LA LÉGATION DE FRANCE
l’extrémité de laquelle se dresse une immense porte à triple ouverture, surmontée de clochetons à deux étages, dont les tuiles jaunes et rouges, et les ornements de porcelaine bleue resplendissent au soleil : c’est la porte N’go-Mon qui donne accès dans la deuxième enceinte, ou Enceinte Royale.
La citadelle est, en effet, composée de deux parties bien distinctes : l’une extérieure, où logent les fonctionnaires et les soldats, l’autre intérieure où sont construits les palais du roi. La deuxième enceinte, ou Enceinte Royale, est, comme la première, entourée de toutes parts par des murs; elle forme comme une petite citadelle placée dans ia grande. J’ai la permission de parcourir cette dernière, mais je ne puis pénétrer dans l’Enceinte Royale qu’après avoir obtenu une autorisation spéciale;
elle ne me sera accordée que lorsque la demande sera transmise au roi.
En face de la porte N’go-Mon, à l’autre bout de la place, sur une terrasse qui fait partie delà muraille extérieure, sedrcsse un grand mât de pavillon surmonté de l’étendard royal de couleur jaune d’or; cet étendard est amené tous les soirs en même temps qu’on ferme les portes. À droite et à gauche s’étendent de grandes casernes où logeaient autrefois les soldats de la garde royale; elles abritent aujourd’hui le bataillon de chasseurs qui tient garnison à Hué.
Je prends à droite une large voie dallée qui longe d’abord l’Enceinte Royale cl qui, tournant brusquement, s’enfonce ensuite au milieu de jardins plantés d’arbres et de bananiers. De distance en distance, dans ces bosquets de verdure, se montrent de petites maisons blanches habitées autrefois par les mandarins militaires. Plus loin, je me trouve tout à coup à l’entrée d’une grande avenue bordée de beaux arbres sur laquelle donnent de grands bâtiments séparés par des cours: c’est la rue des Ministères. Elle est déserte maintenant, cl l’herbe commence à y pousser de toutes parts; jadis, c’était le quartier le plus animé et le plus vivant de la citadelle : une foule de solliciteurs se pressaient dans les cours d’entrée, attendant la venue des fonctionnaires influents, et des centaines de scribes, le pinceau fiché dans le turban, tenant en main des liasses de papiers, allaient et venaient d’un ministère à l’autre, se croisant sous les petites portes comme des abeilles à l’entrée d’une ruche. C’était en effet dans ces ministères que s’élaboraient toutes les affaires du royaume ; il y en avait six : celui de l’Intérieur ou de l’Administration, celui des Finances, celui de la Guerre, puis le ministère de la Justice, le ministère des Travaux publics et enfin celui des Rites. Chaque ministère était géré par un ministre nommé par le roi, assisté de quatre assesseurs dont les deux principaux, les tham-tri et deux secondaires, les thi-lang. Les affaires qui lui étaient soumises ne recevaient pas, comme chez nous, leur solution du bon vouloir du ministre seul ; elles étaient discutées par tous les fonctionnaires dont il vient d’être parlé, qui se réunissaient sous la présidence du ministre en une sorte de tribunal aidé d’un secrétaire, de plusieurs chefs de bureau et d’employés en nombre variable.
Ces ministres forment en quelque sorte la cheville ouvrière de la puissante machine administrative qui gouverne l’Annam. Quelques détails montreront bien leur importance : le ministère de la Justice, par exemple, étend son action sur tout le royaume, aussi bien dans les plus petites communes, qu’aux chefs-lieux des grandes provinces. Les affaires de minime