‹ Une campagne au TonkinChapitre 222 sur 299 · MIRADOR DE LA PORTE DE CAÜ-IIAÏ · texte numérisé non relu

MIRADOR DE LA PORTE DE CAÜ-IIAÏ

au sud pour le Tonkin. Nos coolies ont voulu profiter de la circonstance pour vérifier le fait sur place.

Les troupes françaises ont trouvé dans les magasins de la porte de Chine d’énoianes approvisionnements de munitions, de grosses torpilles dont quelques-unes étaient chargées à la dynamite, des rouleaux de cable électrique fluvial, des caisses de cartouches de provenance italienne et allemande, des uniformes, des fusils et jusqu’à des plaques de blindage en acier pour batteries cuirassées. 11 y avait aussi un grand nombre de ces petits drapeaux en soie que les généraux chinois remettent à leurs porteurs de dépêches pour empêcher qu’ils ne soient arrêtés en route, en faisant connaître de loin qu’ils sont investis d’une mission de confiance.

UNE CAMPAGNE AU TON Kl N.

Nous repartons le lendemain matin pour Dong-dang. Le général 11e peut emporter avec lui toute cette poudre et tous ces engins de guerre. L’artillerie a reçu l’ordre de les réunir sous la porte de Chine; ils forment un amas énorme qui remplit toute la voûte. Les artilleurs ont préparé une longue mèche qui serpente au milieu de toutes ces matières explosibles; ils y mettront le feu au moment de notre départ. Le général va faire sauter la porte de Chine, d’une part parce qu’il ne peut pas l’occuper, d’autre part parce qu’il veut frapper l’esprit des Chinois et prouver par un témoignage irrécusable «pie nos colonnes sont bien arrivées jusqu’à ces frontières du Kouang-si que les armées européennes n’avaient jamais foulées.

Le 27 au matin, nous rentrons à Dong-dang; à peine notre avantgarde est-elle arrivée aux premières maisons du village, qu’une formidable détonation éclate dans la direction de la frontière : c’est la porte de Cau- Ilaï qui vient de sauter.

La brigade s’installe à Dong-dang pour quelques jours. Il faut, avant de rentrer à Lang-son, laisser à nos éclaireurs le temps d’explorer la route de Tat-khé pour savoir si les Chinois l’ont définitivement abandonnée, .l’accompagne une petite colonne qui va pousser une reconnaissance sur cette route.

Le chemin de Tat-khé longe la frontière de Chine. A partir de Dongdang, sur plus de 4 kilomètres de parcours, il côtoie une haute muraille de rochers calcaires absolument à pic, qui sépare le versant tonkinois du versant chinois. Cette muraille bizarrement découpée est creusée de grottes profondes dans lesquelles les habitants s’étaient réfugiés au moment de la prise de Lang-son et qui leur avaient servi à cacher leurs provisions et leurs troupeaux. Elle est à peu près continue et 11e donne passage qu’à d’étroits sentiers presque impraticables, dissimulés sous les lianes et sous les bouquets d’arbustes rabougris qui se cramponnent au rocher. Les Thos habitent de petites buttes construites sur pilotis, tantôt adossées aux roches, tantôt s’abritant derrière les bouquets de grands arbres qui occupent l’autre côté du sentier. L’existence de ces malheureux habitants des frontières, continuellement harcelés et pillés par les soldats ou par les pirates, est des plus précaires et des plus misérables.

Les troupes que j’accompagne se sont avancées vers Tat-khé jusqu’à 10 kilomètres de Dong-dang, sans rencontrer l’ennemi; elles rentrent le soir dans cette dernière place et la brigade reprend le lendemain malin la route de Lang-son en laissant à Dong-dang une faible garnison. La campagne semble finie; nous avons un grand nombre de blessés et de malades.

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