‹ Une campagne française;Chapitre 5 sur 9 · PONSES AUX ALLEMANDS · texte numérisé non relu

PONSES AUX ALLEMANDS

Réponse quelques contradictions allemandes

Interrogé par un correspondant du « Tijd », journal catholique d'Amsterdam, sur les contradictions que soulève en Allemagne le livre <( La guerre allemande et le catholicisme », Mgr Baudrillart a fait, il a une dizaine de jours, les réponses suivantes qui nous paraissent avoir de l'intérêt pour d'autres encore que pour les catholiques hollandais.

— Avez-vous lu, Monseigneur, les réflexions que plusieurs Allemands de distinction ont exposées dans le Tijd, au sujet du livre : La Guerre allemande et le catholicisme ?

— Oui, assurément; et je tiens tout d'abord remercier votre grand journal catholique de

l'hospitalité qu'il offre à ceux qui, par le fait de la guerre, ne peuvent correspondre directement.

— N'avez-vous pas été ému, Monseigneur, des cri-

tiques si vives dont ce livre, dont vous avez dirig la publication, est l'objet ?

— Emu? Pourquoi? Nos contradicteurs aile mands paraissent de fort mauvaise humeu Cela prouve que nous avons touché juste. Ils s bornent à nier ; ils ne réfutent rien.

— Cependant, ils déclarent sans valeur les an clés du chanoine Gaudeau et de M. Georges Goyai qu'ils jugent indignes d'une réfutation et, dépourv de fond l'article de M. Veuillot.

— Ils le déclarent, oui. Mais le chanoii Gaudeau et M. Georges Goyau ne sont pi devenus du jour au lendemain des imbécil< et des ignorants, parce qu'ils ont écrit des ch< ses qui déplaisent aux Allemands. L'un res un de nos premiers théologiens, maintes fo loué par Pie X; et l'autre, l'homme de Fran qui connaît le mieux l'état religieux de l'Ail magne. M. Goyau répondra, si bon lui sembl à ses détracteurs, et il ne sera à court ni ( faits, ni d'arguments. M. Gaudeau a dé donné de nouveaux développements à sa pens dans une brochure intitulée : Le danger po. V Eglise est en Allemagne. Quant à M. Veuille outre qu'un livre récent (i), d'un neutre celui-1

(1) Les cruautés allemandes; réquisitoire d^ un neutre. Ne velle librairie nationale, Paris.

M. Maccas, docteur en droit de PUniversité d'Athènes, lui donne pleinement raison, c'est une erreur complète de prétendre qu'il a pris ses renseignements dans des journaux plus ou moins bien informés. Non seulement M. Veuillot s'est servi des enquêtes officielles, mais, partout où cela a été possible, c'est-à-dire dans les diocèses momentanément envahis et aujourd'hui totalement ou partiellement libérés, il s'est adressé aux évêques; j'ai été moi-même le témoin du scrupule qu'ont apporté ces évêques à ne rien affirmer dont ils n'eussent la certitude. Au surplus, dans chacun des diocèses qui ont été envahis, se poursuit aujourd'hui, une minutieuse enquête qui sera publiée, avec toutes les preuves à l'appui. Dans quelques jours, va paraître un volume, constitué à l'aide des dépositions des curés du diocèse de Saint-Dié : Les barbares à la trouée des Vosges.

— Mais vos contradicteurs n'évoquent-ils pas le témoignage des évêques allemands et autrichiens ? Et ne sera-ce pas très douloureux de voir l'épiscopat catholique ainsi divisé ?

— Très douloureux, assurément. Toutefois, permettez-moi de vous faire observer que les évêques allemands ont pris position les premiers. Le 25 novembre dernier, plusieurs des

évêques protecteurs de notre Institut catholique étaient réunis à Paris ; ils avaient grande envie d'exprimer collectivement leur sentiment au sujet de la guerre; ils s'en abstinrent pour ne point donner prétexte à une réponse de Tépiscopat allemand qui eût manifesté la division de la hiérarchie. Or, trois semaines après, le troisième dimanche de l'Avent, paraissait la lettre collective des évêques allemands qui déclaraient — ce qui prouve à quel point ils sont trompés par leur gouvernement — que l'empereur et l'Allemagne n'étaient pas responsables de la guerre. Il n'y a pas, je pense, que les Allemands qui aient le droit de parler sur la terre! Encore, veuillez le remarquer, il ne s'agit nullement, de notre part, d'opposer épiscopat à épiscopat : nous l'avons dit textuellement, les évêques, membres de notre Comité de propagande, parlent, non comme représentants de la hiérarchie, mais comme témoins des faits.

— Pourtant, vous avez cité deux lettres, Tune de l'archevêque d'Albi et l'autre de l'évêque de Versail les qui, en fait de soldats allemands, n'ont vu qudes prisonniers.

— Sans doute, mais je les ai citées dans l'appendice du livre, pour la haute valeur de leurs

réflexions sur la guerre et comme témoins de la vie religieuse dans notre pays, mais non pas au même titre que les neuf évêques membres de notre Comité, témoins de l'invasion. Si Nosseigneurs les évêques allemands interviennent dans ce débat (i), nous accueillerons leur parole avec le profond respect que des catholiques doivent à des évêques; mais il restera toujours que, sur ce terrain, ils parleront de ce qu'ils n'ont pas vu, tandis que les nôtres ont parlé de ce qu'ils ont vu.

— Bien ! Ils n' ont pas vu, parce que vous n'êtes pas entrés en Allemagne. Mais si vous y étiez entrés, est-ce que vos Turcos, vos Sénégalais et autres sauvages n'auraient pas fait la même chose que ce que vous reprochez aux Allemands d'avoir fait chez vous ? La Kœlnische Volksseitung et d'autres journaux le font très justement observer.

— Pardon ! Il né s'agit pas de savoir ce que les Turcos, les Sénégalais, auraient pu faire, mais ce qu'd?;^/ réellement fait les Allemands, chrétiens et civilisés. D'ailleurs, nous, catholiques français, nous mettons d'avance nos soldats en garde contre tous les excès qu'ils pour-

(1) D'après certaines dépêches, les deux cardinaux de Cologne et de Munich l'auraient fait ces jours-ci.

raient être portés à commettre par voie de représailles à l'égard des populations allemandes. Le R. P. Janvier, dont on incrimine si fort les harangues patriotiques, a terminé l'un de ses plus beaux discours de Notre-Dame par une adjuration de cette sorte adressée à notre armée. Et, dès sa première réunion, notre Comité a décidé de rédiger, quand le moment sera venu, un appel à la clémence et à l'humanité de ceux de nos soldats qui seraient tentés d'appliquer l'axiome : a Legem fat ère qtiam fecistï. Subis à ton tour la loi que tu as faite ! »

— Plaise à Dieu que vos soldats tiennent compte de vos avis ! Il est cependant un point où les reproches que vous font les catholiques allemands me paraissent bien fondés : c'est quand ils vous accusent de porter le chauvinisme jusque dans la religion et, par excès de nationalisme ^ de compromettre l'unité catholique et la soumission au Père commun des fidèles? N'a-t-on pas été jusqu'à dire que vous rêviez d'un Pape à Avignon .-^

