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L’ENSEIGNEMENT OFFICIEL

En attendant, et pour multiplier de plus en plus les relations directes entre les Français et les Annamites, le commandant en chef a commencé à organiser l’enseignement officiel de notre langue; il a créé, dans les principales villes, des écoles où les petits Annamites accourent en foule, car il n’y a pas de peuple chez qui l’instruction soit plus en honneur que chez celui-là : nul pays n’a des écoles en plus grand nombre, et de temps immémorial les Tonkinois ont eu un enseignement officiellement organisé sur des hases à la fois simples et parfaites. Chaque gouverneur de province a près de lui un directeur des études, le doc-hoc, qui a le grade de docteur; il est payé par l’Etat et nommé par lui pour inspecter les écoles de la province et dresser la liste des candidats aux examens officiels, auxquels il donne des notes. Les chefs-lieux de département et d’arrondissement ont aussi chacun leur directeur de l’enseignement, nommé par le roi. Dans les départements, ce sont des licenciés, qui portent le titre de giaotho, et dans les simples arrondissements, des bacheliers qui sont désignés sous le nom de huan-dao. Ces fonctionnaires, relativement peu nombreux, n’ont ni bureaux ni secrétaires, par conséquent pas de frais inutiles. L’Etat n’a pas besoin de créer à sa charge ni de subventionner des écoles; il s’en est formé partout en nombre considérable sans son intermédiaire : pas un village, pas même un hameau qui n’ait son enseignement, suivi avec assiduité par des centaines d’enfants. Ils y apprennent à lire et à écrire les caractères chinois, de façon à pouvoir plus tard dresser les actes d’un procès, faire des contrats ou un testament, avoir une place de secrétaire ou même de notable, en un mot se mêler aux affaires de la commune ou du canton, ambition suprême de beaucoup d’ Annamites. Si, parmi ces enfants, il en est qui montrent de grandes dispositions pour l’étude, le maître les poussera plus que les autres; quand il les jugera suffisamment instruits, il les emmènera à la ville et les fera interroger par le chef de l’enseignement; celui-ci décidera s’ils sont capables de se présenter aux grands examens littéraires qui seuls ouvrent l’accès des hautes fonctions publiques.

L’État n’exerce donc sur l’enseignement que le contrôle nécessaire pour pouvoir choisir dans la masse de ses sujets les hommes instruits dont il a besoin pour son service. Chacun est libre d’enseigner comme il l’entend, qu’il ait des grades ou qu’il n’en ail pas; chacun aussi peut s’instruire comme il veut sans que l’État s’en mêle : l’un étudie avec son père; l’autre, plus riche, a un précepteur qui le guide dans ses études ; d’autres, enfin, vont à l’école de leur village, de leur arrondissement ou de leur province, suivant leur âge ou leur capacité.

Los petites écoles de village ne coûtent pas cher à entretenir : la commune donne au maître qu’elle a choisi le revenu de quelques champs qu’elle détache de son domaine; chaque enfant lui apporte en outre une petite subvention : l'huile de 1a, lampe , comme on dit dans le pays. Au jour de l’an et à certaines fêtes, le maître reçoit également, comme nos instituteurs de campagne, quelques menus cadeaux qui lui rendent la vie facile. Il est exempt des corvées et il est sûr de jouir de l’estime et du respect de tous.

Un jour de l’été dernier, je traversais un des faubourgs excentriques de Hanoï, à l’une des heures les plus chaudes de l’après-midi. Le soleil tombait d’aplomb sur les pavés et l’étroite rue était déserte; tous les Annamites faisaient la sieste dans l’endroit le plus frais de leurs maisons : à ces heures-là, comme on dit en Orient, il n'y a guère que les Français et les chiens qui se risquent dehors. Au moment où je passais devant une grande case aussi hermétiquement close que les autres, j’entendis comme un chant monotone psalmodié par une vingtaine de voix d’enfants. Je m’approchai doucement et je risquai un œil dans l’intérieur de la maison par une fente pratiquée entre deux planches mal jointes. C’était une école : dans une grande salle, aux murs de laquelle étaient suspendues des bandes de papier rouge couvertes de sentences chinoises en caractères énormes, les bambins, accroupis sur leurs talons, répétaient leur leçon au maître en chantant tous ensemble les caractères de l’écriture chinoise, comme dans nos écoles de campagne les enfants chantent les lettres de l’alphabet. Ils avaient tous la mine éveillée et intelligente, et ils étaient très attentifs et très occupés à leur besogne. Le vieux maître, debout, ses grosses lunettes rondes sur le nez, allait de l’un à l’autre, rectifiant une intonation fausse et distribuant de temps à autre une brève réprimande ou un encouragement.

Avec de pareilles mœurs, il ne nous a pas été difficile de recruter des élèves pour nos écoles de français. Les Annamites, qui sont très intelligents, comprennent d’ailleurs fort bien l’avantage qu’il y a pour leurs enfants à apprendre notre langue, et ceux-ci, admirablement doués pour ces sortes d’études, font en très peu de temps des progrès étonnants. Je passe souvent, en revenant de mes promenades, par la rue de la Soie où se trouve une de nos écoles, et je m’arrange toujours de façon à traverser cette rue au moment où les enfants sortent de la classe. Du plus loin qu’ils m’aperçoivent, ils courent à moi, sachant bien que je ne me ferai pas prier pour arrêter mon petit cheval et pour converser avec eux en français devant leurs compatriotes ébahis. Leur première phrase est toujours la

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