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LA Ï'AGODE DU GÉNÉRAL, A BAC-HAT

pleine muraille, la foule des dieux annamites aux figures grimaçantes, aux poses grotesques et contournées, semble s’animer et ricaner dans l’ombre. De temps en temps un des malades se dresse sur le coude et crie : à boire! d’une voix basse et étouffée qui ressemble à un gémissement; alors un infirmier indigène, aux pieds nus, glisse comme une ombre entre les grabats, portant une grande théière pleine de thé brûlant.

« Nous avions vingt-sept coolies, dit un de mes camarades, et c’est à peine s’il nous en reste six maintenant; malgré la surveillance incessante que nous exercions sur eux, les autres se sont enfuis, sachant bien ce qui les menaçait s’ils restaient près de nous; [tour éviter les désertions, nous les

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avons cantonnes dans un coin de la pagode, et ce tirailleur annamite, que vous voyez là-bas se promenant de long en large le fusil sur l’épaule, est là pour arrêter les déserteurs. Chaque nuit l’un de nous couche au milieu des malades pour être prêt au moindre appel . »

11 est entendu que je suivrai la colonne, mes collègues ont voulu garder leur poste d’honneur; d’ailleurs, il est probable que de nouveaux cas de choléra se produiront lorsque nous serons en roule.

Les troupes quittent Bac-Hat le 10 octobre au malin; j’emmène six infirmiers et le matériel nécessaire; mais je n’ai pas un seid coolie : aucun des indigènes n’a voulu se louer malgré le prix élevé qu’on leur offrait. En raison de l’impossibilité de trouver des porteurs, je reçois l’ordre d’organiser l’ambulance sur des barques; nous remonterons le courant à bras ou à voile en nous éloignant le moins possible de la colonne qui s’avancera à pied le long de la berge. J’ai établi mon quartier général sur une grosse et lourde jonque annamite que les sapeurs du génie ont aménagée, pour la circonstance, d’une façon vraiment confortable : la cale a été recouverte d’un plancher cl le pont a été exhaussé, si bien que le bateau est transformé en une vaste cabine allant de l’avant à l’arrière, dans laquelle, chose rare, on peut se tenir à peu près debout. Ainsi installé notre bateau peut loger, outre le personnel, une vingtaine de malades. J’organise ma chambre à coucher dans le petit compartiment d’arrière dont toutes les embarcations annamites sont pourvues; c’est là qu’en général se tient la famille du propriétaire de la barque; mais, cette fois, personne n’a voulu nous accompagner, et pour cause.

Nous bissons notre voile de natte, et nous voilà en route, favorisés par une bonne brise, à laquelle nos infirmiers viennent en aide en poussant le bateau avec de longues perches pour remonter le courant. Les trois premiers jours se passent assez bien ; mais, au commencement du quatrième, un premier cas de choléra se produit dans la colonne ; bientôt trois autres malades, puis quatre, puis cinq, se joignent aux premiers, si bien qu’à la fin du cinquième jour l’ambulance flottante est encombrée et qu’il faut aviser. D’ailleurs, nous 11e pouvons plus avancer ainsi : le personnel est à bout de forces; les infirmiers ne peuvent à la fois pousser le bateau et soigner les malades.

Le soir venu, après avoir fait amarrer notre bateau à la rive, je me mets à la recherche du général. Les troupes, qui 11e sont pas gênées comme nous par les difficultés de la navigation sur la rivière Claire, se sont avancées à 2 ou kilomètres en suivant la berge, et le général Jamais, qui marche

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