‹ Une campagne française;Chapitre 4 sur 9 · OUVRAGES DE PROPAGANDE · texte numérisé non relu

OUVRAGES DE PROPAGANDE

"La Guerre allemande et le Catholicisme"

Le livre que nous présentons au public est un livre de propagande française. Il s'adresse surtout aux catholiques des pays neutres.

Beaucoup parmi eux, nous le savons et nous en souffrons, jugeant d'après certains actes extérieurs que nous sommes les premiers à déplorer, se sentent inclinés à croire que la France a cessé d'être une nation chrétienne et catholique; trompés aussi par les déclarations intéressées et, nous le démontrerons, peu véridiques, de nos adversaires, ils s'imaginent que l'Allemagne et l'Autriche, devenue, hélas ! la satellite de l'Allemagne, représentent dans le monde la cause de l'ordre, de l'autorité, de la religion, et que leur victoire serait, plus que la nôtre, favorable aux intérêts sacrés du catholicisme.

Prétendons-nous faire violence à l'opinion des neutres ? Assurément non l'entreprise serait d'ailleurs aussi ridicule que vaine.

Les catholiques des pays neutres sont des hommes de bonne foi, intellig'ents, amis du bien, qui ne demandent qu'à être éclairés, pour se prononcer suivant la justice.

C'est cette lumière que nous avons le désir de faire briller à leurs yeux : très simplement et très sincèrement, nous soumettons à leur impartial et libre examen quelques faits et quelques considérations.

Qui sommes-nous pour agir ainsi et quelle est notre autorité?

Nous sommes des catholiques français qui apportons à nos frères des pays neutres le témoignage des plus respectés, des plus éclairés, des mieux informés parmi nous : témoignage de deux cardinaux et de plusieurs évêques, qui ne parlent point au nom de la hiérarchie catholique, — ils ne prétendent pas l'engager, — mais au nom de ce qu'ils savent et de ce qu'ils ont vu, car tous, à l'exception du vénérable archevêque de Paris, ordinaire du lieu oti paraît ce livre, sont des évêques des régions envahies par l'ennemi; témoignages d'académiciens qui représentent l'élite de la pensée francs ise, ' t qui, vivant dans ce centre parisien où viennent aboutir toute idée, toute information, parlent, eux aussi, en connaissance de cause;

emoignage de sénateurs, de députés, qui sont noins les hommes d'un parti politique que les défenseurs attitrés de la religion au Parlement ; lémoignage de membres éminents de nos assemolées parisiennes. Conseil général et Conseil municipal ; témoignage enfin de publicistes qui, tous, ont mis leur plume au service de l'Eglise.

Pas plus que le concours de personnalités qui, bien que catholiques, apparaissent surtout comme des politiques, nous n'avons sollicité celui d'hommes dignes de la plus haute estime et qui sont pour nous les plus précieux des alliés.

Pour constituer notre comité et pour écrire ce livre, nous n'avons voulu que des catholiques avérés, afin qu'ils fussent en droit de dire : « Nous savons ce qu'est la doctrine catholique et ce qu'elle exige, quelles sont les idées dont elle veut assurer le règne, quels sont les actes qu'elle défend même en temps de guerre. — Eh bien! regardez : voyez ce que fait l'Allemagne et voyez ce que fait la France. — Voyez si, par la doctrine de ses mtellectuels, par sa façon de conduire la guerre, par les actes de ses chefs et de ses soldats, l'Allemagne ne se manifeste pas, en dépit des déclarations religieuses de son souverain, comme l'adversaire théorique et pra-

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tique du catholicisme, souvent même de tout christianisme. — Jetez d'autre part un regard sur les services rendus à la foi catholique par la nation française, dans le passé et dans le présent; considérez aujourd'hui même l'attitude de. ses prêtres, de ses soldats, de la majeure partie de ses habitants, et voyez si cette nation n'est pas plus fidèle à l'Eglise, votre mère comme la nôtre, que l'Allemagne du Kaiser « l'ami de Luther ».

Tout cela, nous le disons avec conviction, mais sans passion, ni haine. Nous aimons ardemment notre patrie, mais nous sommes les enfants dévoués de l'Eglise catholique; nous ne voudrions, sous nul prétexte, contribuer à déchirer sa « robe sans couture ». Ce n'est pas travailler à cette œuvre néfaste que de faire appel à l'esprit de justice de tous nos frères en Jésus- Christ.

(Préface à l'ouvrage La Guerre Allemande et le Catholicisme?)

'Allemagne et les Alliés

devant la Conscience chrétienne"

L'Allemand, qui ne reconnaît qu'à lui-même le droit de commander, voudrait se réserver celui de parler tout seul.

Il nous est malheureusement impossible de déférer à son désir, dût-il une fois de plus nous traiter d'agresseurs.

Agresseurs, nous ne le fûmes à aucun moment. Dans le chapitre qui termine ce livre, M. Veuillot montre de combien de publications et de menées allemandes chez les neutres fut précédée l'apparition du livre français : La Guerre allemajide et le Catholicisme^ livre de pure défense que les catholiques allemands, y compris leur porte-parole officiel, le docteur Rosenberg, ont voulu transformer en manifeste d'attaque.

