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LA PLAGE DE TJIUA-AN

Thuan-An, qui a joué un certain rôle dans les premiers temps de la conquête française, est une petite ville annamite située sur une bande de sable à peine ombragée par quelques maigres cocotiers. Ses maisons en paille sont construites à l’embouchure de la rivière de Ilué, qu’un fortin en ruines était autrefois chargé de défendre. Le général en chef y a placé une garnison assez importante. Les officiers et les médecins de l’ambulance habitent dans une superbe maison à deux étages, dont les toits, recourbés aux angles et couverts de tuiles vernies, dominent les paillotes des indigènes. C’est dans celte grande construction que logeait le roi lorsque, pendant la saison d’été, il venait chaque année prendre des bains dans la baie de Thuan-An. L)e spacieux apontements, construits sur pilotis le long de la rivière, servaient à attacher les barques des hauts fonctionnaires et des femmes qui formaient une suite nombreuse au souverain. Du côté de l’eau un escalier, à larges dalles de pierres taillées, descend depuis la porte de la maison du roi jusqu’au lleuve.

Nous recevons de la part de nos camarades, et surtout du médecin-major Haas qui dirige l’ambulance de Thuan-An, un accueil chaleureux et. une excellente hospitalité, pendant les deux heures que nous passons dans ce poste. Nous quittons là nos sampans royaux et nous prenons passage sur un petit remorqueur à vapeur aux flancs duquel est attachée une grande jonque qui contient nos bagages.

La rivière de Hué est très large, mais son cours est aussi très sinueux et nous avons dû prendre un pilote indigène. Nous passons, au sortir de Thuan-An, à côté de deux fortins en terre situés l’un en face de l’autre sur chacune des rives. Ces forts sont inhabités, mais nous remarquons à côté de chacun d’eux d’énormes tas de cailloux et de blocs de rochers; ces pierres' ont, bien certainement, été transportées là dans un but spécial, car les bords de la rivière, formés presque exclusivement par des alluvions, sont composés d’argile dépourvue de cailloux. En effet, au moment du guet-apens de Hué, dirigé contre le général de Courcy, les deux régents du1 jeune roi, Thuyet et Thuong, avaient fait de nombreux préparatifs de défense; ils voulaient, entre autres dispositions, établir un grand barrage entre les deux forts sur la rivière de Hué pour empêcher nos navires de remonter jusqu’à la capitale.

11 y avait environ une demi-heure que nous naviguions, quand tout à coup le petit remorqueur à vapeur s’arrête brusquement ; l’hélice est faussée et nous voilà en panne. Nous montons sur la jonque et nous prenons le parti de continuer notre voyage à la rame ; ce mode de locomotion

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