‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 27 sur 127 · MADEMOISELLE DE COIGNY · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE COIGNY

Anne-Françoise-Aimée Franquetot de Coigny était née à Paris, rue Saint- Nicaise, le 12 octobre 1769. Elle perdit sa mère à 1 âge de six ans, et fut élevée au château

de Vigny, « par la maîtresse de son père », une princesse de Rohan-Guéménée. On l'avait mariée, à l'âge de quinze ans, au duc de Fleurj', d'un mois plus jeune qu elle.

Elle était fine, vive, cultivée et presque érudite, au point de savoir le latin et de se plaire aux deux antiquités ; comme dans la cantilène.

Bel avret cors et bellezour anima,

elle avait un beau corps et un esprit plus beau. D'ailleurs, " le charme même de son corps était fait de pensée », dit M. Etienne Lamy. Mais ce n'était pas une sainte (1).

L'ancien régime lui avait connu quelques aventures. La Révolution lui valut le divorce; elle n en fut pas moins arrêtée et emprisonnée comme tout le monde sous Robespierre. Son séjour à la prison de Saint-Lazare dura du 26 ventôse au 13 vendémiaire 1794. Elle y rencontra Chénier, à qui elle inspira La jeune Captive, et le sieur Mourct de Montrond, qui, au lieu de forger de vaines églognes, la délivra environ deux mois avant Thermidor. Il reçut en échange le cœur et la main de la belle divorcée.

Cela dura sept ans. Son premier mari l'avait ruinée à moitié; Montrond, joueur, avait dévoré la moitié de ce qui restait. Le dernier quart consistait, vers 1802, dans le château et le parc de Mareuil. Ce fut Garât qui les fondit. Mailla Garât, membre du Tribunat, parlait avec l'emphase de son hideux métier. Ainsi donnait il l'impression d'une âme enthousiaste ; son attitude et son langage promettaient d'autres joies que celles de l'intrigue. De plus. Garât n'était pas libre. Il fallait le prendre à M"^« de Condorcet. Il fallait les obliger à une rupture. M"e de Coigny était née guerrière et ne détestait pas d'unir la rapine à l'amour. Le tribun fut conquis. Il fut même adoré... Trompée, ruinée, un peu battue, la triste esclave, toujours belle, eut bientôt cessé de songer à la liberté et à la nation : que lui faisaient les phrases rondes du marchand de paroles ? C'était à

(1) Elle avait, dit-il ailleurs, < tant de beauté qu'on lui eût permis d'être sotte, et tant d'esprit qu'on lui eût permis d'être laide ».

l'homme qu'elle s'attachait de toute son âme. Il en bâillait. « C'est elle, dit M. Etienne Lamy, qui s'obstina à le retenir: quand il fut parti, à le reprendre; quand il eut disparu, à le pleurer. »

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