Faut-il rappeler que notre titre même, ce titre que nos contradicteurs ont eu l'impudence de

dénoncer au monde comme tendant à faire de la présente guerre une guerre religieuse et à diviser l'Eglise catholique, avait été, à un mot près, employé plusieurs mois auparavant, par le docteur Heinrich Schrœrs, professeur de théologie catholique à l'Université de Bonn : Der Krieg und der Katholizismus, La Guerre et le Catholicisme? U Avertissement de ce livre est daté de novembre 1914, V imprimatur donné par l'évéché d'Augsbourg, du 10 février. A cette date, le plan du volume La Guerre allemande et, le Catholicisme, qui ne devait voir le jour qu'à la fin d'avril, n'était même pas conçu.

Et déjà une traduction espagnole, allégée de quelques pages de l'original, La Guerra y et CatolicismOy propageait dans la péninsule ibérique et dans toute l'Amérique du Sud l'idée que la victoire des Alliés serait funeste à l'Eglise, tandis que la victoire austro-allemande serait pour elle un triomphe.

Français, devions-nous garder le silence ? Qui avait jeté dans le débat les intérêts du catholicisme ?

Les catholiques allemands et même leurs chefs ont affecté de se voiler la face, avant et après la publication de notre volume, parce qu'un certain nombre d'évêques français avaient

accepté de donner leur nom à notre Comité de propagande.

Faut-il répondre pour la dixième fois, — il le faut bien puisque les Allemands rééditent inlassablement leur grief, — que ces évêques, évêques des diocèses momentanément envahis, ne sont pas intervenus au nom de la hiérarchie catholique, mais comme témoins autorisés des événements et des faits qui s* étaient passés chez eux, comme garants de la véracité des auteurs du livre?

Nos évêques avaient poussé si loin le souci de ne pas partager la hiérarchie que, réunis à l'Institut catholique, le 25 novembre 19 14, ils avaient évité toute manifestation d'ensemble relative à la guerre.

Trois semaines plus tard, le 13 décembre, les évêques allemands, par une lettre collective, s'efforçaient d'écarter de l'empereur et du peuple allemand toute responsabilité dans le déchaînement de la guerre mondiale.

Par quel miracle ce qui est légitime et naturel de la part des Allemands deviendrait-il illégitime et monstrueux de la part des Français, s'il leur plaisait d'agir de même? Enigme.

A moins de s'incliner devant l'axiome : l'Allemand fait la loi, l'Allemand crée le droit

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Si désagréable qu'il nous soit donc de continuer une polémique, qui, nous T avouons, ne va pas sans quelques inconvénients, nous considérons comme un devoir supérieur de ne pas laisser tomber purement et simplement toutes les réponses qui ont été faites au livre: La Guerre allemande et le Catholicisme. On ne manquerait pas d'affirmer iirhi et orbi que nous avons été réduits au silence.

Pour ne pas faire descendre la querelle dans des milieux qu'il n*est pas nécessaire qu'elle atteigne, nous avons préféré répondre par la voie du livre et en une fois, plutôt que de recourir jour par jour aux articles de journaux et aux brochures.

C'est donc à l'ensemble des objections qui nous ont été opposées que nous répliquons dans ce nouveau volume : U Allemagne et les Alliés devant la conscience chrétiejine. Du moins à celles de ces objections qui ont quelque valeur et quelque tenue. Car, de répondre aux brutales invectives et aux dénégations sans preuves d'un docteur Pfeiffer qui, avec Taménité de tradition dans la culture germanique, me qualifie d'infâjne, de faux témoin, de cynique, d'halluciné, de calomniateur et me déclare bon à enfermer, pas plus aujourd'hui qu'hier je n'y condescen-

drai. Et pas davantage ne prendrai-je au sérieux la lettre tragi-comique où le professeur Schulte semble me rendre quelque peu responsable du massacre des prêtres du couvent des Carmes, le 2 septembre 1792, sous le fallacieux prétexte que je lui ai fait voir, il y a quelques années, le corridor par où ils passèrent pour aller à la mort. Que ne vous a-t-il été donné de prévoir l'avenir, cher professeur Schulte, car sans doute vous eussiez refermé sur votre guide la porte du cachot du général Hoche que vous vîtes aussi; et, oublié dans cet in pace, je ne vous contristerais pas aujourd'hui ! Mais ne croyez-vous pas, monsieur le professeur, que quand vous affirmez que l'établissement même de la Réforme protestante en Allemagne ne coûta pas la vie à 120 prêtres, tandis qu'en France il ne fallut qu'un après-midi pour atteindre ce chiffre, vous tendez simplement à prouver que les prêtres allemands, mis en demeure au xvr siècle de passer à l'hérésie, préférèrent l'apostasie à la mort? Comme les fidèles, ils obéirent au prince : Cujus reg'iOy ejus religio. Chez nous, sur 120 prêtres à qui on demanda, sous peine de la vie, de prêter un serment schismatique, 120 se laissèrent tuer. Et il en serait encore de même aujourd'hui, comme l'a prouvé

r admirable fidélité de notre clergé lors de la loi de Séparation.