— Ce souci part d'un bon naturel..., mais il est vraiment bien étrange dans l'esprit et sur les lèvres d'hommes qui, depuis tant d'années, ont montré une telle indépendance à l'égard du Pape, qui parlent sans cesse du catholicisme allemand et même du Dieu allemand ! Rappelez-vous ! Sous Léon XIII, le Centre ne s'est-il

pas vanté d'avoir triomphé, parce qu'il avait tenu tête au Pape? Et l'affaire du serment antimoderniste? Et celle de la première Communion précoce? Et celle de l'Encyclique sur saint Charles Borromée ? Et celle des Syndicats chrétiens? Tous les modernistes nous disaient: (( Mais regardez donc les catholiques allemands ! Comme ils résistent ! A la bonne heure ! Vous autres, vous ne savez que vous soumettre! » C'est vrai, nous autres catholiques français, nous ne savons que nous soumettre au Pape : ne craignez donc nul schisme de notre part!

— C'est possible, mais vous ne savez aussi que vous faire battre aux élections ; vous n'êtes pas organisés comme les catholiques allemands.

— Il est vrai, et j'admire comme vous cette organisation, — avec des réserves cependant. D'abord en ce qui nous concerne, la situation n'est pas du tout la même en France et en Allemagne: les élections chez nous se font sur des tendances politiques et sur des intérêts locaux que le mode de votation rend prédominants; les fonctionnaires sont innombrables et puissants; les candidats les plus radicaux se montrent rarement antireligieux dans leur circonscription. Malgré tout, nous remportons

encore d'assez beaux succès. Lorsque notre Comité s'est constitué, le président du Conseil municipal de Paris et le président du Conseil général de la Seine, tous deux élus, tous deux catholiques pratiquants, ont tenu à figurer parmi ses membres. Autre réserve qui, celle-là, concerne les catholiques allemands : leur organisation est forte sans doute ; mais elle a abouti à faire du Centre un parti surtout politique et qui le devient chaque jour davantage: catholiques indépendants vis-à-vis du Pape, domestiqués à regard de l'Empereur. Laissez-moi vous dire toute ma pensée; notre gouvernement est hostile aux catholiques, c'est vrai; et cependant^ nous 7îe changerions pas notre sort contre celui des catholiques allemands. Le vénérable Abbé d'une Trappe française m'écrivait, le 14 novembre dernier, cette phrase significative : « Si l'on pouvait se rendre compte qu'au fond le catholicisme jouit en France, malgré le combisme, de plus de libertés essentielles que dans cette Allemagne qui fait payer si cher au haut et au bas clergé certains privilèges accidentels! » C'est vrai. Prenons, par exemple, la liberté de l'enseignement! Où sont les Universités catholiques allemandes ? Quelques professeurs catholiques, trop souvent de doctrine suspecte, per-

dus au milieu de rationalistes et de protestants? Où sont les collèges purement catholiques? Oij les Petits Séminaires échappant au joug de TEtat, tout ecclésiastiques dans leur personnel, uniquement soumis aux évêques? Et ainsi des autres libertés.

— Il me reste un doute, Monseigneur. En toutes choses, il faut considérer la fin. La victoire de la France ne serait-elle pas la victoire de la franc-maçonnerie, et les catholiques de tous les pays n'ont-ils pas le droit de craindre les suites d'une telle victoire ? Je veux bien qu'on ait eu tort d'incriminer les catholiques français, mais enfin, vous n'êtes pas les maîtres.

— Les catholiques sont-ils les maîtres en Allemagne? Vous dites que la victoire de la France serait la victoire de la franc-maçonnerie; je puis vous répondre que la victoire de l'Allemagne serait la victoire du protestantisme et de la libre-pensée, d'une libre-pensée terriblement radicale.

Tout notre livre a tendu à démontrer que, même sous un gouvernement soumis aux influences maçonniiques, la France reste une nation catholique et exerce dans le monde une très utile action catholique, — ce que le pape Benoît XV a reconnu en disant encore, il y a

peu de jours, qu*elle demeure la fille aînée de V Eglise; tandis qu'au contraire, F Allemagne, même sous un gouvernement qui se déclare religieux, exerce par ses penseurs et ceux qui s'inspirent de leurs écrits une action tantôt protestante, tantQt foncièrement antichrétienne.

L'Eglise catholique n'a donc aucun intérêt à la victoire de l'Allemagne; c'est tout ce que nous avons voulu dire, et vraiment, c'était notre droit de le dire. Aux neutres et, en particulier, à vos chers compatriotes, il appartient d'apprécier la valeur de nos assertions : nous ne prétendons rien leur imposer; nous nous fions à leur intelligence et à leur esprit de justice. Mais ce que nous savons bien, c'est qu'avant même de nous avoir lus, ils se refuseront à penser — comme osent le leur suggérer tels de nos contradicteurs — que dix de nos évêques et les hommes les plus respectés du catholicisme dans notre pays aient engagé leur parole pour calomnier même le plus implacable des ennemis. Nous ne calomnions pas, nous disons ce que, pour de bonnes raisons, nous tenons pour vrai.

(Interview du Tijâ^ d^ Amsterdam^ reproduit par le Supplément de La Croix y 27-28 juin 191 5.)

Réponse au manifeste 'des 77 catholiques allemands (i)

(( Seigneur, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes », c'est en cette phrase de T Evangile, jugée comme Ton sait par le Sauveur, que semble se résumer le manifeste des 77 catholiques allemands qui ont entrepris de répondre au livre : <( La guerre allemande et le catholicisme ». Catholiques, pour la plupart, membres du Reichstag, fonctionnaires, conseillers intimes de ceci ou de cela, dont à part quelques noms illustres, il n'est pas facile de connaître, à l'étranger, le degré d'autorité.

(1) Cette réponse, rédigée par Mgr Baudrillart, a été adoptée par le Comité catholique de propagande française à l'étranger siégeant en séance plénière, le 12 juillet 1915, à l'Institut catholique de Paris ; le texte en avait été préala" blement soumis à NN. SS. les cardinaux et évêques mem* bres du Comité.

Ils commencent par une explosion de sensibilité et de tristesse au sujet des effroyables destructions de la guerre, comme si l'Allemagne n'en portait pas la responsabilité! Ils parlent — ainsi faisait jadis Robespierre — de leur cœur sensible ! Ils s'étonnent, ils se scandalisent que les Français se soient permis d'interpréter la prière pour la paix qu'ils ont, eux, récitée de si bon cœur! Ils nous accusent d'avoir répudié l'esprit de réconciliation et d'amour qui les remplit, eux, et de prêcher une haine farouche.

