‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 127 sur 127 · VOLONTÉ DES PEUPLES MARTYRS · texte numérisé non relu

VOLONTÉ DES PEUPLES MARTYRS

Cette idée gagne et doit gagner au fur et à mesure que des déclarations ou des oraisons fort bizarres, émanant de personnages politiques considérables, déconcertent l'opinion et l'inquiètent, lui font se demander si ces trente-deux mois de douleurs ne vont pas aboutir à un avortement ridicule et à la duperie intense des peuples qui ont le plus souffert. Des profondeurs des nations alliées se dégagent de plus en plus ce sentiment, cette pensée, cette volonté d'une guerre qui paie. Or tous les esprits réfléchis s'en rendent compte, il n'y a qu'un moyen d'obliger les gouvernements à exiger l'indemnité que veulent les nations, c'est d'intéresser à cette volonté de salut le plus grand nombre possible d'individus actifs et puissants, qui ne sont autres que les individus combattants, les mômes qui seraient les premières et les plus pures victimes de la cruelle fumisterie projetée.

Le mouvement se dessine chez les Français. Il s'est accusé aussi chez les Belges. Un journal flamand, le Vaderland, dirigé par M. Van Goethem, et qui est imprimé et rédigé à Paris, se rallie franchement à notre campagne sous ce titre : Indemnisez les soldats.

Il déclare, en effet, dans sa langue, à la date du 13 avril :

Les hommes qui comprennent le mieux la politique veulent que le pays recueille les meilleurs fruits de la victoire, et que, dans le pays, les soldats du front soient avantagés dans la plus large mesure. Ils en trouveront les moyens dans les maisons, les champs, les machines, le bétail, les actions de nos ennemis. Ainsi le vainqueur trouverait dans le pays rhénan la récompense adéquate de ses longs efforts.

Il serait intéressé à pi'émunir efficacement le pays conquis contre une nouvelle attaque de l'Allemand. Les partisans les plus autorisés de cette manière de voir (ter notre nom) se plaisent à rappeler que les grands gouvernements de jadis n'agissaient pas autrement. Ceux qui lisent avec attention la presse française doivent être frappes de l'énergie et delà précision avec lesquelles nos alliés exposent leurs revendications. Ce n'est plus extraordinaire de lire sous la plume d'écrivains français, qui déjà groupent leurs efforts, que le Rhin doit devenir français.

L'écrivain flamand ajoute :

Si nos soldats se trouvent à la tête de tous les soldats de cette grande guerre, tant par les services qu'ils ont rendus que parles maux qu'ils ont endurés, n'est- il pas juste, n'e.st-il pas équitable qu'ils viennent en premier lieu pour la récompense? Qu'on leur attribue la gloire la pius brillante sous forme de mots à majuscule et de bijoux à rubans, c'est très bien. Mais qu'on leur donne des avantages en terres et en argent, cela vaut mieux. C'est agir selon la justice la plus stricte, c'est sauver l'avenir.

...On protestera. Oh! nous savons bien qui! Des hommes qui ne négligent aucune occasion de toucher des prébendes et des jetons de présence. Il serait ridicule d'entendre ces hommes nous reprocher de convoiter la propriété sacrée et inviolable du Boche innocent, mais ceci n'est pas un jeu pour rire. Les Belges, pour longtemps, ont désappris de rire.

Les Français, en particulier les combattants français, ne rient pas davantage. Nous félicitons M. Léo Van Goethem,

directeur du Vaderland, de cette reveQdication''énergique si fermement justifiée. C'est en associant les intérêts positifs des combattants aux fruits, à tous les fruits dorés de la victoire, que l'on fera sonner plus tôt l'heure victorieuse. Et l'heure sonnée, la revendication nationale décidée par l'initiative des bons citoyens, déjouera le rêve hurluberlu, pseudo-humanitaire, de donner au massacre une conclusion insensée. L'artillerie et la mousqueterie boches auraient abattu par centaines et centaines de mille des Français, des Anglais, des Belges, des Russes, des Serbes, des Roumains, des Italiens, des Japonais, et tout ce qui survivrait au carnage serait mis dedans 1 Oui, mis dedans, par un traité qui négligerait tous leurs intérêts, sauvegarderait tous les intérêts allemands, et laisserait subsister l'affreuse menace d'une guerre à recommencer au bout de trois ou quatre ans I

Nous ne voulons pas de cette ineptie.

Les nombreux patriotes qui ne se soucient pas d'être passés à la couverture, eux et la France, comme de simples congressistes socialistes, sont conviés à adhérer à notre Caisse des Primes militaires, qui servira de point de départ à une Ligue politique pour la Part de la France, pour la Part du Poilu. Nous n'avons cessé de répéter aux dirigeants : « Mobilisez les intérêts nationaux pour la guerre totale. » On ne nous a prêté qu'une oreille distraite. Eh! bien, que les intéressés se mobilisent eux-mêmes, tout seuls! Qu'ils se fédèrent et se conîédèrent avec nous et avec nos amis ! C'est la voie du salut public.

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