Il me semble également fort inutile de réfuter l'argumentation soi-disant ad hominem de la Kœlnische Yolkszeitung qui a trouvé spirituel de glaner quelques textes dans la collection complète de la Revue pratique d^ Apologétique, que je dirige avec deux confrères, et de les réunir sous ce titre : Mgr Baudrillart apologiste. Il s'agit de prouver que, dans les dix ans qui ont précédé la guerre, j*ai dit, ou laissé dire que la France avait besoin d'être rechristianisée et qu'on pouvait parfois prendre exemple sur les catholiques allemands. Et quand j'aurais dit cela, je n'aurais rien avancé qui fût en contradiction avec ce que j'ai imprimé, ou laissé imprimer, dans la Guerre allemande et le Catholicisme; car, nulle part il n'y est écrit que la France n'a pas besoin de devenir plus chrétienne et qu'il ne se rencontre rien de bon chez les catholiques allemands. Mais, en outre, quelle n'est pas votre mauvaise foi, ô Kœlnische Yolkszeitung! Les trois quarts des passages que vous citez ne sont pas de moi ! Il y en a de divers collaborateurs de la Revue, il y en a même qui ne sont que des renseignements extraits de tel ou tel journal ! Un directeur de

revue, surtout quand la direction est collective, poussera-t-il l'intransigeance jusqu'à ne jamais laisser passer une idée qui ne soit strictement conforme à sa propre pensée ? Et, si vous voulez tracer mon portrait comme apologiste à l'aide des vingt volumes de la Revue pratique d"* Apologétique, je serai sûrement le plus complet, le plus universel et le plus multiforme des apologistes qui aient jamais paru sur la terre! De tels procédés de polémique ne sont pas dignes d'écrivains qui se respectent.

Et maintenant vous plaît-il de connaître ma propre pensée que vous avez noyée sous le flot de citations étrangères? La voici. Il y a en France, à côté d'admirables qualités, de douloureuses lacunes que le moraliste, le prédicateur et l'apologiste ont le devoir de signaler. Le Centre allemand, quand il était un parti vraiment catholique, a donné des exemples dignes d'être proposés à l'imitation du monde; l'attitude qu'il a adoptée depuis quelques années est funeste à l'Eglise. Tout compte fait et malgré la foi profonde du petit peuple catholique en A.llemagne, foi qui m'a édifié autant que qui que ce soit, l'Allemagne est, dans son ensemble, plus dangereuse que la France pour l'avenir du catholicisme.

Ces discussions écartées, quels sont les points sur lesquels nos contradicteurs opposent à nos assertions de prétendues réfutations ?

Il y en a six qui correspondent, à peu de choses près, aux chapitres de Touvrage du chanoine Rosenberg : Der deutsche Krieg und der Katholizismus.

1° Vous kvez tort de prétendre que les principes qui dirigent la politique allemande soient inspirés par une philosophie anti-chrétienne; c'est la France qui est antichrétienne et non pas l'Allemagne;

2° Quoi que vous en disiez, vous êtes, vous Français et vos alliés Russes et Anglais, les auteurs responsables de la guerre; cette guerre, l'Allemagne l'a subie et ne fait que se défendre;

3° La France et l'Angleterre avaient, avant l'Allemagne, violé la neutralité belge; par conséquent, en envoyant des troupes en Belgique, l'Allemagne se trouvait, non seulement dans le cas de nécessité qu'elle a invoqué, mais dans le cas de légitime défense;

4° Vous n'avez pas établi par des faits irréfutables que les Allemands aient outrepassé les droits et violé les devoirs des belligérants; quel-

ri

ques excès individuels ne peuvent leur mériter la réputation de barbares que vous cherchez à leur faire;

5°Par votre alliance avec les Anglais protestants et les Russes schismatiques, vous exposez aux plus graves périls l'Eglise catholique, périls que seule peut conjurer la victoire de l'Allemane unie à l'Autriche.

6° Le sectarisme du Gouvernement français et l'incapacité des catholiques français à s'organiser pour lui tenir tête font que l'Eglise catholique subira de nouveaux désastres chez vous et au dehors, à moins que la France ne soit vaincue. Le Centre allemand, au contraire, demeure le type parfait sur lequel les catholiques des autres nations doivent se modeler, s'ils veulent garder leurs positions et en conquérir de nouvelles.

Donc votre fameux livre La Guerre allemande et le Catholicisme ne tient pas debout : nous en avons renversé toutes les thèses.

Nos contradicteurs n'ont rien renversé du tout, par la raison très simple que, fidèles à leur méthode nationale, ils n'ont apporté que des affirmations et point de preuves.

