‹ Une campagne au TonkinChapitre 224 sur 299 · DÉPILÉ ET PORTE DE CHINE · texte numérisé non relu

DÉPILÉ ET PORTE DE CHINE

par les convois de ravitaillement qui vont et viennent continuellement entre Chu et Lang-son, ils sont semés de détritus, de débris de caisses abandonnés par les coolies. Des cadavres de chevaux, des corps de Chinois qui n’ont pu être enterrés faute de bras et de temps à la suite des dernières affaires, les jalonnent partout et dégagent une odeur pestilentielle.

Le second jour nous arrivons à Dong-song, où nous trouvons la petite garnison de tirailleurs tonkinois installée dans son fortin; les environs ont déjà été débroussaillés et assainis par ses soins. Les Annamites tra-

vaillent à une amorce de route; ils n'habitent plus sous la tente, mais dans de petites cases en bamboux, proprettes et bien aménagées.

Nous ne suivons pas, pour revenir de Dong-song à Chu, le même itinéraire qu’au départ : la route du Déo-van est bien trop pénible pour qu’on la prenne sans nécessité; il vaut mieux utiliser la roule du Déo-quan qui est plus directe, plus facile, et qui est déjà en partie refaite par les équipes de coolies envoyées de Chu et de Phu-lang-thuong.

A partir de Dong-song, la roule du Déo-quan se dirige vers le sud-ouest, traversant de frais vallons où courent des ruisseaux d’eau vive, excellente à boire, quoi qu’on en ail dit. Elie est à peu près parallèle au col du Déovan ; mais quel contraste! Au lieu d’un sentier mal frayé, grimpant au flanc de montagnes pelées d’un abord difficile, c’est une roule non seulement facile, mais agréable, courant à travers de belles rizières et souvent sous de petits bois ombreux où nous avons plaisir à faire balle un moment. Nos coolies laissent bien vite leurs paquets au milieu du sentier pour aller s étendre avec délices dans l’herbe fraîche ou pour se rafraîchir la figure et les mains au ruisseau voisin. Ces pauvres gens ne se sentent pas de joie à la pensée qu’ils vont revoir leurs familles et leurs villages. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de Chu, ils deviennent plus gais et plus communicatifs; plusieurs se mettent même à chanter, ce que je ne leur avais pas vu faire depuis le commencement de la campagne.

Plusieurs petits mamelons près desquels nous passons sont couverts de magnifiques cycas dont quelques-uns sont devenus énormes. Ces cycas alternent avec de grandes fougères et des chamærops, beaucoup moins nombreux et moins bien venus que ceux de la rivière Claire.

A mi-chemin de Chu nous rencontrons une équipe de coolies en train de refaire la route sous la direction d’un groupe de tirailleurs tonkinois; ces coolies ont construit déjà plusieurs jolis ponts sur pilotis et ils installent un fil télégraphique qui doit être poursuivi jusqu’à Lang-son. Peu de temps après, nous passons près de leur campement : les tirailleurs ont bâti pour eux et pour leurs sous-officiers de petites cases en bamboux très confortables; les coolies se sont fait, avec des branches d’arbres et de l’herbe sèche, des abris coniques qui ressemblent de loin aux meules de paille (pi on voit en France aux environs des villages. Le campement n’est pas des plus sains : presque tous les sous-officiers français ont la fièvre; d ailleurs on ne retourne pas impunément ces terrains (pii n’ont jamais été remués et (pii sont couverts d’une épaisse couche de détritus végétaux en décomposition.

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