‹ Une campagne au TonkinChapitre 239 sur 299 · EN PLEIN VENT. — LE PAYS AU THÉ ET AUX MANDARINES · texte numérisé non relu

EN PLEIN VENT. — LE PAYS AU THÉ ET AUX MANDARINES

Les rapports deviennent de plus en plus difficiles entre la cour de Hué et le représentant de la France : la résistance sourde que les régents du jeune roi d’Annam opposent à l’influence française s’accentue peu à peu et commence à se traduire par des actes hostiles. Les populations sont partout travaillées par des émissaires du parti des lettrés, que le régent Thuong a réorganisé sur des bases nouvelles et dout l’impulsion puissante se fait sentir jusque dans les plus petites communes du royaume.

Le général de Courcy a résolu de se rendre à Hué dans le but avoué de présenter en audience solennelle ses lettres de créance au roi Ham Nghi,

mais dans l’intention secrète de voir de près les agissements de la cour el de se renseigner exactement sur ce (ju’il y aurait à faire pour mettre fin à celte situation fâcheuse. Il est parti de Hanoï avec un nombreux état-major, prenant comme escorte un bataillon de zouaves qui, conformément aux traités, doit tenir garnison à Hué dans une des casernes de la citadelle.

Le général n’était pas arrivé depuis vingt-quatre heures dans la capitale que déjà les difficultés commençaient : à entendre les régents, le roi ne pouvait recevoir le représentant de la France que s’il se conformait au cérémonial de la cour. Or ce cérémonial est des plus humiliants et aucun Européen ne saurait s’y soumettre. La cour le comprenait fort bien; elle voulait simplement gagner du temps. Un des deux régents du jeune roi, le ministre de la guerre Thuyet, homme d’un caractère violent et notre ennemi irréconciliable, poussait depuis longtemps le conseil secret à recommencer ouvertement la guerre.

La cour comptait débuter par un coup de maître : connaissant par ses émissaires les projets du général de Courcy, elle espérait pouvoir s’emparer de sa personne pendant son séjour dans la capitale et elle faisait depuis longtemps dans ce but des préparatifs secrets qui n’avaient pas échappé à la vigilance de notre représentant à Hué.

Le complot éclata dans la nuit du 4 au 5 juillet 1885. Vers minuit, les troupes annamites attaquèrent en force la caserne occupée par le bataillon de zouaves, pendant que les canons de la citadelle lançaient une grêle d’obus sur le palais de la légation de France, situé de l’autre côté de la rivière. L’attaque échoua; nos soldats repoussèrent l’ennemi el, prenant l’offensive, s’emparèrent des palais et du trésor du roi.

La prise de la citadelle de Ilué a eu dans tout le royaume un retentissement considérable. Le roi Ham Nghi s’est retiré avec le régent Thuyet dans les montagnes qui séparent l’Annam du bassin du Mé-kong. La vieille reine, mère de Tu-Duc, qui jouit à la cour d’une influence considérable et qui les avait d’abord accompagnés dans leur fuite, est revenue au palais, confiante en la loyauté du général en chef qui lui avait promis la vie sauve. Grâce à son intermédiaire, il a été formé un nouveau conseil de régence qui, dépossédant Ham Nghi, a choisi son propre frère pour lui succéder sur le trône. Ce prince, âgé de vingt et un ans, vient d’être solennellement couronné à Hué en présence du général de Courcy, sous le nom de Dong Khan.

Mais ïlam Nghi dépossédé est loin de se tenir tranquille; il a recruté des partisans nombreux qui, avec l’aide de son ancien ministre Thuyet.

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