Mais comme les affirmations en imposent

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toujours au plus grand nombre des esprits, nous avons cru devoir les reprendre une à une, et les discuter à fond : c'est l'objet des huit chapitres qui constituent ce nouveau volume.

En des pages d'une haute portée philosophique, Mgr l'évêque de Nice y démontre que, bien réellement, derrière les faits et les crimes, derrière toute l'entreprise belliqueuse d'aujourd'hui, avec les procédés qu'elle comporte, il y a une doctrine qui la consacre, l'inspire et la dirige; la culture et le militarisme de l'Allemagne sont étroitement solidaires ; ils n'existent que l'un par l'autre et l'un pour l'autre; le pangermanisme est devenu une théorie du monde, une philosophie, une religion; il a « informé » l'âjne allemande au point de paraître l'avoir accaparée tout entière. La France, quelles que soient ses erreurs, ne les a pas du moins incarnées au point de les faire siennes avec unanimité et de s'y fixer comme dans l'absolu. En outre, l'idéal dont elle se réclame est un idéal généreux qui, en dernière analyse, peut être ramené à l'idéal chrétien.

Un historien, justement réputé par des travaux de premier ordre sur l'histoire de la Révolution et de l'Empire, M. de Lanzac de Laborie, a bien voulu reprendre pas à pas, en se servant

de toutes les publications diplomatiques qui se sont succédé depuis quinze mois, et en les illustrant de souvenirs et de sages réflexions, le problème, — si problème il y a, — des causes et des responsabilités du conflit européen.

Quelques semaines avant de devenir ministre d'Etat et de servir la France par sa mission à Athènes et à Salonique, M. Denys Cochin nous avait remis la brève et vigoureuse étude qui dissipe une fois de plus tous les doutes sur la façon dont fut violée par l'Allemagne, et par l'Allemagne seule, la neutralité de la Belgique; sans se laisser berner par aucun sophisme, il marque au fer rouge l'immoralité d*un tel acte, prélude de tant d'autres crimes.

Ces crimes, trois auteurs, dans le volume que nous présentons à la conscience chrétienne, en ont dressé de nouveau le bilan : le R. P. Janvier, le baron d'Anthouard, et M. François Veuillot, chacun à un point de vue particulier.

Déjà dans la Guerre allemande et le Catholicisme, M. le chanoine Gaudeau avait rappelé, avec la rigueur théologique et la précision de style qui lui sont propres, les lois chrétiennes de la guerre. Sous une forme nouvelle, le grand orateur de Notre-Dame touche aux mêmes questions : les belligérants et la loyauté ; — les bel-

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ligérants et les innocents ; — les belligérants et les monuments, le pillage; — les belligérants et la morale; — les belligérants et la religion. Après les principes, les faits; puis une discussion éloquente et serrée des explications que les Allemands ont prétendu donner de leur conduite, en particulier de celle qu'ils ont osé tirer de l'intérêt général de l'humanité et de la religion. Pour conclure, d'admirables pages, animées d'un souffle tout évangélique sur les limites du droit de représailles : « Je supplie les gouvernements et les officiers des nations alliées de prendre toutes les mesures pour empêcher nos soldats de se livrer aux vengeances condamnées par la loi morale et par l'Evangile. Je supplie tous les soldats qui liront ces lignes de se montrer justes, humains, tempérants, chastes, religieux pendant toute cette abominable guerre. )v

C'est avec l'austère simplicité d'un procèsverbal que M. le baron d'Anthouard a fait la pleine lumière sur un autre aspect de l'impitoyable et parfois cruelle dureté des Allemands : le régime des prisonniers de guerre. Ce procès-verbal, presque seul avec M. le marquis de Vogiié, président du Comité central de la Croix-Rouge française, M. d'Anthouard était

chez nous en situation de l'écrire, a Voici les faits, écrit-il au terme de son exposé, voici les dates et les témoignages des neutres. Il en ressort avec évidence que la France a tenu tous ses engagements, a été fidèle à ses traditions d'humanité, a pris l'initiative de traitements bienveillants et libéraux quant au régime des prisonniers et à leur assistance. Il en résulte aussi qu'elle a défendu les intérêts de ses enfants avec une fermeté et une dignité qui excluent aussi bien les basses vengeances que les concessions humiliantes. Cet exposé impartial montre également que, partout et toujours, l'Allemagne dédaigne aussi bien le respect des conventions que de la vérité et demeure inébranlablement attachée à ses principes de dureté, ainsi qu'à ses pratiques de terrorisme. »

M. François Veuillot, dont l'article tendait à une autre fin, n'avait guère qu'à revenir incidemment sur tel ou tel des faits qu'il avait avancés dans son travail, « La Guerre aux églises et aux prêtres », inséré dans notre précédent volume, et dont l'exactitude avait été contestée.

