DÉFENSE EN TERRE CONSTRUITE PAR LES CHINOIS
mon grand bonheur est, aussitôt éveillé, de m’asseoir devant ma porte et d’assister à leur défilé.
Yoici d’abord nos petites marchandes de charbon, deux enfants de dix ou douze ans qui ploient sous le poids de leurs grands paniers ronds, remplis bien au-dessus des bords. Leur maigre poitrine est à peine masquée par un triangle d’étolfe blanche, échancré au niveau du cou, sur lequel s’ouvre une vieille robe brune toute couverte de pièces et de reprises.
En Annam, chez les gens du peuple, on travaille dès le jeune âge. La famille est presque toujours nombreuse; il n’est pas rare qu’elle compte douze ou quinze personnes. Si la nourriture est peu coûteuse, il y a beaucoup de bouches à nourrir; aussi l’on met aux filles comme aux garçons
un bambou sur l’épaule dès qu’ils sont en état de le porter et on les loue comme coolies. Grâce à cette sorte d’entraînement qui commence dès l’enfance, les indigènes, malgré leur apparence un peu frêle et leur musculature qui semble peu développée, arrivent à porter sur l’épaule des charges considérables sous lesquelles ils succomberaient bien certainement si on les leur plaçait sur les reins ou sur le dos. En revanche, chez tous les coolies un peu âgés, on constate au sommet de l’épaule une sorte de durillon ou de callosité produite par le frottement du bambou. Certains d’entre eux présentent même, au-dessous de la peau à ce niveau, comme une petite bourse séreuse.
Un marchand d’objets d’art vient m’offrir ses services; il s’approche avec toutes sortes de précautions obséquieuses, son grand chapeau conique à la main, après m’avoir fait de loin une série de profonds saluts. Un homme de peine le suit, portant un sac de toile grise d’où il tire successivement des coffrets incrustés, des boîtes à chiques, des brûle-parfums et des plateaux en cuivre. Hélas! voilà déjà que ces gens, que l’on prend pour des sauvages, cherchent à frauder : dans les incrustations qu’on me montre, la nacre est remplacée par des écailles de moules communes, et le bois de trac à grain violet si fin et si serré, par du vulgaire bois blanc, à peine sec, qu’on a passé dans un bain de fuchsine, et qu’on a verni à l’huile de coco.
J’ai pour voisine une marchande de gaufres qui s’est installée sous la véranda de ma case. Elle active à coups d’éventail le feu de charbon qui brûle sur un petit réchaud portatif fait en terre réfractaire. Sur le feu chauffe une mince plaque de tôle; elle verse dessus une cuillerée d’une pâte très claire faite avec des œufs et de la farine de riz; au contact de la tôle surchauffée, la pâte se prend en une mince galette qui se gondole en forme de tuile, comme une oublie.
Deux jolies congais r, conduites par une vieille femme, s’approchent pour me vendre des fleurs. Leurs bouquets sont arrangés d’une façon très originale; elles ont dressé une petite pyramide de terre glaise sur une rondelle découpée dans un tronc de bananier; dans cette glaise elles ont fixé des (leurs, de petites branches d’arbres, des baies rouges et violettes qui la masquent complètement et dont les couleurs savamment combinées font un effet ravissant.
Les Annamites montrent aussi un talent remarquable pour fabriquer avec des fleurs et des fruits toutes sortes d’animaux fantastiques. Ils