Et parmi les signataires se trouve ce M. Mathias Erzberger, député du Centre, porte-parole de son parti, qui exprimait récemment le désir (( de voir anéantir Londres tout entier », qui demandait que « rien ne soit épargné, ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards, ni les églises, ou bâ.timents publics ou privés, ni quoi que ce soit des autres propriétés », qui reprenait à son compte l'abominable sophisme : (( Plus impitoyable et plus cruelle est la guerre, plus elle est humaine! »

Ces laïques, car les signataires de ce manifeste le sont presque tous, ont l'inconvenance de s'en prendre par trois fois à nos évêques. Halte-là ! Respectez-les comme nous avons res-

pecté et comme nous respectons les évêques allemands; nous l'avons dit et nous le répétons: ceux de nos évêques qui ont pris sous leur patronage le livre : « La guerre allemande et le catholicisme », l'ont fait en tant que témoins plus autorisés que tous des faits qui se sont passés dans leurs diocèses envahis, en tant que garants de l'orthodoxie des auteurs du livre et de leur amour de la vérité. Ni l'esprit de discorde, ni l'esprit de haine ne sont jamais entrés dans leurs cœurs de pasteurs.

Aux auteurs du livre, vous reprochez d'avoir prêté aux Allemands <( une conception de la guerre et de la civilisation qui n'est pas la leur ». Ces auteurs n'ont cité que vos penseurs les plus illustres, vos écrivains militaires, vos hommes d'Etat : les reniez-vous? Non, puisque vous faites signer votre manifeste par M. Mathias Erzberger, qui a parlé comme eux.

S'agit-il des atrocités de la guerre? Cherchez-vous à discuter nos assertions? Pas le moins du monde! De même que les rédacteurs du manifeste des 93 intellectuels allemands ont dit : « Il n'est pas vrai », vous dites : <( Il n'est pas vraisemblable », ou vous tentez une impossible justification des actes trop notoires pour être révoqués en doute. Une fois de plus,

VOUS recourez à la légende, si souvent réfutée, de soi-disant francs-tireurs et de prétendues cruautés commises à l'égard de vos soldats par les populations, légendes que rejettent, vous le savez, les plus honnêtes et les mieux informés de vos compatriotes. La vérité des faits, combien d'enquêtes impartialement conduites l'ont établie! Et celle des autorités indigènes, des autorités religieuses d'abord, du cardinal Mercier, de Mgr Heylen, du cardinal-archevêque de Reims, de Tévêque de Nancy, et celles des neutres et celles même de plusieurs Allemands, de tels de vos évêques que vous connaissez bien, et qui, en présence de l'autorité suprême, seraient obligés en conscience, de déposer avec nous et comme nous.

Vous écrivez que « l'Eglise catholique condamne la haine lors même qu'elle s'adresse à des oppresseurs injustes », à plus forte raison (( la haine contre un adversaire qui n'a tiré l'épée que par contrainte, pour défendre son existence au milieu d'un monde d'ennemis, et non dans le dessein d'opprimer injustement les autres peuples ». A force d'affirmer, vous espérez encore donner le change; mais les documents diplomatiques et politiques sont là; ils disent, comme les événements militaires ont

d'ailleurs achevé de l'établir que vous n'avez jamais cessé de préparer et de vouloir la guerre, alors que d'autres s'abandonnaient aux rêves du pacifisme, et que vous l'avez non seulement déclarée, mais provoquée, lorsque vous avez cru l'heure venue du succès assuré d'une brusque agression. Si la majeure partie de l'Europe s'est ensuite tournée contre vous, pourquoi? sinon parce qu'elle tremblait pour son indépendance et pour sa culture?

Vous nous accusez de vouloir « faire partager notre haine par ceux qui ne sont pas intéressés dans le conflit ». Non, Messieurs! Nous n'avons pris la parole que quand nous avons acquis la convict'on que vos agences mensongères ne cessaient de nous calomnier chez les neutres et de tourner contre nous l'opinion de nos frères catholiques. Nous ne faisons pas œuvre de haine, mais œuvre de justice et de vérité.

Vous nous rappelez les prières et les exhortations pieuses de votre empereur, de votre empereur protestant, petit détail qui paraît toujours échapper à votre catholicisme. Mais vous oubliez que cette perpétuelle invocation du nom de Dieu par celui qui autorisait et laissait s'accomplir les pires forfaits a été pour le monde un plus grand scandale et a plus fait

blasphémer le saint nom de Dieu que le silence de nos gouvernants.

Vous nous dites encore que des millions (chiffre peu vraisemblable) de soldats catholiques ont communié avant de partir pour le front, qu'ils sont demeurés religieux et moraux, que de tels guerriers ne sauraient être capables des abominations dont on les accuse.

N'en doutez pas! Nous serons justes. Laissons de côté les protestants qui constituent la grande majorité de vos soldats, et dont un trop grand nombre, pas plus maintenant qu'autrefois, n'a de respect pour nos prêtres et pour nos églises catholiques. Ne parlons pas de l'étrange coutume qui règne dans votre armée et que vous tolérez de faire participer vos soldats aux deux cultes catholique et protestant, et de leur montrer réunis dans une même cérémonie (ainsi que l'attestent des photographies), le pasteur et le prêtre, symbole des infiltrations protestantes qui, maintenant comme à d'autres époques de votre histoire, menacent la pureté de votre catholicisme. Ne parlons que des catholiques! Beaucoup d'entre nous, nous les avons vus, dans les provinces rhénanes, en Bavière, dans d'autres régions de l'Allemagne du Sud, et nous avons été touchés de leur foi et de leur piété. Mais

.JUS savons aussi quelle brutalité native demeure chez certaines de ces populations et quelle soumission passive les incline devant leurs chefs, quoi qu'ils commandent. C'est pourquoi nous rendons d'autant plus responsables ces chefs et ces dirigeants qui, imbus, eux, de doctrines et de méthodes barbares, réveillent sciemment cette brutalité, abusent de cette soumission passive pour commander des actes criminels, et vont, afm d'être encore plus sûrs d'être obéis, jusqu'à égarer par les pires excitants le cerveau de leurs malheureux subordonnés. Voilà, Messieurs, comment ce qui n'était pas vraisemblable devient vrai : vous vouliez le savoir, nous vous l'avons dit.

Quant aux vertus que pratiquent aujourd'hui

os soldats dans les pays envahis, elles sont

telles, vous le savez bien, que vos chefs religieux

tremblent avec raison pour l'avenir, pour le

jour où les survivants regagneront leurs foyers.

Et vous. Messieurs les représentants du Centre, nous ne méconnaissons pas les services que

'US avez rendus à l'Eglise; nous avons admiré les luttes que vos pères et vous-mêmes avez soutenues dans le passé. Ce n'est pas seulement comme Français, mais comme catholiques, que nous souffrons de voir votre grand parti abdi-

quer, pour une si forte part, son noble rcje religieux et se confondre peu à peu dans les rangs du parti impérialiste et pangermaniste. Vous vous fussiez honorés davantage en défendant chrétiennement la cause de Thumanité. En tout cas, vous n'êtes pas qualifiés pour nous reprocher un excès de nationalisme.