Ces trois études ne contiennent-elles pas comme la substance de ces paroles prononcées hier même par M. Painlevé, ministre de l'Instruction publique, à la cérémonie célébrée en

l'honneur de Miss Edith Cavell, Théroïque et touchante victime de l'assassinat légal perpétré par l'autorité militaire allemande :

(( L'Allemagne a déchaîné la mort sur le monde. De la mer du Nord jusqu'aux Vosges, de la Belgique jusqu'aux Balkans, elle a promené partout ses monstrueuses machines à tuer et ses procédés scientifiques de massacres. Elle a rempli nos yeux de visions d'épouvante; elle a établi le crime à l'état permanent et universel. »

A l'esprit pénétrant, à la plume alerte de Mgr Batiffol, a été réservée la tâ.che de faire remarquer aux neutres qu'il sied assez mal à (( l'ami de Luther », au persécuteur des Polonais du grand duché de Posen, à l'allié des Turcs sanguinaires, bourreaux des Arméniens et des Grecs, à celui qui chaque jour travaille à déchaîner contre les chrétiens la guerre sainte de l'Islam, d'affecter tant de souci des dangers que pourraient faire courir au catholicisme l'orthodoxie russe et le protestantisme anglais. En vérité, le libéralisme, dont les Anglais s'inspirent aujourd'hui partout où ils sont les maîtres, assure à l'Eglise catholique le respect de ses droits. Et si, du côté de l'orthodoxie russe, nous reconnaissons loyalement qu'en raison du

passé il subsiste chez nous plus d'inquiétudes, du moins sommes-nous aussi fermement persuadés que, de l'ensemble des circonstances nouvelles issues de la guerre, naîtra la nécessité de respecter les engagements pris, de tenir compte des tendances religieuses de chaque groupement nationctl et finalement d'abandonner toute politique qui tyrannise les consciences.

Au surplus, les Allemands s'imaginent-ils que les catholiques et l'Eglise devraient les absoudre de leurs crimes et m^ême s'en faire les complices, sous prétexte que ce serait leur avantage? (( La sainteté et l'honneur de l'Eglise, dit admirablement Mgr Batiffol, se révoltent à l'idée de ce marché. »

Regardez le Centre allemand ! Regardez les catholiques allemands ! C'est le refrain dont on nous berce depuis longtemps, nous autres pauvres catholiques latins, et persuadés -que leur conduite est plus que jamais exemplaire, c'est avec une ardeur rajeunie que, depuis le commencement de la guerre, nos coreligionnaires d'Allemagne redisent à tous les échos : <( Regardeznous ! Mais regardez-nous donc ! » Et bien oui ! On va vous regarder et même de très près, à la suite de M. Edmond Bloud. Et que va-t-on découvrir? Oh! des choses que beaucoup d'entre

nous savaient, mais que le public ignorait en général hors d'Allemagne. Pourquoi votre outrecuidance et votre parti pris de vous élever à nos dépens nous obligent-ils à les révéler? Mais soyez tranquilles ! Ce n'est pas chez nous, auprès des nôtres, que nous nous renseignerons sur vos affaires : c'est chez vous et auprès des vôtres. C'est à vos propres publicistes, à vos propres orateurs que M. Bloud a emprunté toutes les paroles qui vous condamnent et qui établissent que, loin de mériter les éloges auxquels avaient droit leurs devanciers, les catholiques allemands d'aujourd'hui, du moins dans la personne de leurs chefs politiques, font courir de véritables risques à la doctrine, après avoir subi eux-mêmes les plus fâ.cheuses infiltrations rationalistes, protestantes et pangermanistes.

Ainsi se justifient, à l'égard de l'attitude religieuse de l'Allemagne, les douloureux pronostics de Léon XIII et de Pie X.

Il y a quelques jours, le vénérable et saint archevêque de Reims, sur la demeure comme sur la cathédrale de qui s'acharnent les « pieux guerriers » de l'Allemagne (le 4 mars, n'avaitil pas déjà reçu dix obus dans sa maison épiscopale, dont l'un avait éclaté dans la cheminée de son cabinet de travail ?), le cardinal Luçon,

as-je, m*écrivait pour s'excuser de ne pas assiser à rassemblée des évêques protecteurs de lotre Université catholique; il ne voulait pas quitter, même pour trois jours, la cité martyre. Et, me félicitant de notre propagande française, il tenait à me conter ce trait :

« C'était en 1898. J'étais allé à Rome pour ma visite ad limina. A ma dernière audience, j'exprimais à Léon XIII mes respectueuses félicitations pour la belle Encyclique qu'il avait adressée aux nations chrétiennes non catholiques, et dans laquelle il leur disait qu'il leur tendait très affectueusement la main : Dexteram per amant er imper tnnur. Et je lui demandais s'il avait eu la consolation d'obtenir quelques résultats. — <( On dit que la Reine d'Angleterre est catholique? — Oh! je n'en sais rien : c'est une mystique. — Et la Russie ? — La Russie persécute toujours les catholiques- en Pologne. Cependant nous venons d'obtenir quelque chose pour une nomination épiscopale. » Et de lui-même : (( Oh ! dit-il, mais c'est l'Allemagne! Oh! l'Allemagne; les Allemands, ils ont l'esprit de Luther, ils sont inféodés à l'esprit de Luther. Avez-vous lu ma lettre sur // beaio Canisio? — Oui, très saint Père, et avec admiration. — Eh bien ! vous ne sauriez croire

les tempêtes de colères qu'elle a soulevées en Allemagne. Ah ! les Allemands, les Allemands ! Ils ont l'esprit de Luther, ils sont inféodés à l'esprit de Luther. » (Textuel.) — Et comme nous nous retirions, pendant qu'il bénissait les prêtres qui m'accompagnaient, il se redressa sur son fauteuil, et me dit en me regardant : « Yaleat G allia! Yaleat et resurgat! C'est mon vœu le plus cher, c'est ma prière de tous les jours! »

