‹ Une campagne au TonkinChapitre 215 sur 299 · VUE DE KY-LUA · texte numérisé non relu

VUE DE KY-LUA

sur un pont en bambous et vont cantonner à un kilomètre plus loin, dans la petite ville de Ky-lua.

Ky-lua ressemble absolument à une ville chinoise : bâtie sur un terrain en pente, près de la route qui mène à la frontière, elle comprend plusieurs rues, larges, spacieuses, bordées de jolies constructions en briques. On y entre par une petite porte qui est encore couverte d’affiches de toutes sortes et de toutes couleurs. C’est à Ky-lua qu’habitaient les réguliers chinois à la solde de l’Annam ; ils y avaient attiré une foule de commerçants de leur nation, et la petite ville avait fini par devenir un centre plus riche et plus populeux que Lang-son. La comparaison entre ces deux

résidences, situées à deux pas l’une de l’autre, montre bien d’ailleurs l’influence difl’é renie que possédaient dans ces contrées éloignées les deux éléments annamite et chinois : les mandarins indigènes, isolés dans leurs misérables paillotes, au milieu de leur grande citadelle démantelée, n’avaient plus qu’une autorité nominale; ils étaient complètement à la merci de leur puissant voisin, le chef militaire chinois, qui était le véritable maître du pays et qui allait jusqu’à forcer le gouverneur annamite à descendre de son palanquin lorsqu’il passait devant sa demeure.

A Ky-1 ua, les habitations, étroites et longues, sont presque toutes recouvertes de tuiles vernissées; les toits, qui offrent une pente très accusée, dépassent de beaucoup la façade, de sorte qu'il existe en avant de chaque maison une spacieuse véranda. Les habitants étant presque tous des commerçants, c’est sous cette véranda qu’ils disposaient leurs étalages. Au moment de notre arrivée, toutes les portes sont ouvertes et les maisons sens dessus dessous ; le sol des chambres est encombré de meubles renversés, de tiroirs arrachés, de débris de poteries; les rues sont remplies de malles, de vêtements, de paniers ouverts et semés ça et là. De gros porcs, d’une espèce différente de celle du Delta et qui ressemblent beaucoup à leurs congénères d’Europe, parcourent toute la ville, entrant dans les maisons pour y dévorer le riz et les provisions abandonnées.

Nous nous installons dans la maison d’un fabricant d’huile. In certain nombre d’habitants de Ky-lua se livraient à celte industrie et vendaient en même temps ces espèces de chandelles en cire rouge, emmanchées dans des baguettes de bois, qu’on brûle en Annam comme en Cdiine devant l’image de bouddha ou sur l’autel des ancêtres. La matière grasse dont ces chandelles sont faites est extraite d’une graine provenant sans doute de l’arbre à suif, le Croton sebiferum, qui croît en abondance au Tonkin. Dans la maison que nous habitons, les manipulations se faisaient dans le deuxième corps de logis, donnant sur une petite cour, où les divers ustensiles employés pour la fabrication sont encore réunis. Les graines étaient d’abord concassées grossièrement dans un trou conique creusé dans le sol et bétonné; puis elles étaient réduites en pulpe au pilon dans un mortier. Avec celle pulpe, on fabriquait des tourteaux ronds et plats ayant lu centimètres environ de rayon, qu on encerclait dans des moules en paille. Les tourteaux étaient ensuite placés de champ, les uns à côté des autres et se louchant par leurs faces, dans un tronc il arbre creux en forme d auge; on exprimait l’huile en enfonçant au marteau des coins de plus en plus gros entre le dernier des tourteaux et 1 extrémité de I auge; le liquide s écoulait

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