POUR L'ARMÉE FRANÇAISE
Il faut que le pays regarde du côté du front. Plus il s'unira à la dure mais indispensable besogne de nos armées, et plus celles-ci auront de forces morales et matérielles, mieux elles seront mises en état de rendre la guerre courte et victorieuse.
Les Poilus ne sont pas encore sur la terre ennemie, mais en attendant l'heure de leur attribuer les dépouilles qu'ils y auront gagnées, il y a lieu de s'occuper de travailler à rendre avantageuses les parties les plus lourdes et les plus pénibles de leur travail.
J'ai déjà parlé de ces corps francs, de ces troupes d'élite, de ces détachements avancés, auxquels certaines primes sont allouées dans tel et tel cas de faits d'armes exceptionnels. Ces distributions de récompenses matérielles, extrêmement limitées, peuvent être étendues
aujourd'hui par l'initiative des patriotes. Les nombreuses explications multipliées ici à ce sujet semblent faire pénétrer la lumière dans les esprits et triompher des hésitations primitives. On voit le service immédiat à rendre à l'armée. Et l'on comprend que, plus la nation aura été généreuse envers ses soldats, plus il sera difficile de faire à ses dépens les généreux envers les Boches. Les largesses publiques achemineront naturellement vers la conception d'une guerre productive et rémunératrice : les Allemands nous ont obligés à la faire.
Ne disons pas que la marche en avant préviendra tous les maux, fera taire tous les cafards. C'est vrai aujourd'hui. Mais « la propagande ennemie en France », contre laquelle d'honnêtes gens se sont fédérés, a plus d'un tour dans son sac. Elle prendra des circuits nouveaux pour nous arrêter ou nous ralentir. Agissons comme si la difficulté était intacte : c'est encore le moyen de la surmonter tout à fait.
Le commandant de Kertanguy a fait à notre section de Nantes en faveur de la Part du Poilu une conférence dont un résumé, malheureusement abrégé, a paru dans l'Action française du 20 mars.
Pour imposer la juste part du Poilu, quand le Poilu sera entré chez l'ennemi, coopérons, a-t-il dit, à la Caisse des Primes militaires qui, dès aujourd'hui, serviront à récompenser les Poilus de leurs avances sur le territoire français.
Parmi les déclarations de la droite, portées à la tribune le 21 mars par M. de Baudry d'Asson,est affirmée la nécessité de l'union effective de la coopération étroite entre le pays et ses combattants.
Il faut, a dit l'éminent orateur, enfin associer de plus en plus le pays qui ne se bat pas, au sort du pays qui se bat. Pour le mêler plus étroitement à toutes les phases de la guerre, il faut l'intéresser aux décisions finales et au résultat final du conflit. Mieux il en concevra, non seulement les épreuves présentes, que son patriotisme suffit à lui faire généreusement
accepter, mais aussi les bénéfices futurs, mieux vous obtiendrez la coopération énergique de son intelligence et de sa volonté.
l,a véritable mobilisation civile se fera toute seule, sans qu'il soit besoin d'édicter une loi à son sujet, si la guerre est pensée par chaque citoyen.
Nous sommes très heureux de voir porter à la tribune du Palais-Bourbon, l'une des idées qui nous sont le plus chères, et par laquelle M. de Baudry d'Asson a terminé l'exposé de ses desiderata. Oui, il faut que la guerre soit enfin pensée et comprise, en même temps que ressentie, par le pays. Dans un pays d'intelligence aiguë et de vieille raison tel que celui-ci, chacun, citoyen ou soldat, aime à comprendre la manœuvre qu'il doit exécuter. Il l'exécute mieux quand il l'a bien comprise.
Ainsi vous lui parlez de charges nouvelles, charges fiscales ou charges personnelles : mais, en échange de ces sacrifices, que lui donnerez- vous ? Que lui faites- vous entrevoir ? La question qui se pose pour le civil, s'applique aussi au militaire : pour maintenir, pour élever le moral de la victoire, parlez au soldat des avantages que cette victoire lui apportera. Dites-lui que la paix ne sera pas pour lui, au milieu des ovations vaines et des paroles creuses, une morne rentrée à des champs appauvris, au foyer désolé. Dites-lui que la paix le paiera de ses peines, qu'il recevra de l'ennemi, en espèces, en nature, des indemnités légitimes. Sachez intéresser l'armée et la nation aux justes profits du travail de la victoire : le labeur héroïque en sera activé et multiplié.