LA CONCESSION
long bambou et d’une corde. Pour enlever un ballot, il faut deux coolies; ils attachent le fardeau avec leur corde au milieu du bambou dont ils prennent chacun une extrémité sur l’épaule. Quand la charge est trop lourde, on la donne à quatre porteurs, qui croisent leurs deux bambous en X et suspendent le ballot au niveau de l’entre-croisement.
Tous les transports se font ainsi à dos d'homme : les voilures sont absolument inconnues ici. D’ailleurs les petites digues surélevées, qui constituent les seuls chemins des indigènes dans la campagne, seraient beaucoup trop étroites pour recevoir un véhicule à roues.
Le terrain de la Concession française est clos de tous côtés par une palissade de 2 mètres de hauteur, faite avec des pieux pointus enfoncés en terre. Entre ces pieux sont ménagées de petites meurtrières à travers lesquelles, il n’y a pas bien longtemps encore, des sentinelles surveillaient la campagne.
Avant les affaires de Sontay, il y a de cela un mois à peine, les Pavillons-Noirs, rentrés à Hanoï après la mort du commandant Rivière, venaient la nuit piller et incendier les maisons à deux pas de la Concession. 11 était défendu à la petite garnison française de sortir de l’enceinte une fois le soir venu ; lorsqu’il fallait porter des vivres au poste de la citadelle, à l’autre bout de la ville, les coolies du convoi étaient escortés par une demi-compagnie de soldats, fusils chargés, de peur d’une attaque.
L’enceinte de la Concession ne mesure pas plus de 1 kilomètre de longueur sur 500 ou 400 mètres de large. Un y entre par une grande porte à deux battants que l’on ferme le soir. Celte porte est gardée par un poste de quinze à vingt hommes, qui logent à côté, dans un corps de garde en maçonnerie. Les murs de ce bâtiment sont percés de meurtrières comme la palissade, il a un toit en terrasse sur lequel se dresse une petite guérite faite en feuilles de palmier. La nuit, lorsque les portes sont fermées, une sentinelle veille dans cette guérite; elle interpelle les arrivants à distance et ne laisse approcher que ceux qui sont munis du mot de passe.
La porte de la Concession une fois franchie, nous nous trouvons devant une grande allée plantée d’arbres, tracée parallèlement au fleuve Rouge. A gauche, s’étend la ligne des bâtiments que nous avons déjà aperçus du fleuve; à droite, l’allée longe des constructions de plus modeste apparence recouvertes de toits en paillotes.
Dans une de ces petites maisons demeurent les quatre médecins de marine qui sont installés au Tonkin, depuis le commencement de la
guerre, pour faire le service de l’hôpital de Hanoï. Ces messieurs nous reçoivent avec la plus grande cordialité. Ils nous apprennent que la Concession et la citadelle regorgent de troupes et qu’on ne sait plus où loger les officiers. « Le médecin en chef des ambulances et l’intendant du corps expéditionnaire, qui sont arrivés depuis un jour, campent sous un escalier. Vous n’avez plus qu’une ressource, ajoutent gracieusement nos confrères, c’est de partager notre paillote. »
Nous acceptons, avec d’autant plus de reconnaissance, que nous aurons
CARTE GÉNÉRALE DU TONKIN l/2 000 000, d\\PRÈS DES DOCUMENTS FOURNIS PAR LES OFFICIERS TOPOGRAPHES