PAGODE DES SUPPLICES
on en trouve quarante, cinquante, qui s’agitent sous la moustiquaire. On l’a cependant fermée avec les plus grandes précautions; mais ils passent partout. Il n’y a au Tonkin ni puces, ni scorpions, ni punaises; le moustique remplace tout cela, et certainement nous ne gagnons pas au change.
Pendant toutes les nuits de la saison chaude, les avanies que je viens de décrire recommencent avec de légères variantes. Très souvent les fourmis feront le siège de votre lit; elles grimperont en bataillons serrés jusqu’à votre couverture et elles se répandront partout. Pour nous préserver de ces affreuses hctes, nous n’avions qu’une ressource : mettre chacun des pieds de notre lit au milieu d’une boîte à sardines que nous remplissions d’eau à moitié, et encore, au bout de quelque temps, nous constations avec stupeur que les malins insectes avaient appris à se tenir sur l’eau.
Bienheureux étions-nous quand une araignée velue, grosse comme le pouce, ou un mille-pieds long de 4 ou 5 centimètres, ne venaient pas se promener sur notre visage en y laissant une traînée rouge et cuisante, ou bien quand les gros cancrelats ailés, longs d’un pouce et demi, ne réussissaient pas à s’insinuer sur notre natte pour venir nous ronger les orteils.
Notre grand ennemi, le moustique, a un adversaire acharné qui en détruit des milliers. C’est un petit lézard transparent qui se montre par centaines sur les parois des cases et sous les toits en paillotes; on l’appelle le margouillat. Ses pattes sont munies de ventouses qui lui permettent de se tenir sur les corps lisses comme le verre; il est d’une agilité et d’une acuité de vision extraordinaires. Il se familiarise très vite avec la présence de l’homme; pour nous c’est une véritable distraction pendant les heures chaudes de la sieste que de le voir guetter et poursuivre son imperceptible ennemi.
Il distingue un moustique à une distance incroyable; il s’en approche peu à peu, sans faire de bruit, avec des mouvements félins ; arrivé à 1 centimètre environ de sa proie, il lance dessus avec une sûreté de coup d’œil surprenante sa longue et étroite langue qu’il ramène avec l’insecte englué tout au bout.
Les serpents sont assez nombreux dans le delta ; il en existe de toutes les couleurs. Je n’ai jamais entendu dire qu’ils aient occasionné aucun accident grave; tous ceux que j’ai vu prendre à llanoï ne dépassaient pas une longueur de 1 mètre. Ils s’introduisent souvent dans les cases par-dessous les portes mal jointes; ils établissent domicile dans les grands bambous creux qui supportent la toiture et ils n’en sortent que pour faire la chasse aux insectes ou aux grenouilles.