grimpantes, puis longe la rive du Song-ki-kung jusqu’à la citadelle de Lang-son dont l'enceinte constitue à elle seule presque toute la ville.

Cette citadelle forme un carré île 500 mètres de côté qui n’a ni fossé, ni bastion. Ses murs sont en grosses briques; ils ont à peu près 5 mètres de hauteur et sont percés de quatre portes à plein cintre qui occupent le milieu de chacun des côtés du carré; la porte ouest est depuis longtemps obstruée par un amas de terre et de cailloux qui va du sol à la voûte. Au centre de la citadelle se dresse la pagode royale qui n’offre rien d’extraordinaire ; devant cette pagode, sur une terrasse carrée, est planté un mal de pavillon qui servait à faire ilotter les couleurs annamites, mais qui depuis ce matin est surmonté par le drapeau français. De la terrasse parlent à angles droits quatre grandes rues ou plutôt quatre chemins boueux, bordés de distance en distance par de petites cases en bambous d’aspect misérable et malpropre. Le reste de l’enceinte est occupé par des terrains vagues dans lesquels poussent l’herbe et les broussailles et où l’on rencontre de distance en distance de grandes mares d’eau stagnante et une ou deux maisons en briques. C’est dans ces maisons qu’habitaient les autorités annamites : un gouverneur ayant le rang de tuan-phu, assisté d’un mandarin des linances et d’un mandarin de la justice; les secrétaires et les employés étaient logés dans les cases en bambous.

La route par laquelle nous sommes venus file droit vers le nord en côtoyant la lace est de la citadelle. Cette route est bordée d’un côté par le mur d’enceinte et de l’autre par une ligne de maisons, bâties les unes en briques sur des modèles chinois, les autres simplement en bambous : c’est l'unique rue de Lang-son, qui était habitée avant notre arrivée par des commerçants chinois et par des soldats montagnards à la solde du tuanphu. Arrivée à l'angle nord de la citadelle, la rue débouche sur la place du

KY-LUA.

marché, puis se continue toujours en ligne droite jusqu’au bord du Songki-kung, où elle se termine par une belle porte formée de deux grandes colonnes en pierre, taillées à quatre pans, portant sur chacune de leurs faces des inscriptions en gros caractères chinois et surmontées de deux lions héraldiques en beau granit gris. A droite et à gauche de cette porte s’élèvent deux grandes pagodes, dont l’une sert de demeure au général en chef.

La 2e brigade s’installe dans la citadelle et dans les maisons environnantes : les troupes du colonel Giovanninelli traversent le Song-ki-kung

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