‹ Une campagne au TonkinChapitre 247 sur 299 · iÔ · texte numérisé non relu

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à leur tète, s’est arrêté au village de Nham-Ngac, où il a établi son cantonnement. J’arrive à la nuit noire, et je passe une bonne heure à chercher mon chemin dans le dédale des haies de bambous qui environnent chaque case.

Le général décide que les cholériques partiront avec le bateau et descendront, sous la garde de deux de mes infirmiers, le courant de la rivière qui les ramènera jusqu’à Bac-Hat; quant à nous, nous suivons la berge en arrière de la colonne. Mais il nous faut des porteurs pour les malades que nous aurons certainement demain; heureusement nous sommes dans

MAISON DLS .MÉDECINS DE l’aMDULANCE JJES CHOLÉRIQUES.

une bourgade populeuse habitée par un chef de canton ; le général ordonne qu’on le fasse venir. Après une heure d’attente, nous voyons comparaître un grand diable d’Annamite vêtu d’une longue robe noire qu’il a passée en toute hâte sur ses habits crasseux. Le général le fait asseoir, lui offre le thé et les inévitables cigarettes; à la première demande de coolies, le mandarin se récrie. Enfin, après trois grands quarts d’heure de pourparlers, voyant qu’il ne pouvait pas esquiver la corvée, il finit par promettre cinquante porteurs, moyennant une rétribution énorme, dont les (rois quarts au moins passeront certainement dans sa bourse.

Me voilà donc en route, le lendemain matin, avec mes trois infirmiers,

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dont mi déjà malade, et quarante porteurs au lieu des cinquante promis: ma petite troupe suit la colonne à distance pour éviter la contagion. J’ai constamment l’œil sur mes coolies; malgré la surveillance attentive que j’exerce, il m’en manque trois à l’appel en arrivant à l’étape. Ces désertions sont d’un très fâcheux exemple; étant donnée la difficulté que nous avons de recruter des indigènes, il me faut absolument les empêcher de se reproduire; aussi, le soir à la halte, je prends mes dispositions en conséquence.

Le général nous a donné six tirailleurs annamites pour nous garder pendant la route; je divise mes coolies en six groupes, et je confie un de ces groupes à chacun de mes soldats indigènes. Les linhs font coucher les coolies côte à cote, et attachent chacun d’eux par la jambe droite à une longue corde en rotin dont ils fixent l’extrémité à leur propre poignet; ils sont sûrs de cette façon que les coolies 11e pourront pas faire un seul mouvement sans qu’ils en soient avertis.

Le lendemain au matin, avant h* départ, on m’amène deux soldats qui viennent d’être pris d’accès cholériformes; je les charge sur deux de mes brancards, et en route; en voici I rois autres vers midi que je mets également en civière. Le soir, nous campons dans une misérable hutte ouverte à tous les vents, et nous couchons tous côte à côte, pour être prêts à tout événement.

Cette nuit-là, malgré les soins dont nous les avons entourés, deux de nos malades sont morts. Aussitôt qu’il fait jour, avant le départ de la colonne, nous leur rendons les derniers devoirs : sur le bord du chemin, au sommet d'un petit tertre qui domine la rivière, nous creusons deux fosses profondes ; mes infirmiers n’ont pas voulu laisser à des mains étrangères le soin d’y descendre leurs camarades; ils les y couchent revêtus de leurs habits. Les fosses sont refermées, et deux petites croix, faites avec des branches entre-croisées, marquent seules la place où reposent deux braves soldats français.

Nous reprenons notre roule en suivant lentement le sentier qui longe la rivière; c’est un simple chemin de halage que les bateliers ont tracé dans les hautes herbes en traînant leurs barques à la corde à contre-courant. La colonne de troupe qui nous précède en a fait une vraie roule en piétinant les broussailles à droite et à gauche; nous suivons sans fatigue celte voie bien battue qui surplombe le cours de l’eau. Touten marchant, je jette un coup d’œil rapide sur la campagne environnante toute fraîche, toute verdoyante et tout ensoleillée : à ma droite, des bouquets de grands pal-

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