Si, tout en déplorant les déviations de doctrine et de conduite pratique que nous constatons chez vous aujourd'hui, nous nous inclinons devant le bien que vous avez pu faire, nous sommes en droit de réclamer de vous la même justice pour les catholiques français. Mais, que vous nous l'accordiez ou non, nous avons le devoir de rappeler au monde que, malgré des fautes que nous ne nions pas, — le Français n'est pas pharisien, — notre pays n'a pas cessé de servir ici-bas la cause catholique et que sa défaite serait pour cette cause un irréparable malheur. C'est ce qu'a voulu démontrer le livre La Guerre allemande et le Catholicisme.

En finissant, vous nous laissez entendre que vous comptez mener contre ce livre et les publications subséquentes une polémique telle que vous la déclarez vous-mêmes incompatible avec la dignité et les devoirs des évêques. Forts de la vérité, nous vous répondrons et nous nous effor-

cerons de le faire de telle sorte que la dignité et les devoirs de personne ne se trouvent compromis. Avec fermeté, mais avec calme, nous continuerons à soutenir devant nos frères des pays neutres que l'Eglise catholique n'est pas intéressée à votre victoire. Ils jugeront; et, s'il vous plaît d'en appeler à un tribunal plus haut que celui de l'opinion, avec reconnaissance nous acceptons.

" La Guerre des Livres " léclarée par les Catholiques français

Décidément la France a commis tous les crimes ! Après avoir provoqué, comme chacun sait, Tinnocente Allemagne et déchaîné la lutte mondiale; après avoir, de concert avec la perfide Albion, violé la première la neutralité belge; après avoir bombardé de paisibles villes ouvertes comme Nuremberg, il a fallu qu'elle troublât jusqu'aux sphères hautes et sereines de la pensée !

Par la plume des catholiques du Coînité de propagande française à Vétranger, elle a (( déclaré la guerre des livres », gémit le docteur Mausbach, sous l'imposante garantie du docteur Pfeilschifter, tandis que le docteur Knœpfler (ils sont tous docteurs dans ce pays-là) oppose la belliqueuse « véhémence » de nos évê-

ques à la touchante « mansuétude » des évêques allemands (i).

Ineffables, ces Allemands! Contre quoi voulez-vous qu'ils protestent avec a véhémence » vos respectables pontifes ? Ce n'est pourtant pas nous qui avons commis l'attentat sacrilège de Gerbéviller, ni incendié Louvain, ni bombardé la cathédrale de Reims, pas même assassiné le moindre jésuite, le plus petit curé de campagne Si encore ils pouvaient, comme naguère, user de (( véhémence » dans la négation; mais, depuis que des enquêteurs indépendants et neutres, sans compter les évêques belges, leur ont mis des brassées de preuves entre les mains, cette ressource leur échappe. Il ne leur reste plus qu'à se lamenter avec « mansuétude » sur la cruauté de nos évêques, qui osent dire ce qui s'est passé; c'est ce qu'ils font ; qu'on ne nous demande pas de leur en savoir gré! S'ils avaient compris, ces gar-

(1) Culture allemande, catholicisme, guerre mondiale : un volume in-8o, publié sous la direction du D»" Pfeilschifter, à Fribourg, chapitres I et XI (le volume en compte vingt). Les ouvrages français auxquels il est fait allusion dans cet article sont ceux qu*a publiés, ou patronnés, le Comité catholique de propagande française à l'étranger. (Librairie BloudetGay, 7, place Saint-Sulpice.)

diens de la doctrine et de l'esprit chrétien, que leur rôle était de joindre leurs protestations aux nôtres, notre gratitude ne leur aurait pas fait défaut et ils auraient bénéficié de l'admiration du monde.

A nous maintenant, les catholiques du Comité de propagande. Or çà, nous avons déclaré la guerre des livres?

Comment l'aurais-je fait, si je n'était pas né ?

Six mois durant, en même temps que vous, Allemands, vous piétiniez le sol sacré d'un pays neutre que vous aviez juré de respecter, vous lanciez les bataillons de vos mensonges et de vos calomnies sur l'Espagne, sur l'Italie, la Suisse, les Pays-Bas, la Suède, la Norvège, le Danemark, les nations balkaniques, les Etats- Unis, les Républiques sud-américaines. Vos brochures étaient, au témoignage d'un neutre, <( expédiées par wagons » ; des circulaires « confidentielles » étaient jointes à leurs prospectus par tous les marchands de n'importe quoi; partout des agences étaient créées ou fortifiées, des journaux allemands rédigés dans la langue de chaque pays; des feuilles indigènes achetées à haut, ou à vil prix. Dès les premiers jours d'octobre 19 14, un groupe de catholiques allemands

faisait appel à ses coreligionnaires du monde entier; dès le mois de décembre, une lettre collective de l'épiscopat germanique déniait pour l'Allemagne et son empereur toute responsabilité dans la guerre; dès le mois de février 191 5, paraissait le livre du docteur Schroers : La Guerre et le Catholicisme y dont V Avertissement était daté de novembre 1914; et déjà une traduction espagnole : La Guerra y el CatolicismOy propageait dans la péninsule ibérique et dans toute l'Amérique du Sud l'idée que la victoire des Alliés serait funeste à l'Eglise, tandis que la victoire austro-allemande serait pour elle un triomphe. Partout était dénoncée la diabolique coalition de la France athée, de l'Angleterre protestante et de la Russie schismatique. Aux fautes trop évidentes de la politique religieuse du gouvernement français dans les trente dernières années, on ajoutait mille griefs imaginaires et souvent monstrueux; on imprimait, et au besoin on prêchait dans les églises et dans les communautés que seule la France n'avait pas été touchée par le réveil religieux provoqué par la tragédie de la guerre, que seules ses armées n'avaient pas d'aumôniers, que nul soldat français ne pouvait recevoir les sacrements avant de mourir, ni la sépulture chrétienne, que quiconque

ous aiderait de ses armes, de son argent, même de ses vœux, ne pouvait être qu'un complice de la franc-maçonnerie et travaillerait par là-même à la ruine du christianisme.

Catholiques français, nous bondissions sous l'outrage, mais nous gardions le silence. Un jour enfin, au mois d'avril dernier, sous le patronage d'une cinquantaine de catholiques avérés et éminents, cardinaux, évêques des régions foulées par l'ennemi, académiciens, sénateurs, députés, publicistes, quelques-uns d'entre nous, groupés par le recteur de l'Institut catholique de Paris, publièrent le livre : La Guerre allemande et le Catholicisme, que M. Barres présenta dans ce journal même avec l'incomparable puissance de sa pensée et la souplesse d'une langue apte à tout exprimer.

Telle fut notre « déclaration de guerre )) ! Et les Allemands, les catholiques allemands se voilèrent la face et se sentirent « saisis d*une tristesse profonde », devant « notre haine farouche ». Inconscience déconcertante, cynique hypocrisie, ou astuce incroyable?

On me l'a dit : il faut que je me venge, soupirèrent-ils, et ces agneaux se jetèrent sur les

loups que nous sommes. Ce fut une avalanche d'écrits!

