‹ Une campagne au TonkinChapitre 49 sur 299 · PORTE DE LA CITADELLE DE BAC-NINH · texte numérisé non relu

PORTE DE LA CITADELLE DE BAC-NINH

C’est à dessein que les Chinois avaient répandu partout des matières explosibles; il est prouvé qu’ils avaient l’intention de mettre, avant de fuir, le feu aux quatre coins de la ville; seule la rapidité avec laquelle le général de Négrier a conduit son attaque les a empêchés d’exécuter leur projet.

En rentrant de ma promenade, j’ai de la peine à reconnaître la grande salle noire, boueuse cl malpropre dans laquelle je m’étais éveillé le matin. On a percé à coups de pioche dans la muraille des brèches par lesquelles le jour et l’air entrent librement; on a balayé et approprié le sol de fond en comble; la cuisine a été installée dans la cour sous un petit abri organisé avec quatre pieux et un paillasson; Haï, aidé de ses deux acolytes, s’empresse affairé autour de ses marmites. La table est posée dans un coin sur deux caisses renversées; elle est recouverte d’une belle natte sur laquelle brillent nos assiet tes et nos gobelets d’étain.

Les malades et les blessés commencent à affluer; nous recevons une douzaine de coolies du service des vivres (pii ont été brûlés sur tout le corps par suite de déflagration de poudre. Ces malheureux, entrés de nuit dans Bac-ninhà la suite de notre colonne, se sont répandus immédiatement dans la ville pour piller; ils ont pénétré dans les cagnas avec des torches allumées et ils ont mis le feu à des amas de poudre.

Cette sévère leçon ne corrigera pas ces maîtres maraudeurs. Les gens du peuple ont pour le pillage un goût extrêmement prononcé; chaque fois qu’on fait halte en colonne, il faut avoir la précaution de bien encadrer les coolies, sinon ils vont fureter dans les maisons, dans les pagodes même, cherchant quelque chose à voler.

Lorsqu’ils entrent dans une case, ils sondent immédiatement le sol et les murailles avec un bâton, et ils percutent soigneusement les gros bambous creux qui soutiennent la toiture. Les Annamites ne connaissent pas, comme nous, les placements d’argent; ils ont tous, dans leurs maisons ou aux environs, un petit coin dissimulé avec art dans lequel ils enfouissent leurs économies. Les coolies ont un flair inouï pour découvrir ces cachettes.

Je reçois l’ordre de demeurer à Bac-ninh avec les malades, pendant que les troupes des deux brigades vont poursuivre les débris des bandes chinoises sur les routes de Thaï-n’guyen et de Lang son. J’en profite pour faire quelques excursions aux environs, sous la garde de mes ordonnances armées de leurs fusils.

La ville de Bac-ninh est située au centre d’une grande plaine couverte

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