GRAVE CONFIRMATION
suasion que le coup de force était possible. D'avoir vu un général républicain — sous l'Empire — hésiteret biaiser avant de répondre à une demande de pronunciamiento catégorique m'a donné tout espoir. Nous réussirons par le haut et par l'armée. Cela eût été difficile avec un homme comme Dessirier, dont le profond loyalisme était si connu des hommes au pouvoir qu'ils supportaient toutes ses boutades, à cause de leur confiance en lui. Si nous avons échoué avec des soldats — aujourd'hui nos amis — parce que les soldats sont traditionnels et que la République a déjà ses traditions, nous ne pouvons pas ne pas réussir avec des généraux, comme j'en connais, qui, fils de la faveur républicaine, seront demain les plus ardents à briguer des faveurs royale^ plus grandes.
« Prenons donc les amis les plus chers du pouvoir actuel, les plus fidèles, de l'escorte prétorienne de Clemenceau. Ayons l'argent, et par l'argent, achetons tous les moyens et tous les mobiles. Achetons les femmes, achetons les consciences..., les trahisons (1).
« Quelque romanesque que puisse paraître le moyen préconisé, je parle à des gens trop revenus des moyens parlementaires pour n'être pas approuvé sans réserve. »
C'est bien le cas de rappeler que, en octobre 1659, Georges Monk faisait inscrire sur ses étendards que « /e Gouvernement ne peut subsister que par l entière soumission du pouvoir militaire au pouvoir civil » et que « la république doit être gouvernée par des parle-
il] Sur ces horribles et abominables paroles voir Trois Consciences délicates, à l'appendice III.
ments » : en mai 1660, il faisaitproclamer Charles II ! Voilà un fait. Le dialogue de notre correspondant et du général Dessirier est un autre fait. Quant aux idées, nous pourrions en ajouter à perte de vue sur cette doctrine du coup de force, mais elle est de simple bon sens.
Bornons-nous à recueillir l'argumentation très sensée d'un de nos confrères les plus distingués delà presse de province, M. Francis Guignier, directeur du Patriote de Saint-Dizier (1) :
De « bonnes élections », dans l'éiat actuel des mœurs fjouvernementales, c'est la chose du monde la plus impossible à faire. Borner son ambition à l'action électorale, c'est donc sciemment dépenser en pure perte son temps, son argent et son énergie.
Mettons-nous bien dans l'esprit qu'il n'est possible de sortir de ce régime de tj'rannie que par un coup de force. Et la nécessité de ce coup de force — dont conviennent, dans lintimité, les esprits les plus timorés eux-mêmes — il faut la dire, la répéter, la crier sans se lasser :
1° Parce qu'ainsi nous préparons l'opinion à envisager avec sj'mpathie une éventualité en dehors de laquelle aucune réforme d'aucune sorte n'est possible ;
2o parce que c'est en répétant à satiété que la France ne peut être libérée que par un coup de force, que le vœu de tous les bons Français aura chance d'arriver jusqu au soldat audacieu.v, jusqu'au fonctionnaire énergique ou jusqu'au politicien ambiticu-v qui se sentira assez de patriotisme et de cœur au ventre pour risquer la partie- Or ce risque-tout n'agira, ne se décidera à agir, que s'il sent l'opinion suffisamment préparée à son acte et s'il sait que des volontés et des énergies sont prêtes à le seconder
J'estime, quant à moi, que la tâche unique de la presse d'oppositiou est, après les leçons du passé qui proclament
(1) Aujourd'hui secrétaire adjoint de la rédaction à l'Action française quotidienne.