Comme bien on le pense, le directeur de la publication fut particulièrement visé. Se rappelant fort à propos que je lui avais fait jadis les honneurs du couvent des Carmes, le docteur Schulte me reprocha le massacre des prêtres du 2 septembre 1792, tandis que le gracieux docteur Pfeiffer me qualifiait d'infâme, de faux témoin, de cynique, d'halluciné, et réclamait mon internement. Que ne demandait-il pour lui le prix de (( mansuétude », à partager avec ses supérieurs ecclésiastiques? Je vous pardonne, docteur Pfeiffer, et ne sollicite pas le prix de miséricorde ! La Kœlnische V olkszeitung mettait en ligne son artillerie légère, si tant est que des écrivains allemands aient jamais de celle-là à leur disposition, et le vénérable chanoine Rosenberg dressait sur paliers bétonnés six ou sept 420 pour nous réduire en poussière.

Artillerie légère, artillerie lourde, nous n'en sommes pas morts, et nos arguments, comme Dunkerque, comme Calais, comme Verdun, tiennent encore. En revanche, le fracas de toutes ces pièces a évoqué des échos dans le monde entier. C'est par milliers que se comptent les articles de journaux en toutes langues consa-

rés à notre comité et à ses publications. De notre premier livre, La Guerre allemande et le Catholicisme, près de deux cent mille exemplaires sont aujourd'hui vendus ou distribués. « Cet ouvrage, écrivait le docteur Fincke dans la Frankfurter Zeitung, fera sa marche triomphale à travers le monde des neutres des deux cQtés de r Océan. » Vous avez été bon prophète, cher docteur Fincke, et voici que le frère cadet de ce premier livre, U Allemagne et les Alliés devant la conscience chrétienne, dont M. Delay entretenait, il y a quelques semaines, les lecteurs de VEcho de Paris, est en train de prendre le même chemin. Nos Bidletins de propagande en français, en anglais, en italien, en espagnol, plusieurs volumes édités par notre comité, nos albums et livres illustrés, la précieuse collection des Pages actuelles, qui marche parallèlement avec nos propres publications, quantité de livres, de brochures, de tracts, achetés et répandus par nous, lui ont servi d'éclaireurs et ont débarrassé le terrain de nombreux obstacles, c'est-à-dire d'objections et de contre-vérités mises en travers de la route par nos ennemis.

Grâ.ces soient rendues aux milliers de souscripteurs qui nous ont permis d'accomplir cette utile besogne !

l6o UNE CAMPAGNE FRANÇAISE

Utile? L*est-elle tant que cela? Et valait-il la peine, Allemands ou Français, de déchaîner la guerre des idées ? Un seul obus n' avance- t-il pas plus l'heure de la victoire que toute votre mitraille intellectuelle?

O raisonneurs à courte vue! Des hommes d'affaires, des négociants, des industriels, vont vous répondre. Ils viennent d'adresser au (( directeur du comité catholique de propagande française à V étranger » une lettre merveilleuse de perspicacité, où ils démêlent, mieux que beaucoup de « spéculatifs » n'auraient su le faire, le pourquoi de la propagande allemande chez les neutres, et donc le pourquoi de la nôtre. (Bulletin de propagande, janvier 19 16). Vous y lirez, entre beaucoup d'autres, cet original petit fait. Un honnête commerçant castillan, dûment stylé par des écrits germanophiles tout bourrés de textes de ^la Sainte-Ecriture, en était arrivé à la conviction qu'on ne pouvait, sans péché mortel, commercer avec les Alliés : « Vous ne trouverez pas à acheter de la valence ici, écrivait-il l'hiver dernier à l'un des principaux mandataires des Halles de Paris ; non que nous en manquions, mais parce qu^aucun catholique espagnol ne consentira à ravitailler en oranges les suppôts de Satan ». Par contre, ils r^ivitail-

UNE CAMPAGNE FRANÇAISE l6l

1 laient de tout les sous-marins (( d'un des souve- I^Jkins les plus catholiques du monde ». (C'est Vami de Luther que, dans leur naïveté, ils se sont laissés induire à désigner ainsi !)

Dire qu'il est inutile d'avoir pour soi, chez les neutres, l'opinion de la classe dirigeante et aisée, c'est dire une sottise. Or, dans ces pays, la classe dirigeante et aisée est en majorité religieuse et, pour beaucoup plus de la moitié, catholique. Donc, la guerre des livres ou guerre des idées, notamment celle que poursuivent les catholiques, a sa place à côté de la guerre des obus; l'une soutient l'autre; venir en aide à qui la fait, c'est agir en bon patriote.

{Echo de Paris, 13 février 19 16.)

Encore la Culture allemande, le Catholicisme et la Guerre

Depuis quelques semaines, bon nombre de Français de marque, évêques, académiciens, sénateurs, députés, publicistes, ont la surprise, — je ne dis pas agréable, — de trouver dans leur courrier un gros volume de cinq cents pages, qui leur est expédié par la librairie hollandaise Van Langenhuysen. C'est la traduction française du livre collectif, dont la publication a été dirigée par le docteur Georg Pfeilschifter, professeur de théologie à l'Université de Fribourg-cn-Brisgau : (( La CULTURE ALLEMANDE, LE CATHOLICISME ET LA GUERRE, réponse à V ouvrage français : La guerre allemande et le catholicisme. » Les Espagnols reçoivent de même la traduction espagnole, les Anglais la traduction anglaise, etc

Protesterai- je contre, la libre circulation en France de ce volume que laisse placidement-

passer la censure, par ailleurs plus sévère? Non. Je ne saurais oublier que lorsque l'autorité, il y a quelques mois, interdit la vente de la réponse qu'avait faite à notre livre le chanoine Rosenberg, ce fut notre livre lui-même, qui portait le même titre, que saisirent avec un certain empressement bon nombre de gendarmes trop zélés et même deux ou trois préfets. Nos réclamations furent d'ailleurs écoutées.

Et puis franchement, bien qu'écrit en français, l'ouvrage n'est pas d'une lecture facile. Il se compose de vingt dissertations très germaniques. Un des exemples les plus typiques est celui d'Hermann von Grauert, docteur en philosophie, conseiller aulique intime, professeur à l'Université de Munich, docteur honoraire de l'Université de Louvain, membre titulaire de l'Académie de Munich et membre de l'Académie des Arcadiens de Rome. Ouf ! Pour démontrer que nous nous faisons une idée fausse des prétentions allemandes à l'hégémonie mondiale, il entreprend l'histoire de l'idée même d'hégémonie mondiale depuis le troisième millénaire avant Jésus-Christ ; cela commence à Sargon I*', roi d'Akkad, dans la Babylonie sémite septentrionale, pour finir à Guillaume IL Si, après cela, M. l'abbé Griselle et M. Paul Verrier, qui sont

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particulièrement pris à partie, ne se sentent pas écrasés, c'est qu'ils ont les reins forts.

Item : s'agit-il de prouver que nous avons imputé aux Allemands des atrocités imaginaires, un philosophe, M. Wladislas Switalski, prêtre, docteur en philosophie, professeur d'Université à l'Académie royale de Braunsberg, prend sa meilleure plume pour écrire un grave traité de <( la Psychologie des récits de cruauté »; après avoir établi des lois, il les applique aux accusations relatées dans le livre français; d'où il résulte que celles-ci ne peuvent pas être fondées.