Que de paroles encore plus fortes je pourrais, s'il m'était permis de nommer le cardinal romain de qui je les tiens, citer du saint pape Pie X indigné de la façon dont les chefs du catholicisme allemand avaient accueilli l'Encyclique Pascendi, le serment anti-moderniste, le décret sur la première communion, l'Encyclique sur saint Charles Borromée! Partout, partout l'influence de l'esprit de Luther! Si l'on n'y prend garde, en dépit de la foi populaire, l'Allemagne catholique dirigeante se retrouvera dans l'état d'esprit qu'elle manifestait à la fin du XVIII* siècle et au commencement du XIX*, état qu'a si parfaitement décrit M. Georges Goyau. Quel exemple et quel guide pour les catholiques des autres pays !

Il ne nous restait plus enfin qu'à dire com-

iDcnt avait été accueilli dans le monde le livre La Guerre allernande et le Catholicismey quelles critiques et quelles colères il avait soulevées, quelles approbations il avait rencontrées, quels résultats il avait obtenus. Nous avons confié cette mission à un écrivain dont la valeur morale égale le talent, M. François Veuillot. Son étude, suivie de quelques pièces justificatives, couronne notre nouvel ouvrage auquel nous souhaitons le succès de l'aîné.

Puisse-t-il achever de faire la lumière chez ceux que n'hypnotisent pas les succès momentanés de la force brutale !

Mgr Chapon, M. de Lanzac de Laborie, M. Denys Cochin, le R. P. Janvier, le baron d'Anthouard, Mgr Batiffol, M. Edmond Bloud, M. François Veuillot, ce sont des noms qui inspirent par eux-mêmes la confiance et le respect. Les catholiques du monde entier savent que de tels hommes, même pour servir leur patrie, ne s'abaisseraient jamais à une œuvre de mensonge et de basse polémique. Sans doute, ils sont faillibles comme tous les êtres humains, même allemands; mais ils sont sincères et honnêtes; ils ont, toute leur vie, fait preuve d'esprit critique ; et ils parlent de ce qu'ils savent. Qui ne compterait avec de tels témoins ?

Il6 UNE CAMPAGNE FRANÇAISE

Le jour viendra où éclatera aux yeux de tous les esprits impartiaux la vérité de ce jugement porté par notre ambassadeur à Londres, M. Paul Cambon, au banquet du lord-maire, le g novembre dernier :

(( La guerre se prolonge et, dans cette lutte tragique qui met aux prises la plupart des nations européennes, on peut voir à nu les âmes des deux peuples : d'un côté le courage tranquille, la foi dans un idéal de justice et de liberté, la volonté de n'employer que de légitimes moyens de défense; de l'autre côté des pensées de lucre, l'oubli de tous les principes d'humanité, la destruction de villes ouvertes, la suppression de vies innocentes, une sorte de joie perverse dans l'accomplissement du mal et •le dessein poursuivi avec une puérile inconscience de dominer le monde par la terreur. »

« C'est notre honneur à nous. Anglais, Français, Russes, dirons-nous avec Mgr Batiffol, que luttant pour le Droit, nous ne puissions pas être vainqueurs sans qu'il le soit avec nous et par nous. Nous ne nous raidissons pas dans l'effort surhumain que cette guerre nous demande <( simplement pour porter notre peuple à une grandeur plus écrasante » comme font les catholiques allemands, au nom desquels a parlé

M. Schroers. Nous luttons pour le Droit, pour la souveraineté du Droit, pour la victoire du Droit! Et pour nous, catholiques romains, le Droit n*est pas séparable de la loi morale et chrétienne »

La victoire française, — et cette victoire nous ne ménagerons rien pour l'obtenir, — nous voulons qu'elle soit, suivant le vœu admirablement formulé par Mgr l'évêque de Nice, la victoire de l'esprit sur la chair, de la vérité sur l'erreur, du bien sur le mal. Nous voulons qu'après cette guerre la France et le m.onde vaillent mieux qu'avant. N'est-ce pas le seul prix digne de tant de souffrances, de tant de larmes, de tant de sang répandu?

Décembre 191 5.

(Préface à l'ouvrage V Allemagne et les Alliés devant la Conscience chréiienney décembre 191 5.)

