‹ Une campagne au TonkinChapitre 259 sur 299 · ENTRÉE DES GROTTES DE .MARBRE · texte numérisé non relu

ENTRÉE DES GROTTES DE .MARBRE

marches d’un escalier qui semble s’enfoncer dans les entrailles de la montagne ; nous nous y engageons en tâtonnant à la suite des bonzes; la route s’éclaire peu à peu comme si la lumière venait de la profondeur. Les marches de l’escalier sont faites en marbre bien poli, elles aboutissent à une immense grotte dont les parois taillées à pic dans le rocher sont sillonnées d’une multitude de petites fentes parallèles : on dirait qu’elles ont subi une sorte de clivage naturel. Ces parois se rejoignent à 7 ou 8 mètres de hauteur, formant une vaste coupole très régulière, percée à son

centre d’une large baie par laquelle entre le jour. De grandes lianes, semées de fleurs jaunes et pourpres, pénètrent par celte ouverture et descendent presque jusqu’au sol en décrivant une multitude de guirlandes et de festons, dont les uns sont suspendus à la voûte et dont les autres s’accrochent de distance en distance aux saillies des murs. Au niveau des derniers gradins de l’escalier par lequel nous sommes entrés, quatre statues en pierre, de grandeur naturelle, sont disposées par paire sur des blocs de maçonnerie; elles représentent les génies qui gardent les quatre coins de la terre; ces génies, vêtus d’un riche costume militaire tout étincelant de dorures, tiennent dans leurs mains des attributs, différents pour chacun d’eux, qui vraisemblablement sont en rapport avec leur caractère ou leurs fonctions.

Contre la paroi opposée à l’escalier est dressé un grand autel bouddhique; plus loin se voit une petite maison annamite couverte de tuiles vernies. Au centre de la grotte, une vasque de pierre montée sur un pied en maçonnerie sert à recueillir l’eau du ciel qui tombe par l’ouverture de la voûte; cette eau jouit sans doute d’une grande vénération parmi les Annamites; elle doit avoir toutes sortes de vertus secrètes pour guérir les maladies ou préserver des accidents. Je vois notre guide indigène payer une ligature de sapèques de cuivre la faveur de remplir de ce précieux liquide une bouteille qu’il avait apportée cachée sous ses habits.

Les bonzes ne peuvent pas nous soutirer d’argent par le même stratagème, mais ils ont plusieurs cordes à leur arc ; ils nous conduisent vers un petit magasin où ils nous font voir toutes sortes de menus objets sculptés dans le marbre des grottes : petites statuettes, vases, urnes de toutes grandeurs. Ils doivent être satisfaits de nous car nous, en emplissons nos poches après les avoir allégées d’un certain nombre de pièces blanches.

Si j’en juge par les échantillons que nous emportons, les carrières des environs renferment des marbres d’espèces rares, dont quelques-uns sont d’une grande beauté. Plusieurs des menus objets que nous avons achetés aux bonzes sont de couleur rose tendre, d’autres sont d’un vert veiné de blanc; tous ces marbres ont des couleurs remarquablement vives et comme je n’en ai vu nulle part encore. Il faudrait explorer les grottes de Tourane au point de vue de l’exploitation : je crois que le commerce y trouverait son profit.

Le gardien de notre bateau s’est endormi en fumant l’opium et nous avons toutes les peines du monde à le mettre debout ; nous y réussissons tant bien que mal en prenant le parti extrême de lui verser sur la tête une

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