Est-ce à dire qu'il n'y ait rien dans ces cinq cents pages qui mérite d'être discuté à fond? Ce serait absurde de le prétendre. Elles sont lourdes et peu accessibles; elles n'en émanent pas moins de savants et d'hommes distingués, aveuglés par la passion, je le veux bien, mais de qui l'opinion n'est cependant pas négligeable.

Aussi bien ne l' avons-nous pas négligée. Ce livre produit sur beaucoup de lecteurs l'effet d'un livre nouveau, parce qu'il paraît dans notre langue, mais il ne l'est pas. C'est à l'édition allemande du même ouvrage que j'ai déjà répondu dans VEcho de Paris du 1 3 février. Et

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c'est tout le fond de cette œuvre que nous avons discuté dans la seconde publication collective de notre Comité catholique de Propagande française à r étranger, je veux dire : V Alterna gne et les Alliés devant la conscience chré tienne (i). C'est ce dernier livre qu'il convient de se procurer, si l'on veut trouver la réponse adéquate aux objections et aux critiques que nous opposent les vingt auteurs allemands.

Non, je le reconnais, que le volume publié par Pfeilschifter ait précédé le nQtre; ils ont paru simultanément; l'introduction de Pfeilschifter est du 30 novembre et la mienne du 2 décembre 191 5. Mais nous répondions au livre du chanoine Rosenberg et à tous les écrits allemands dirigés, au cours de 191 5, contre « la guerre allemande et le catholicisme ».

Or tout ce que renferme le livre de Pfeilschifter était déjà dans les écrits antérieurs. Et c'est précisément là ce qu'il y a de désarçonnant ei d'odieux dans les polémiques avec les AU mands. Ils ne tiennent aucun compte des réponses qu'on leur fait, fussent-elles absolument péremptoires ; ils se bornent à réaffirmer.

(1) In-80 de 400 pages. Librairie Bloud et Gay. Prix net : 3 fr. 60.

Encore que nos adversaires nous en donnent l'exemple et qu'ils aient constamment à la bouhe, en parlant de nous, les mots de calomnie et de mensonge, il m'est désagréable de dire à des hommes respectables par leur sa^^oir, ou par leur caractère sacré, qu'ils mentent, ou qu'ils se font les complices de menteurs. De quel nom pourtant qualifier l'acte d'écrivains qui faisant paraître, au bout de plusieurs mois, la traduction de leur ouvrage, reproduisent sans sourciller les assertions dont la fausseté leur a été démontrée ? Pas même une note ! Pas même une allusion à la réponse! Que l'on argiie de sa bonne foi en novembre 191 5, passe encore, mais en août 10 16, quand on a tenu entre ses mains la preuve de l'erreur!

Exemples. L'une des principales accusations qu'élèvent contre nous les Allemands, celle que sans relâche ils font valoir à Rome et près des catholiques neutres, c'est d'avoir compromis la paix religieuse du monde et l'unité du catholicisme. La préface de « V Allemagne et les Alliés devant la conscience chrétienne », dix pages de François Veuillot dans le même volume, mon article de VEcho de Paris, leur administrent vingt preuves pour une qu'ils ont été les agresseurs et que, pour n'en citer qu'un,

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l'ouvrage de Schrœrs : <( La Guerre allemande et le catholicisme », a précédé le nôtre de plusieurs mois. Qu'importe? La traduction de Pfeilschifter colporte en France et en tous pays la même calomnie. (( Fait nouveau, fait inouï, cette descente dans l'arène de catholiques fervents, etc., etc. », s'écrie Mgr Joseph Mausbach, en tête du chapitre qui continue à porter ce titre : <( La déclaration de guerre des écrivains catholiques français. » Et il poursuit : « Le triste honneur d'avoir ouvert les hostilités dans le domaine spirituel et religieux revient d'ores et déjà incontestablement à la. France (p. 4). » Bien plus, l'un des évêques les plus réputés de l'Allemagne, celui de Spire, Mgr de Faulhaber, ne craint pas d'affirmer (p. 448) que « nous avons déterré la hache de guerre, malgré les ordres du Saint-Père ».

Pour me mettre en contradiction avec moimême, ils vont chercher dans la collection de la Revue pratique d* apologétique certains passages favorables aux catholiques allemands et, sous prétexte que je suis l'un des directeurs de la Revue, ils les mettent impudemment sous ma signature, alors qu'ils sont signés d'autres noms. Je leur démontre le faux; rien n'y fait; ils le reproduisent tranquillement (p. 15).

Bien entendu, pour Louvain et pour Reims, en dépit de toutes les dénégations, ils maintiennent la légende des francs-tireurs, des postes d'observation sur les tours de la cathédrale, etc., (chapitre 14, par Sauer).

Il y a plus fort; c'est de mettre à notre compte les actes des Allemands. Voici ce que M. Aloïs Knœpfler, docteur en théologie, conseiller ecclésiastique, conseiller aulique intime, professeur à l'Université de Munich, trouve spirituel de répliquer (p. 287) au vénérable archevêque d'Albi, Mgr Mignot, qui, dans sa lettre pastorale, a mentionné Louvain, Reims, Soissons, Arras : <( Est-ce hasard ou inconsciente ironie? Mais l'évêque énum.ère justement tout au long la liste des crimes, il stigmatise précisément les méfaits dont les Français et leurs alliés moscovites se sont souillés euxmêmes! » Après cela, on pourrait tirer l'échelle.

Ne la tirons pas cependant.

Ce même M. Knœpfler reproduit l'affirmation, maintes fois réfutée, que les évêques français ont pris sur eux de diviser la hiérarchie catholique et d'emboucher dans leurs mandements la trompette de guerre. Ce chapitre intitulé : a La guerre et les Lettres -pastorales des évêques allemands et français » est certainement un des

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plus odieux du livre. De la part d'un catholique et d'un conseiller ecclésiastique, c'est, à l'égard des représentants de la hiérarchie, un grossier manque de respect et qui devrait provoquer une protestation solennelle. Ce personnage se permet d'accorder « une excuse morale » à l'admirable lettre pastorale du cardinal Mercier « si désavantageusement qu'elle supporte la comparaison avec celles des archevêques et évêques allemands (p. 279) » ; mais, ajoute-t-il, « les cardinaux et les évêques français ne jouissent pas du bénéfice de cette circonstance atténuante ». Et le même monsieur trouve le moyen de jeter la vilaine boue de sa pensée sur nos évêques et sur nos soldats en répondant par une basse et lâche insulte à ce passage d'une lettre pastorale de l'archevêque de Cambrai : (( Les soldats français sentent d'une manière plus ou moins expressive, mais certaine, qu'ils sont les soldats du Christ et de Marie, ... et que mourir à la française veut dire mourir en chrétien ». — <( La meilleure réponse à cette étrange prétention, écrit le sieur Knœpfler, est donnée, d'après nous, par le passage suivant de la. brochure de Schrœnghamer-Heimdal, déjà citée précédemment. Là-bas, chez l'ennemi, des rires étouffés de femmes se font entendre dans la tranchée! Il

y a là des zouaves aux muscles agiles, de vigoureux chasseurs alpins, l'élite des troupes françaises, et des femmes avec eux. O est mourir à la française. Et pendant que là-bas le dieu Faune à la ceinture légère recevait les hommages excitants de ses fidèles, nos hommes de la landwehr allumaient dans leurs abris un bout de bougie et déroulaient entre leurs doigts les grains de leur chapelet. ...Ici la manière allemande, là-bas la manière française (p. 282) ».

