‹ Une campagne au TonkinChapitre 277 sur 299 · INTÉRIEUR DE LA PAGODE DE TIIIEU-TRI · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DE LA PAGODE DE TIIIEU-TRI

chée d’or et de fleurs de couleur; de chaque côté de ce réduit sont posés deux grands chandeliers dorés et au-dessus, dans un cadre rouge resplendissant de dorures, des caractères annamites en relief indiquent probablement les titres du roi défunt.

J’ai l’irrévérence d’entre-bâiller le rideau qui masque le réduit ; j’aperçois tout au fond, sous une sorte de dais en vieille soie brochée jaune et or, les deux tablettes du feu roi, vaguement éclairées par une petite lampe qui brûle sous un verre de couleur. Le tirailleur annamite qui m’accom-

pagne, saisi de terreur en voyant ce sacrilège, se jette à plat ventre, le front dans la poussière, et ne se rassure <pie lorsque, ma visite Unie, je franchis le seuil de la pagode.

Je ne veux pas revenir sur mes pas avant d'avoir été visiter le saillant nord de la citadelle où se trouvait la Concession française. Celle Concession nous avait été accordée en vertu du traité du 6 juin 1884 qui stipulait pour le roi d’Annam, l’obligation de loger dans sa citadelle une garnison française. Contraints par les événements, les régents du jeune roi s’étaient exécutés, mais à contre-cœur; ils avaient relégué nos soldats dans un endroit appelé Mang-Ca, situé très loin des palais royaux, dans la partie la plus déserte, la plus maussade de la citadelle; ils les avaient confinés sur un terrain de 500 mètres carrés tout au plus, soigneusement isolé du reste de l’enceinte. C’est laque, le 4 juillet 1885, les troupes qui avaient accompagné le général de Courey se trouvaient enfermées, bien loin de la Légation où tous les officiers étaient réunis aux côtés du général à l’occasion d’une fête offerte par le résident.

La Cour avait résolu d’en finir cette nuit-là avec le protectorat français; les deux régents, Thuyet et Thuong, qui avaient rassemblé dans la capitale l’élite des troupes annamites, s’étaient décidés à lever le masque. Très bien informés, comme toujours, ils comptaient avoir plus facilement raison de nos troupes, s’ils pouvaient les attaquer à l’improviste en l’absence de leurs officiers. Pour empêcher ceux-ci de rejoindre la Mang-Ca, séparé de la Légation par toute la largeur de la rivière, ils avaient donné ordre à tous les propriétaires de barques d’emmener bien loin les sampans qui en temps ordinaire étaient amarrés tout le long de la berge, et ils avaient si bien pris leurs dispositions que, sans le bateau du résident, les officiers n’auraient pas pu rejoindre leur poste ce soir-là.

Vers minuit, une fusée d’artifice partie des palais royaux donne le signal convenu. Tous les canons de la citadelle réunis sur la muraille qui fait face à la Légation, se mettent à tonner à la fois; leurs boulets crèvent la toiture, enfoncent les plafonds, pendant que les troupes annamites, répandues aux alentours dans la campagne, mettent le feu aux petites paillotes qui abritent les serviteurs du résident et attaquent le palais de toutes parts. Les cases flambent comme des allumettes; les habitants de la Légation, réveillés en sursaut, organisent la défense à la lueur sinistre de l’incendie. Le général en chef n’a (pie quelques soldats autour de lui, il les déploie en tirailleurs dans les jardins pendant (pie ses officiers d’ordonnance et lui font le couj) de feu avec leurs revolvers.

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