‹ Une campagne au TonkinChapitre 66 sur 299 · INTERROGATOIRE DE PIRATES · texte numérisé non relu

INTERROGATOIRE DE PIRATES

USE CAMPAGNE AU TON Kl N.

petit que nos pièces de cinq centimes; elle est percée à son centre d’un trou carré et elle porte sur ses deux faces des caractères chinois indiquant le règne sous lequel elle a été frappée. Cinq cents sapèques, enfilées par leur trou central dans un lien de rotin, constituent une « ligature »; il faut île cinq à sept ligatures pour faire une piastre. Pour éviter l’agiotage, auquel se livrent facilement les commerçants chinois et même les fonctionnaires annamites, le résident français de Hanoï lixe chaque mois officiellement la valeur de la piastre en sapèques. Mais celle cote officielle n’est pas rigoureusement appliquée dans la rue du Change : les Annamites estiment une piastre non seulement d’après son poids en argent, mais encore d’après la perfection de sa frappe, et même d’après la pureté du son métallique qu’elle rend. Une piastre dont l’effigie est très nette, qui donne en tombant sur un corps dur un son bien pur, bien prolongé, vaut pour un indigène une ligature de plus qu’une autre pièce de même poids et de même métal qui ne réunit pas les conditions indiquées.

En Annam comme en France, c’est le gouvernement qui bat monnaie; aujourd’hui c’est à Hué que se fabrique tout le numéraire nécessaire au commerce du royaume.

Les sapèques constituent une monnaie extrêmement encombrante et incommode; il faut un vigoureux coolie pour transporter un nombre de ligatures équivalant à dix francs de notre monnaie. Après la prise de Bacninh, le général Brière de l’isle trouva dans la citadelle de Thai-n’guven pour environ vingt mille francs de sapèques; pour mener ce numéraire jusqu’à Hanoï, il fallut quatre grandes jonques chargées à couler. La monnaie annamite est très difficile à manipuler, non seulement parce qu’elle est lourde et encombrante, mais encore parce qu’elle est fragile; elle est faite avec un alliage composé de zinc, d’étain et de terre qui n’offre aucune résistance au choc; les liens de rotin qui forment les ligatures se dénouent et cèdent avec une extrême facilité; les sapèques roulent parterre; toutes celles qui se brisent n’ont plus de valeur; une sapèque n’a cours qu’autant qu’elle est complète et qu’elle peut s’enfiler dans une ligature.

C’est dans la rue du Change qu’habitent les fondeurs de barres d’argent. Ces barres sont de petits lingots quadrangulaires, mesurant 4 ou 5 centimètres de longueur, ayant un poids et une épaisseur variables; elles sont faites en argent à peu près pur. Avant que les Européens et surtout les Chinois aient introduit au Tonkin les pièces mexicaines, elles formaient avec les sapèques l’unique monnaie du pays. Depuis l’adoption de la piastre,

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