L’IMPRIMERIE UE LA COUR
gnants croupissent des mois entiers en prison en attendant leur sentence.
Ce n’est pas tout encore, et le ministère n’est pas toujours l’étape où se terminent les affaires pendantes. Pour que la décision de ce tribunal soit valable, il faut qu’elle soit prise à l’unanimité de ses membres ; le veto d’un seul d’entre eux entraîne l’obligation d’en référer au roi; mais l’affaire ne lui parvient pas directement, elle doit être résumée et en quel-
ENTRÉE DE LA PAGODE DE THIEU-TRt.
que sorte condensée dans un rapport particulier établi par le Noi-Cac, ou conseil royal.
En remontant vers le nord, à 500 mètres environ de la rue des Ministères, se trouve le jardin de plaisance du roi, immense terrain, à l’heure actuelle presque inculte, coupé de distance en distance par d’élégants ponts de bois courant au-dessus de petits étangs où poussent de superbes nénuphars ; à côté du jardin royal, je puis visiter les bâtiments de l’imprimerie de la Cour, qui sont eux-mêmes entourés par des bouquets de bambous. C’est dans ces bâtiments que s’imprimait chaque année le calendrier annamite officiel établi, sur l’ordre du roi, par le tribunal des mathématiques. Ce calendrier, distribué à l’époque des fêtes du jour de l’an à tous les mandarins des provinces, fixe le nom et la durée des mois et les jours où il convient de procéder aux fêtes officielles. Toutes les feuilles de ce
calendrier sont imprimées à l’aide de planches gravées sur bois, d’un très joli travail, dont je trouve de nombreux spécimens empilés dans un coin d’un des bâtiments.
Au bout de cette imprimerie, à l’extrémité du jardin du roi, se voient d’immenses constructions à un seul étage, soigneusement fermées par d’énormes portes garnies de solides cadenas : ce sont les magasins royaux, les fonderies de sapèques. C’est dans cet endroit que Sa Majesté annamite fait frapper à son chiffre les barres d’or cl d’argent et les grandes médailles ornées de dragons et de sentences qu’elle offre, comme témoignage de satisfaction, aux mandarins et aux notables qui ont bien rempli leur devoir.
La citadelle est traversée, à peu près dans son milieu, par un grand canal rempli d’eau qui communique de chaque côté avec les fossés extérieurs situés à l’est et à l’ouest de l’enceinte. De distance en distance, ce canal est traversé par de jolis ponts en bois construits à la chinoise; sur ses bords sont bâties de superbes pagodes élevées, par les différents rois qui se sont succédés sur le trône d’Annam, aux Esprits de leurs aïeux. Les deux plus jolies de ces pagodes ont été construites, je crois, sous Tu-Duc : l’une, tout à fait à l’extrémité nord de la citadelle, est dédiée au roi Cia- Long; l’autre, plus riche et plus originale peut-être, a été bâtie en l’honneur du roi Thieu-Tri. Ces pagodes sont précédées de jardins très joliment tracés cl bien entretenus, dont les massifs se prolongent jusqu’auprès du canal ; en face de chacune d’elles, de grands escaliers permettent d’arriver au niveau de l’eau.
La petite rivière intérieure était très fréquentée par l’ancien roi Tu-Duc qui aimait à s’y promener en barque, et à s’arrêter pendant quelques instants dans les temples de ses aïeux. Ces constructions portent du reste la trace de la piété toute particulière que ce prince affectait pour ses ancêtres. La pagode du roi Thieu-Tri surtout est d’une grande magnificence; de hautes murailles l’entourent de toutes parts cl en défendent la vue aux curieux. Le bâtiment principal contient une immense salle dont le toit est supporté par une double ligne de colonnes en bois précieux ; ces colonnes, peintes en laque rouge et ornées de volutes dorées, sont réunies deux par deux au-dessous de la toiture par des traverses qui portent de distance en distance le chiffre royal doré en relief. L’espace qui sépare ces traverses du toit est occupé par des ornements en bois doré, fouillés à jour et formant comme autant d’élégants portiques.
Chacune des colonnes supporte une châsse en bois sculpté rouge et or