" Ma captivité en Allemagne "

par M. l'abb* AUBRY

Monsieur l'abbé,

Vous me faites l'honneur de me demander une leUre d'introduction pour votre émouvant récit de captivité.

C'est bien plutôt à ceux qui, comme vous, ont été les victimes de nos barbares ennemis, que les. hommes qui ont échappé à ces souffrances devraient demander de leur rendre témoignage: tels les Libelli Pacis, que donnaient, au temps des persécutions, les Confesseurs de la foi.

Confesseur de la foi patriotique et, au sens large du mot, confesseur de la foi catholique, vous l'avez été, Monsieur l'abbé : vous avez souffert comme Français et comme prêtre. Votre soutane a été exposée volontairement à la dérision et aux outrages, comme votre personne aux mauvais traitements, par ceux qui se targuent,

devant le monde, de respecter, mieux que les Français, la Religion et ses ministres!

Sans doute, il passe, à travers votre récit, quelques douces figures de catholiques, honteux et émus des traitements qu'on vous infligeait. Saluons-les ; ils n'ont pu faire plus que de rougir et de vous plaindre. Il y a surtout un bon et charitable prêtre à qui vous rendez noblement justice. Il a été payé par les injures de ses compatriotes, et peut-être par une sorte de disgrâce; car il paraît bien avoir été éloigné, de parti pris, du théâtre de ses bienfaits.

Mais les autres, ces femmes, ces enfants, ameutés contre vous et vous piquant de leurs sabres de bois! Ces gardiens avides et grossiers !

Vous avez bien fait d'écrire ces choses, et de les écrire sans l'ombre de déclamation. Vous dites ce qui fut, rien de plus.

Dans votre cœur de prêtre vous pardonnerez à vos bourreaux; vous avez déjà pardonné.

Mais, Français, vous deviez votre témoignage à votre patrie, calomniée devant les neutres. Vous deviez crier bien haut : Qui donc, parmi nous, s'est conduit comme les Allemands? Ne faudrait-il pas remonter aux orgies révolutionnaires et aux scènes de la Réforme, pour trou-

ver, contre des ecclésiastiques innocents, des actes semblables à ceux dont vous-mêmes et vos compagnons avez été victimes?

Quelle lâ,cheté vis-à-vis d*hommes désarmés, épuisés par la fatigue et les privations, entourés de soldats ! De tels procédés, à l'égard des prisonniers civils, resteront la principale honte de nos ennemis, dans cette guerre d*où leur honneur, à aucun point de vue, ne sortira sauf.

Vous, monsieur l'abbé, vous avez porté dignement le drapeau de la France et la croix du prêtre : l'honneur est de votre côté.

Soyez félicité de ce que vous avez fait, et soyez-le aussi de l'avoir si simplement conté.

Veuillez agréer, Monsieur l'abbé, l'expression de ma respectueuse sympathie et de mon entier dévouement en N.-S.

(Préface au livre Ma captivité en Allemagne y 25 novembre 1915.)

Aux neutres catholiques

îjà, sous plus d'une forme, nous avons, depuis le commencement de cette terrible guerre, fait appel à l'esprit de justice, voire à la sympathie de nos frères les catholiques des pays neutres. C'est à eux aussi que s'adresse le Bulletin, dont nous publions aujourd'hui le premier numéro.

Au fur et à mesure que se déroulent les événements politiques et militaires destinés à modifier profondément la face de l'Europe, plus il devient évident que des idées religieuses, philosophiques et morales, sont au fond de tous les problèmes actuellement posés. Il s'agit moins de savoir quelles seront dans quelques mois les limites de tel ou tel Etat, que de déterminer les inspirations et les directions auxquelles obéira pour une longue suite d'années le monde civi-

se.

La culture germanique, telle qu'elle s'est révélée à nous au cours de cette guerre, avec sa

philosophie, sa science, sa conception nouvelle et anti-chrétienne de la loi morale, l'emporterat-elle sur la civilisation latine et chrétienne telle qu'elle s'est lentement élaborée au cours des siècles ?

C'est précisément parce que la question se présente avec cette généralité, qu'elle ne saurait être réduite aux termes qui paraissaient la contenir autrefois et moins encore à de mesquines querelles sur nos mérites et nos tort«; respectifs.

On nous dit : La France, la France officielle, celle que l'étranger voit à l'œuvre, a eu une attitude déplorable dans les conflits religieux de notre époque ; catholiques, nous ne pouvons souhaiter sa victoire.

Et nous répondons : oui certes, la France officielle a eu cette attitude et nous le regrettons autant que vous ; nous reconnaissons et nous blâmons les torts de notre patrie. Mais allez au fond des choses et vous serez forcés de constater qu'en dépit de tout la France est restée une nation de culture latine, chrétienne et catholique et que, tout entravée qu'elle soit par la politique intérieure de ceux qui présentement la gouvernent, son action extérieure s'exerce conformément à sa culture.

