CAMPAGNE DE BAC-NIN1I
L’itinéraire suivi par les deux brigades est indiqué en pointillés (d’après M. le capitaine Carleron).
médecin-chef a près de lui un interprète annamite qui connaît un peu de français; cet interprète est chargé de transmettre les ordres au personnel indigène. Nos bagages, notre cuisinier Haï et ses deux aides ferment la marche. Haï s’avance gravement, ayant pour toute charge son immense parapluie qui ne le quitte jamais. Ses deux petits marmitons, deux gamins qui vont pieds nus, les cheveux en broussailles et la figure toute barbouillée de poussière, fléchissent sous le poids des ustensiles de cuisine. On les leur a attachés un peu partout, sur les épaules, autour du cou et jusque dans le dos. Chaque pas qu’ils font, en trottinant dans le sable, produit un bruit de cloche. L’un d’eux porte en bandoulière tout un chapelet de casseroles; l’autre est coiffé d’une marmite de cuivre qui reluit au soleil comme un casque.
UNE CAMPAGNE Al! TONKIN.
L’ambulance est gardée par une section d’infanterie de marine qui la flanque de chaque côté. Les figures roses de nos infirmiers venant de France constrastent avec les faces terreuses des marins qui ont fait la campagne de Sonlayet qui, depuis un an dans le pays, sont déjà minés par l’anémie. Nous longeons la berge en enfonçant à chaque pas dans une terre rouge et argileuse; c’est l’ancien lit du fleuve.
Hanoï est reliée à Bac-ninh par une roule en ligne droite, construite sur une large digue bien entretenue. Les Chinois ont échelonné sur cette route des travaux de défense considérables. Plutôt que d’aborder de front ces défenses, ce qui nous occasionnerait de grandes pertes d’hommes, le général en chef s’est décidé à tromper l’attente de l’ennemi en concentrant le corps expéditionnaire entre le canal des Rapides et la rivière Song- Cau. Il prend ainsi à revers toutes les fortifications élevées par les Chinois et pourra plus facilement s’en rendre maître.
Dans ce but, il a donné les ordres suivants : la lre brigade, dont je fais partie, doit gagner à travers les champs et les rizières le canal des Rapides, qu’elle traversera vers le marché de Chi, en laissant sur sa gauche la route directe de Bac-ninh, si bien fortifiée par les Chinois. La 2e brigade, rassemblée à Haï-dzuong sous les ordres du général de Négrier et qui comprend environ 7 000 hommes, doit s’embarquer près de celle dernière ville; de là elle gagnera par eau le confluent du Song-Cau et du canal des Rapides; elle débarquera sur la rive droite de la rivière, en face du village des Sepl- Pagodes, et opérera sa jonction avec la lre brigade pour enlever de concert avec elle les défenses de Bac-ninh.
Nous venons de quitter les bords du fleuve pour nous enfoncer dans les rizières. Du haut de mon cheval je vois la colonne formée par nos troupes onduler dans la campagne comme un immense serpent.
De distance en distance, au détour des chemins, nous trouvons de petites cases en torchis ombragées par des bouquets de bananiers. Nous avons toutes les peines du monde à empêcher nos coolies de s’écarter de la colonne pour aller fureter dans ces maisons.
Les paysans n’ont pas tous fui ; nous rencontrons de temps en temps des groupes de trois ou quatre indigènes qui se rendent au village voisin pour vendre des légumes et des fruits. Leur marchandise est contenue dans de grands paniers ronds suspendus par des liens de rotin aux deux bouts d’un bambou, comme 'le sont les plateaux d’une balance aux deux extrémités du fléau. Le milieu du bambou repose sur leur épaule, de façon que les paniers se trouvent l’un en avant, l’autre en arrière du