‹ Une campagne au TonkinChapitre 64 sur 299 · RUE DES MARCHANDS DE BOIS A HANOI · texte numérisé non relu

RUE DES MARCHANDS DE BOIS A HANOI

tenant aux cinq ou six espèces qui croissent au Tonkin, et des piles de bois d’essences très diverses. Je reconnais dans le nombre le cay-ven-ven (Anisoptera sepulchrorum) , essence incorruptible avec laquelle les Annamites fabriquent leurs cercueils; et aussi quelques pièces de cay-go (Nauclea oricntalis), bois très rare, d’un prix élevé, et qui est très apprécié des Annamites parce qu’il peut rester plus de quarante années sous l’eau sans pourrir. Le plus cher de tous ces bois de construction indigène est le cayliem (bois de fer), dont la pièce, de 5 mètres de long sur 50 ou 00 centimètres de diamètre, vaut près de cent francs de notre monnaie. Tous ces morceaux de bois ont été amenés par eau des forêts qui bordent les rives du haut ileuve Rouge ou de la rivière Noire jusqu’à Hanoï. Chacun d’eux

est percé d’un trou à l’une de ses extrémités. Ce trou a servi à fixer la corde de liane ou de rotin qui a permis de remorquer le Ironc d’arbre à l’aide d’un buffle ou même d’un éléphant, depuis l’endroit où il a été abattu jusqu’au bord de l’eau.

Les sauvages Muongs s’occupent à peu près seuls de l’exploitation des forêts au Tonkin. Les Annamites de la plaine, surtout les habitants du Delta, ont une peur affreuse des bois; ils se les figurent habités par des Esprits méchants qui ne se laissent pas piller impunément et qui se vengent tôt ou tard des audacieux venus pour troubler leurs retraites. J’ajouterai que les tigres, hôtes habituels des grandes forêts, et les fièvres pernicieuses, contractées en parcourant ces couverts humides où les détritus organiques s’accumulent depuis des siècles, contribuent pour beaucoup à entretenir chez les indigènes ces craintes superstitieuses.

Nous sommes arrivés à l’extrémité de la rue des Bambous; continuons droit devant nous par la rue des Sauniers, où se fait en grand le trafic du sel et de l’huile.

La vente du sel est une des branches les plus importantes du commerce de Hanoï. Ce produit vient en majeure partie des provinces de ïhanh-hoa et de Nghé-an, dont les habitants sont presque tous d’excellents sauniers; il arrive à Hanoï par grandes jonques chargées à pleins bords; il est ensuite réexpédié dans le \unnan. Le sel tonkinois est estimé et connu sur les marchés chinois, où il se vend très cher. Il se paye à Hanoï un peu plus de trois francs le hoc, mesure annamite qui équivaut à la charge d’un homme, et qui représente environ soixante-seize litres. Les barques chargées de sel sont obligées, en remontant vers Lao-kai, de s’arrêter aux nombreuses douanes indigènes échelonnées sur le fleuve Rouge et d’y payer un droit de passe.

Les magasins de la rue des Sauniers sont confortablement installés dans de belles maisons en briques. Le sel est empilé au fond de la boutique en énormes tas; l’huile est contenue dans de grandes jarres en terre de Bacninh ou dans île petites bouteilles d’argile cuite dont la forme rappelle les anciennes amphores.

La rue des Sauniers aboutit juste au bord de l’eau. On peut suivre ce bord jusqu’au bâtiment de la douane : c’est une grande construction carrée, dont l’aspect rappelle les anciens forts des environs de Paris.

Le personnel de la douane est encore peu nombreux à Hanoï : il se compose du directeur, M. de Monlagnac, de deux employés français, anciens sous-officiers libérés, et de cinq ou six miliciens indigènes qui portent un

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