RÉGULIER CHINOIS
pavillons de toutes formes et de toutes couleurs. Je remarque, entre autres, le grand drapeau impérial en soie jaune orné de caractères bleus qui flottait au sommet de la tour de Bac-ninb, et l’étendard en soie verte avec
bordure grenat du général Hoang-Ké-Lang, qui commande l’armée du Kouang-si. Une mitrailleuse Christophle et une batterie de six canons Krupp sont rangées le long du mur d’enceinte; les culasses des canons sont couvertes de caractères chinois.
La citadelle est entourée de hautes murailles en briques et d’un large fossé plein d’eau; sur le haut des murs l’ennemi a disposé des rangées de chevaux de frise en bambous; des ponts de briques en dos d’âne sont jetés au-dessus du fossé au niveau de chacune des portes; ces portes, d’aspect monumental, sont surmontées de miradors à deux étages dont les toits recourbés et garnis de sculptures font le plus joli effet.
La ville, massée autour de la citadelle qui en occupe le centre, est ellemême enfermée dans une muraille d’enceinte, percée de portes du même style architectural que celles de la citadelle. On peut évaluer à environ 5000 ou 6 000 âmes la population qu’elle renfermait avant l’arrivée de nos troupes. A l’heure actuelle tous les habitants ont fui et les maisons sont occupées par nos soldats.
Une seule grande rue toute droite traverse la ville, du nord au sud; elle est pavée, dans son milieu seulement, avec de gros moellons inégaux, commodes peut-être pour les Annamites qui vont nu-pieds, mais sur lesquels nos pieds chaussés de gros souliers glissent à chaque pas. De chaque côté de l’étroite bande de pavés, le sol de la rue est incliné en pente douce pour permettre aux eaux des pluies de s’écouler facilement dans les ruisseaux creusés de chaque côté, parallèlement à la ligne des maisons. Ces ruisseaux, qui en ce moment sont remplis par une eau croupissante dans laquelle on â jeté toutes sortes de détritus, répandent une odeur infecte.
Je me heurte à chaque pas contre des tonnelets de poudre, des armes, des sacs de riz éventrés. Dans l’intérieur des maisons, dont les portes sont restées ouvertes, tout est en désordre et sens dessus dessous. Je ne vois que caisses brisées laissant échapper leur contenu, meubles renversés, livres déchirés, cartouches, poires à poudre, parasols en papier huilé, etc.: c’est un fouillis indescriptible. On dirait que les habitants, pressés de fuir, ont tout bouleversé pour trouver plus tôt les objets précieux qu’ils voulaient emporter avec eux.
Dans une maisonnette située près des remparts, il y a une telle quantité de munitions répandues sur le sol, que nous enfonçons dans la poudre jusqu’aux chevilles. Ce qu’on a ramassé et noyé de caisses de cartouches et de poudre dans les deux jours qui ont suivi la prise de la ville, est inimaginable.