On nous dit encore: Les catholiques allemands ont remporté d'importantes victoires dans leur pays, ils se sont imposés à leur Empereur et à leur gouvernement, ils ont fait preuve de cet esprit d'organisation qui est la caractéristique de l'Allemagne contemporaine. Donc, non seulement ils peuvent nous servir de modèles, mais nous avons lieu de penser que le triomphe de leur pays serait favorable à l'Eglise.

Et nous répondons: Nous ne contestons ni les succès, ni les mérites des catholiques allemands; nous les avons nous-mêmes souvent admirés et parfois enviés. Mais la vérité nous oblige à dire que, depuis un certain nombre d'années, ils se sont eux-mêmes laissé envahir par l'esprit général qui règne en Allemagne; déjà Pie X avait à leur sujet, jeté un cri d'alarme; ce cri, beaucoup n'avaient pas voulu l'entendre; à quel point il était justifié, la présente guerre l'a révélé du jour au lendemain; les chefs du Centre allemand ont marché la main dans la main des pangermanistes et ont montré par là-même qu'ils avaient subi l'influence des doctrines philosophiques dont le pangermanisme est l'expression. Pénétrés à un degré quelconque des erreurs modernes issues

du protestantisme et du nationalisme, amenés à de fâcheuses compromissions, ils ne sauraient être des exemples et des guides pour les catholiques des autres nations.

Au surplus, ils ne sont pas les maîtres en Allemagne et ils ne deviendront pas les maîtres au lendemain de la guerre. Comme les catholiques français, ils sont une minorité et une minorité infiniment plus subordonnée à l'Etat que ne le sont les catholiques français.

Malgré toutes les mesures contre lesquelles nous n'avons cessé de protester et de lutter, nous jouissons, nous catholiques français de plus de libertés et de plus de moyens d'action que les catholiques allemands. D'autre par nous avons prouvé, en acceptant les plus rudca sacrifices, que nous sommes aussi plus complètement soumis aux directions du Saint-Sièg; Nul n'ignore avec quelle désinvolture les chefs actuels du Centre allemand les rejettent quaii'' elles ne leur plaisent pas.

A quel titre, en vérité, les catholiques des pays neutres seraient-ils fondés à nous préfért les catholiques allemands ?

Ils objectent, il est vrai, la catholique Autriche, dont le sort leur paraît solidaire de celui de l'Etat à qui elle sert de « brillant second ».

Quoique opposés sur les champs de bataille, nous nous inclinons devant tout ce qu'il y a eu de vraiment catholique dans la conduite de la monarchie autrichienne. Nous ne saurions cependant oublier, — et les catholiques neutres pas plus que nous, — à quel point cette puissance a subi les influences protestantes et juives qui l'ont si souvent détournée de son rôle ; nous aimons et nous respectons, en tant que frères dans la foi, les catholiques autrichiens, mais nous sommes obligés de constater que leur foi n'a pas été fort agissante. Nous souhaitons pour le bien général, autant que pour le nôtre, que l'Autriche reprenne son indépendance vis-à-vis de l'Allemagne et ne marche pas dans l'orbite du catholicisme allemand.

Une France redevenue, suivant une évolution commencée et que la guerre accentue, plus complètement et même officiellement chrétienne, une Autriche, libérée des influences pangermanistes, protestantes et juives, une Italie grandie par la victoire et réconciliée avec le Saint-Siège, une Espagne, toujours fidèle à l'Eglise, une Belgique, redevenue l' avant-garde des nations catholiques, une Pologne rendue à ses destinées d'Etat slave et catholique, une Angleterre et une Russie rapprochées par leurs catholiques

alliances de la vérité intégrale mieux connue, n'est-ce pas pour la Sainte Eglise, notre Mère, et pour la civilisation dont elle a le dépôt, une plus belle perspective que l'hégémonie de l'Europe livrée à un Empereur protestant qui peut bien faire l'aumône de sa bienveillance à ses sujets catholiques, mais n'est avec eux qu'autant qu'ils favorisent ses orgueilleuses ambitions ?

Ces réflexions et beaucoup d'autres, nous les soumettrons, dans notre Bulletin, avec les documents qui les appuient, à l'examen des catholiques que la Providence a laissés hors de la tourmente ; ils jugeront dans la plénitude de leur indépendance et de leur impartialité.

Quelques personnes nous ont dit : <( Pourquoi vous placer sur un terrain confessionnel ? C'est trop étroit. Tenez-vous sur le terrain du droit et de la morale universelle. Revenez sans cesse sur la violation de la neutralité belge et sur les atrocités commises par les armées de l'Allemagne, ordonnées ou tolérées par son gouvernement. »

Eh bien non ! Puisqu'il s'agit maintenant d'un conflit entre deux systèmes, deux civilisations, deux manières d'envisager la morale etia religion, nous ne travaillerons avec une entière efficacité qu'en nous efforçant de montrer à nos frères toute la portée du débat et toutes ses

suites pour les idées qui leur sont chères autant qu'à nous. Catholiques, nous parlons en catholiques à des catholiques.

{Bulletin du Comité catholique de propagande française. Septembre 191 5.)

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