‹ Une campagne au TonkinChapitre 8 sur 299 · BOYS AU SERVICE UES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

BOYS AU SERVICE UES FRANÇAIS

pas les maîtres du pays et s’il existait encore une justice annamite, il recevrait au moins cent coups de cadouille.

Quoi ! nous écrions-nous, on n a donc pas le droit de porter ici le vêtement que l’on veut?

Eli non ! répond notre hôte ; le vêtement est réglé par le code annamite d une façon absolument minutieuse, et vous vous en rendrez compte plus tard.

« Il est défendu a un simple boy de porter une tunique de cette soie et surtout de la porter aussi longue. Ce iîls de coolie se prélasse en ce moment dans un costume de fonctionnaire. Il devrait porter simplement le modeste kéo de toile grossière que vous voyez sur le dos du pauvre hère qui l’accompagne. 11 serait bâtonné par le juge annamite d’après le principe qui

ferait incarcérer en France un paysan revêtu d’un costume de préfet. Mais les lois du pays sont lettre morte à cause de la guerre, et mon cuisinier, vaniteux comme tous ceux de sa race, en a profité pour revêtir un costume qu’il n’a pas le droit de porter, mais qui en impose au vulgaire. C’est pour cela que vous le voyez muni de ce gigantesque parapluie. Le parapluie est ici l’insigne du commandement : quand un mandarin paraît en public, le nombre des parasols qu’on porte à sa suite indique son grade, tout comme le nombre des galons portés sur la manche indique celui de nos officiers. »

Nous sortons de la Concession pilotés par le brillant Ba et suivis respectueusement, à quatre pas, par le petit domestique vêtu de bure, qui trottine, pieds nus, son panier sur la tête. Nous prenons une grande digue bordée d’un coté par de misérables paillotes et de l’autre par une (laque d’eau couverte de larges feuilles de nénuphar.

La Concession est située près de la ville, mais hors de son enceinte. Autrefois Hanoï était entourée d’une muraille et d’un fossé plein d’eau. Aujourd’hui il 11e reste plus, comme spécimen de ces fortifications, du côté du fleuve, qu’une porte encadrée par deux colonnes en briques surmontées de deux dragons sculptés.

Celte porte une fois franchie, on trouve une grande avenue plantée d’arbres et bordée par de petites cagnas en paillotes : c’est la rue des Incrusteurs.

Les tailleurs du cru tiennent boutique dans celle rue; ce sont eux qui vont avoir notre première visite, et pour cause : quand nous sommes partis de France, nous n’avions que des notions très vagues sur le Tonkin ; je 11e sais pourquoi, nous nous étions figuré que son climat ressemblait à celui de la Cochinchine et que nous allions subir toute l’année la grande chaleur ; aussi n’avions-nous apporté, outre nos uniformes de France qui sont peu commodes, que des vêtements très légers. Dès notre arrivée dans la baie d’Along, en février, nous avons été désagréablement surpris par le froid et la pluie. L’hiver il 11e gèle jamais pour ainsi dire au Tonkin, mais il y a des jours où le thermomètre descend à deux ou trois degrés au-dessus de zéro. Nos vêtements de toile apportés d’Europe devenaient insuffisants. Heureusement, en arrivant à Hanoï, nous avons trouvé nos confrères de la marine vêtus de superbes complets de ilanelle qui leur avaient été fabriqués par des tailleurs annamites, et nous nous sommes empressés d’imiter leur exemple.

La boutique d’un tailleur ressemble à celles de tous les petits commerçants de Hanoï : elle est installée dans une paillote assez semblable à un

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