‹ Une campagne au TonkinChapitre 84 sur 299 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

BOMBARDEMENT DE UONG-IIOA. — LES COOLIES THERMOMÈTRES. — LA RIVIÈRE NOIRE. LES RAZZIAS

DES CHINOIS. — UNE NUIT SOUS LA PLUIE. — EN ROUTE POUR BAT-BAC; LES LETCIIIS. — TRAVERSEE DE LA RIVIÈRE NOIRE. - LE CHEMIN DES MONTAGNES. - MARCHE DE NUIT DANS LA FORET. - CASE¬

MATES El TAUPINIÈRES. HONG-HOA EN RUINES. — COMMENT LES PAVILLONS-NOIRS RECRUTENT DES TRAVAILLEURS. LA PIPE ET LE TABAC. CHASSE AU RAT MUSQUÉ. — PRÉDILECTION DES ANNAMITES POUR LES SOULIERS FRANÇAIS. — BELLE CONDUITE DE NOS SOLDATS.

Le JO avril au matin, nous quittons Dong-laü en deux colonnes : l’une, composée de la grosse artillerie, suit un chemin détourné qui va la conduire par une pente douce jusqu’au sommet d’un petit monticule d’où 1 on a vue sur la rivière Noire et sur Hong-hoa; la colonne principale, dont l’ambulance fait partie, gagne la rivière par la route directe, plus accidentée et plus étroite.

11 a fait une claire journée et un beau soleil. Nos troupiers, remis par vingt-quatre heures d’un repos nécessaire, sont, allègres et joyeux; ils rient et causent entre eux tout en marchant, l’arme à la bretelle, et en

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U N E CAMPAGNE AU TUNKJN.

relevant de temps à autre, d’un coup sec de l’épaule, le lourd sac de troupe qui commence à glisser. Quelques groupes* se mettent même à chanter; le refrain connu qu’on fredonnait les jours d’étapes sur les roules de France prend comme une traînée de poudre :

Nous le port'rons jusqu’au Congo L'as de carreau !

Décidément le caractère français est resté le même : dans ces jeunes

troupes, gaies, courageuses, insouciantes, on retrouve les descendants de cette vieille armée française qui a fait le tour du monde et qui s’est battue en chantant.

La route monte peu à peu à travers de petites collines couvertes d’herbe et de fougères; à l’horizon se dressent de grandes montagnes aux sommets perdus dans les nuages, aux flancs couverts d’herbe et de forêts. Six pièces d’artillerie de montagne viennent d’être mises en batterie sur la gauche du chemin ; chacun des coups de canon qui se succèdent sans interruption fait tressaillir nos coolies, qui rasent le sol eu tendant les épaules comme s'ils allaient être foudroyés. Les artilleurs tirent sur ilong-hoa par-dessus la rivière Noire que nous n’apercevons par encore.

La pente que nous suivons devient très raide et les coolies suent sang et eau pour porter leurs charges. Us ont commencé par se débarrasser d’une de leurs tuniques, puis de deux, et ainsi de suite; presque tout y a passé ; iis n’ont gardé sur le corps qu’un étroit coolie en costume deté. laiigouti ; leur peau nue, toute mouillée de

sueur, reluit au soleil comme du bronze poli. Les tonkinois du peuple ont, hiver comme été, les mêmes habits en (orme de longues chemises et laits avec des étoffes de coton très légères. En été ils s en débarrassent presque entièrement ; en hiver ils les superposent. Aussitôt que les premiers froids commencent à se faire sentir, ils ajoutent un vêlement; au fureta mesure que la tempéra turc baisse, ils en endossent

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