Cette fois, cela suffit! Au début de l'ouvrage, on a bien voulu nous déclarer qu'il avait pour but « la mise en évidence des côtés lumineux du îjeuple allemand (p. 17) ». Parmi ces côtés lumineux, il en est un qu'il fait briller d'un fameux éclat : c'est le CQté mensonge.

{Echo de Paris, 1 1 septembre 19 16.)

Un livre à ne pas prendre au tragique

La Culture allemande, le Catholicisme et la Guerre

(Traduction française)

De divers côtés, on me signale avec une certaine émotion la distribution assez large faite dans notre pays de la traduction française de l'ouvrage collectif que, dans les derniers jours de 191 5, les Allemands ont opposé à notre livre: La Guerre allemande et le Catholicisme. De plusieurs pays neutres, on m'écrit aussi, car il existe des traductions anglaise, espagnole, etc. Et on me dit : « Répondez ! il y a urgence. »

Gardons-nous de prendre au tragique cette publication; la traduction est nouvelle; le livre ne l'est pas, et depuis longtemps, nous avons répondu à la plupart des arguments qu'il met en avant. Il s'agit, en effet, du livre La Culture allemande^ le Catholicisme et la Guerre, publié, sous la direction de Georg Pfeilschifter que.

dès le mois de février dernier, j'ai eu Thonneur de présenter aux lecteurs français et de critiquer, dans VEcho de Parisy et auquel notre Comité catholique de -propagande française avait donné la réplique, au moment de son apparition, dans le volume intitulé : U Allemagne et les Alliés devant la conscience chrétienne (i).

Puisque les deux volumes ont vu le jour simultanément, comment l'un répond-il à l'autre? Ce n'est pas difficile. La collection des vingt articles rassemblés par Pfeilschifter ne fait que reprendre toutes les objections que, dans cent articles et brochures, divers auteurs avaient, dès le premier moment, soulevées contre notre volume: La Guerre allemande et le CathoUicisme. (( U Allemagne et les alliés devant la conscience chrétienne » réfute ces objections et donc, par avance, La Culture allemande^ le Catholicis7ne et la Guerre.

Il est cependant un point qui, bien que largement touché dans la belle étude de Mgr l'évê que de Nice L^a France et V Allemagne devant la doctrine chrétienne^ n'a pas été suffisamment élucidé par nous : c'est l'argument que les Alle-

(1) Librairie Bloud et Gay. Prix net, 3 fr. 60.

mands et beaucoup de neutres tirent de l'état religieux de la France contemporaine.

Aussi avons-nous résolu de lui consacrer tout un volume qui sera la troisième des grandes œuvres collectives de notre Comité; il aura pour titre : La France catholique à la veille et au lendemain de la Séparation de V Eglise et de VEtaty ou La Vie Catholique dans la France contemporaine: il traitera, avec une parfaite sincérité, et sans la moindre intention polémique, de la religion proprement dite, de la famille, de la philosophie, de la littérature, de l'art ; d'illustres écrivains y travaillent et il paraîtra, chez nos éditeurs accoutumés, vers la fin de

J'ai dit qu'il ne fallait pas prendre au tragique la publication en langue française du livre de Pfeilschifter. Elle a d'énormes défauts et de fond et de forme qui, les premiers, mettront le lecteur en défiance, et, les seconds, le rebuteront assez rapidement. Ces défauts, dont les principaux sont l'esprit de mensonge et l'esprit de pédantisme, je les signale ailleurs; on me permettra de n'y point insister ici.

Mais s'il ne faut pas prendre ce livre au tragique, il serait injuste et puéril de ne pas le prendre au sérieux; il est Toeuvre d'écrivains de

mérite qui tiennent une place élevée dans la science, ou dans l'Eglise; ils sont aveuglés par la passion et par le parti pris le plus éhonté, mais là où ils disent la vérité, et sur eux-mêmes et sur nous, nous avons le devoir de le reconnaître, suivant le vieux dicton : Pas est et ah hoste doceri.

Il est clair que des articles comme ceux de Georg Pfeilschifter: Le mïnisthe des âmes et la vie religieuse dans V armée allemande; de Mgr von Faulhaber, évêque de Spire, Notre culture religieuse; de Joseph Schmidlin, V Allemagne et les missions étranghreSy mettent en lumière des faits vrais et honorables. Ce dernier rend même un bel hommage à l'œuvre de la France dans les missions et ne craint pas de proclamer ce que perdrait la civilisation chrétienne si la France venait à disparaître comme nation (p. 474). Pourquoi faut-il qu'il ajoute que (( la défaite et l'humiliation de la France peuvent seules amener sa conversion » et qu'il nous applique la parole du Sauveur : « Celui qui perd son corps sauvera son âme » ? Il nous est si aisé de lui rétorquer cette parole et de l'appliquer à l'orgueilleuse Allemagne!

De même Pfeilschifter. Que, comme nos écrivains catholiques se plaisent à le faire pour les

nôtres, il mette en lumière de beaux traits religieux de soldats allemands, c'est son droit et son devoir. Mais pourquoi souiller son récit par les plus basses calomnies à Tégard de ses adversaires? Je ne parle même pas de l'inévitable développement sur <( la guerre défensive imposée » aux pacifiques Allemands ; c'est une clause de style dont à peu près aucun chapitre ne nous fait grâce. En revanche, que dire et que penser d'un historien qui, après tant d'enquêtes, ose encore écrire la honteuse page 246 sur la guerre de francs-tireurs et les atrocités belges, présenter la répression telle qu'elle se fit comme^ un devoir sacré et déclarer que les soldats allemands n'ont fait que venger le sang de leurs camarades assassinés lâchement dans d'affreuses circonstances ? M. Pfeilschifter ne pourraitil s'attendrir sur les tombes militaires ornées de fleurs par les soldats allemands, sans y ajouter cette stupide et mensongère réflexion, (( par un contraste heureux avec les Français qui, dans des situations analogues, sont la plupart du temps dépourvus de tout respect et de toute pitié pour leurs morts » ? (P. 256.) N'y a-t-il pas quelque chose de grotesque à prétendre que, si les soldats du kaiser sont parfois impies et « noceurs », c'est la faute dés Belges et des

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Français (( qui entraînent dans leur tourbillon d'immoralité flagrante une partie de notre si bonne virilité allemande » ? (P. 258) Et ce brave Pfeilschifter d'ajouter : « Les attractions, les tentations et les séductions, généralement recouvertes du masque insinuant de V élégance gauloise, ne trouvent, dans bien des cas que peu de résistance chez nos hommes simples et sans malice pour la plupart. » (P. 258) Ce masque insinuant, oh ! Monsieur le docteur en théologie ! Risum teneatis amici! Et tout cela pour conclure par la parole de Notre-Seigneur : (( Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits. » Un bon arbre, l'armée allemande? mais ce qu'il faudrait d'abord démontrer, herr doktor!

