‹ Une campagne au TonkinChapitre 268 sur 299 · PONT EN BAMBOUS · texte numérisé non relu

PONT EN BAMBOUS

ces oiseaux sonl peu farouches, ils se laissent approcher à assez courte distance pour que nous puissions décharger sur eux un ou deux coups de nos revolvers.

Ce soir-là nous allons coucher à Cau-Haï, sous-préfecture de la province de Hué, où se trouve un petit poste français. La partie pénible du voyage est terminée, nous en avons fini avec les coolies du tram et nous allons voyager dans les propres sampans de Sa Majesté annamite, qui sont venus au-devant de nous jusque-là. Nous montons, Roullet cl moi, une magnifique barque construite en bois précieux et conduite par vingt rameurs royaux reconnaissables à leur uniforme rouge. Celle barque est surmontée d’une sorte de grande cabine qui va de l’avant à l’arrière et dont les

THUAN-AN.

panneaux intérieurs sont peints en laque vermillon et ornés de superbes dorures. C’était sans doute dans ce compartiment que se tenait le roi lorsqu’il voyageait sur les rivières. La cabine est percée de chaque côté d’une large fenêtre fermée par une jalousie; le roi pouvait ainsi admirer le paysage sans que sa personne fût profanée par le regard d’un paysan.

La lourde machine avance très lentement malgré les efforts des dix paires de rames; nous suivons de petits arroyos très étroits qui décrivent

mille courbes capricieuses; les deux bords sont tellement rapprochés que les hautes touffes de bambous, qui se rejoignent au-dessus de l’eau, frôlent à chaque instant le toit de notre barque. De temps à autre, nous passons entre de grands lotus dont les feuilles sont larges comme des ombrelles; sur leurs belles fleurs roses ou blanches qui émergent de l’eau, se posent d’immenses libellules aux ailes chatoyantes ou de jolis martins-pêcheurs au ventre couleur de feu.

Au sortir de cette charmante rivière, nous entrons dans une grande lagune qui nous conduit jusqu’à Thuan-An, à l’entrée de la rivière de Hué.

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