Nous avons toujours professé le respect que nous leur devons à l'égard des représentants de la hiérarchie catholique et, malgré l'exemple contraire qui nous est donné dans le livre dont nous parlons, nous demeurerons fidèles à cette ligne de conduite. Qu'il nous soit cependant permis de demander discrètement à Mgr l'archevêque de Spire si, comme ses vénérés frères, il ne se prosterne pas un peu trop souvent devant la protestante majesté de Guillaume II ? Il nous dit (p. 453), que ce grand prince « n'a jamais rougi de proclamer sa foi », et je veux

bien croire que Guillaume II est religieux, encore qu'il fasse un mauvais usage de sa religion; — mais enfin de quelle foi s'agit-il? La foi protestante et la foi catholique sont-elles choses égales, ou indifférentes, Monseigneur? Mon inquiétude s'accroît quand je vous vois développer (p. 454), cette pensée que le fondement de l'Etat allemand n'est pas protestant, mais chrétien, abstraction faite de ce qui distingue le protestantisme et le catholicisme; n'est-ce pas un peu jouer sur les mots, car enfin qu'est-ce que le christifeinismei dépouillé des vérités catholiques que les protestants ne veulent pas admettre, sinon précisément le protestantisme? Et cela vous suffit, mais ne vous empêche pas de tonner, renversant la règle de votre jugement, contre la base chrétienne, mais schismatique, de l'Etat russe. Et vous ajoutez que le système scolaire allemand vous plaît plus que le système français, que les chaires de théologie catholique annexées à vos Universités libres-penseuses vous donnent des garanties suffisantes, enfin que l'école primaire d'Etat confessionnelle vaut mieux que l'école libre (p. 468). Mais l'école confessionnelle c'est, pour les deux tiers de T Allemagne, l'école protestante. Alors, il faut en prendre son parti :

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Cujus regio, kujus religio, et cela pour toujours? Et oui! Si vous voulez vous en convaincre, lisez, à fond comme je l'ai fait, le chapitre XIV de ce livre : L'Empire, V empereur et la parité confessionnelle, par Karl Hœber, vous verrez ce qu'on entend par la parité confessionnelle et oii cela mène. Au surplus, notre docteur en théologie catholique, Pfeilschifter, vous aidera à tirer la conclusion. <( Les nécessités de la guerre ont mis en contact étroit côte à ccite toujours des catholiques avec des protestants. Ces hommes apprennent à se connaître, à s'estimer et à connaître et estimer aussi leurs sentiments religieux, leur foi et leurs rites. Il n'est pas rare d'entendre des soldats catholiques et protestants deviser de questions religieuses, prier ensemble, ou chanter des cantiques communs aux deux confessions. » (P. 270.)

Après cela, je ne m'étonne plus des inquiétudes que donnaient au Saint-Père Pie X, ces mélanges interconfessionnels, mais je m'étonne un peu d'entendre Mgr von Faulhaber mettre le courage des évêques allemands, dans leurs lettres pastorales, à la hauteur de celui des prophètes (p. 467).

Je m'arrête, parce que j'ai déjà dépassé les bornes d'un article, mais je croirais manquer à

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mon devoir vis-à-vis de Tépiscopat français, de tous points admirable dans cette guerre, si je ne signalais l'insultant article que lui a consacré, dans ce même ouvrage, M. Aloïs Knœpfler, docteur en théologie et conseiller ecclésiastique. Cet article appelle la plus vigoureuse et la plus solennelle protestation, (i) Si S. S. Benoît XV a prononcé cette grave sentence — et Pfeilschifter la rappelle à la dernière page de sa publication *. (( Ceux-là s'écarteraient loin de la voie royale de la tolérance et de l'amour du prochain qui se croiraient autorisés à dénigrer par la parole et par la plume les actions des catholiques d'un autre peuple )>, de quel poids une telle sentence ne tombe-t-elle pas sur ceux qui, avec la plus grossière ironie, se font les détracteurs d'évêques, dont le seul tort a été de dire et de juger ce dont ils ont été les témoins dans notre pays envahi par l'ennemi?

(Supplément de la Croix,

9 septembre 19 16.)

(1) Nous avons réfuté cet article dans notre brochure La l'rance, les (Mtholiques et lu Que (Pages actuelles, n^ 102).

Où les Allemands confirment notre thèse

Les Allemands viennent d'éprouver le besoin d'envoyer à tout l'univers un fascicule intitulé : Accueil fait chez les neutres et par les protestants d'* Allemagne à V ouvrage <( la Culture allemande^ le Catholicisme et la Guerre mondiale. Je l'ai reçu.

La seconde partie de ce fascicule est particulièrement édifiante; si la thèse que nous avons soutenue avait encore besoin d'une confirmation, les Allemands nous l'apportent avec un empressement qui n'a d'égal que leur inconscience. Ecoutons-les !

« Des protestants de toutes nuances se sont occupés de notre ouvrage depuis les plus stricts jusqu'aux plus largement libéraux. »

Le pasteur Schiller, de Nuremberg, écrit avec raison: « Parmi les récents ouvrages catholiques, aucun livre n'a trouvé chez les protes-

tants un accueil aussi favorable que le livre : la Culture allemandey etc.. »

Ceci n*est pas pour nous surprendre.

Du docteur Karl Deuckmann : (( Nous constatons avec la plus grande satisfaction d'après la réponse des catholiques allemands, que la déclaration de guerre des chauvinistes français a eu plutôt pour effet, un rapprochement, un esprit de conciliation du côté du catholicisme envers le protestantisme chez nous... Ce livre éveille dans son ensemble de riantes perspectives pour les rapports confessionnels futurs dans notre patrie. Le protestantisme et le catholicisme allemands se sont rapprochés grâce à la guerre mondiale. » D'accord !

Le célèbre professeur Harnack porte un jugement, tout à fait à l'honneur de sa clairvoyance:

« Ce livre est un livre allemand par excellence. Toute sa teneur et ses idées relativement aux grands problèmes de la religion, de la science, de la politique et de la vie ne pouvaie?it trouver leur expression ailleurs qu*en Allemagne. Aussi, doit-on s'attendre à ce que ces thèses, si précieuses pour nouSy ne soient qu^ijnparfaitement comprises et encore moins approuvées entièrement par les catholiques de V étranger. »

C'est tout à fait notre avis, et nous ne dou-

tons guère que la catholique Espagne n'y souscrive.

Mais nous persistons à nous étonner de voir des publicistes catholiques, des prélats et des évêques, se glorifier de telles adhésions et les faire publier officiellement par le Comité de défense des intérêts allemands et catholiques pendant la guerre mondiale.

(La Croix, 26 septembre 19 16.)

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