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CENTRALISATION ET CONSPIRATION

Fort de ces deux appuis et la ceutralisation administrative fonctionnant...

A la troisième séance de son premier Congrès {décembre 1907), le Siège central de la Ligue d' Action française fit la communication suivante pour attirer l'attention et la réflexion des Ligueurs sur le meilleur et, par conséquent, sur l'unique emploi de leur ressources, la seule direction utile de leur effort :

l'état est dieu.

... Le mécanisme de la centralisation administrative est si efficace, ses effets sont si pnissants et si continus qu'ils tendent à modifier, non seulement les rouages de Tordre politique, mais les meilleurs éléments du corps social. Nous l'avons établi nettement avant-hier. Cela double nos difficultés. Les rapports de Toulouse, de Tours, de Bordeaux, de l'Ouest tout entier, vous l'ont dit: dune part, le public ne peut pas voir l'Etranger de l'intérieur embusqué dans tous les couloirs de la bureaucratie : le Juif de France n'estpas reconnu, respiré et flairé, comme il l'est en Pologne, en Algérie ou en Alsace ; son action tout à fait secrète se

confond avec l'action la plus centrale du gouvernement ; d'autre part, cet Etat central, tout oppresseur et persécuteur, apparaît au public comme une très sublime providence qu'il aime, craint, et dont il ne peut se passer.

Cette situation funeste et pleine de menaces a cependant de bons côtés ; il faut les voir.

N'ya-t-il pas, en effet, quelque chose de très significatif, de nature à encourager bien des espérances, dans cet instinct ou dans cette nécessité qui porte la masse française à se tourner automatiquement du côté du pouvoir, du Pouvoir en soi, quel qu'il soit, quand cet instinct et cette nécessité se traduisent par un mot tel que celui ci, qui nous vient de Béziers : a On serait royaliste si le roi donnait des places ou des faveurs », ou quand on constate en Gironde que, en élisant leurs parlementaires, les ruraux se soucient de « se procurer un protecteur bien en cour » ? Etre favorisé, protégé ou placé, voilà donc lobjectif de notre « peuple souverain » !

Quelque disciple de M. Demolins objecterait qu'une telle mentalité est spéciale à ce Midi centralisateur, centralisé, étatiste et esclave, de l'Hérault ou du Médoc. Mais dans le rapport de M- de Saint-Méloir sur les Côtes-du-Nord, nous lisons aussi que la masse électorale n'a pas, à dire vrai, d'opinion politique et que l'on peut tenir pour vérité générale et constante l'avis « d'un riche paysan breton maire de sa commune depuis 1872 >» : « Je ne connais, disait-il, dans ma circonscription, que deux maires indépendants. En effet, pour se maintenir, le maire a besoin de distribuer des faveurs à ses électeurs, il est élu pour leur obtenir ces faveurs qu'il est obligé de demander à la préfecture. Il est donc impossible que, dans la très grande majorité des cas, il ne fasse pas voter pour le candidat ministériel Un maire cultivateur n'a pas V indépendance suffisante pour se soustraire à cet état d'esprit qui prédispose la foule à toujours voter dans le sens du gouvernement. C'est la raison pour laquelle et de plus en plus les électeurs en ce pa3^s échapperont aux partis d'opposition. C'est aussi la raison pour laquelle nos élus républicains, de quelques noms qu'ils se soient parés, opportu-

iiistes OU radicaux, ont toujours été ministériels changeant leur étiquette suivant les temps. » Il en sera surtout ainsi dans les circonscriptions de montagnes. M. Bertran de Balanda l'a établi dans son rapport sur nos sections de la Catalogne française. Les pauvres montagnards sont tellement serfs de l'Etat qu'il faut, pour emporter leur majorité, surenchérir contre l'Etat ou contre la Juiverie. ce qui est cher et ne dure guère, comme le prouverait l'historique des candidatures diverses posées par les frères Reinach dans les Alpes de Provence et de Savoie. Mais de riches paj's de plaines ne montrent pas nécessairement plus d'indépendance. Un argument décisif, dans la vallée de la Garonne, est, sans plus : « Le gouvernement n'approuve pas ça. » Une décision blesse-t-elle les consciences ? Si elle vient de l'Etat, c'est-à-dire, en somme, du lieutenant actuel du Roi, le public paj'san se contente de dire : « Le gouvernement doit avoir ses raisons. » Ces généralités autoritaires semblent-elles abstraites? Voici du concret : à Airesur-Adour, il y a deux partis : lourtiesards, antiloiirliesards, c'est-à-dire les contents et les mécontents d'un M. Loui'ties, ce M. Lourties, maire, conseiller général, sénateur, ministre d'un jour et ministrable en permanence, étant traité là-bas comme source et fontaine unique des biens et des maux de chacun. On assurait jadis à la démocratie française que salut, santé et bonheur, « tout dépendait d'elle '). Mais elle n'en a rien cru. Ce phénomène d'immanence l'a laissée profondément sceptique. Elle s'est obstinée à regarder en haut, vers le ciel ou vers le plafond de la politique, aux lieux supérieurs d'où pleuvent l'aide et le secours dès qu'on a su se les rendre propices. Ce n'est point là simple survivance ni pure corruption de l'esprit monarchique. L'animal religieux qui est au fond de 1 homme se révèle en de pareils traits.

A notre ami M. Arnal, qui venait de leur faire une conférence monarchiste, les révolutionnaires du Foyer du peuple de Toulouse se sont bornés à répondre un mot que vous avez déjà entendu et qu'il faut répéter pour le gi'aver dans la mémoire de tous les partisans et de tous les hommes d'Etat :

— Vous avez peut-être raison ; mais ce que nous voulons avant tout, c'est arriver, et vous n'avez pas encore assez de chances de succès pour que nous vous suivions.

Comme on leur demandait s'ils consentiraient à servir en qualité de fonctionnaires un gouvernement monarchique, ils ont répondu :

— « AvKG ENTHOUSIASME ! «

Cynisme ? Oui. Arrivisme ? Indubitablement. Mais cela prouve encore qu'on ne tient plus à la République et que la démocratie, autrefois appelée la Sainte, entourée, il y a trente ans, d'un nimbe, ne trouve plus à se faire aimer pour elle-même... En revanche, on aime toujours à gouverner et à administrer, à servir le gouvernement et à être servi par lui, à être gouverné, à être administré. L'amour de la « Liberté » a péri. Mais l'antique nécessité du roi subsiste, sous forme inconsciente pour le public observé, mais très sensible à l'observateur. Quelle extrême inertie dans cette foule dont plusieurs de nos amis ont si follementpeur !Et dans quelle énorme proportion s'accroissent les moyens du Pouvoir, tel qu'il se développe si facilement tous les jours !

Mais, corollaire immédiat, le centre d'un pareil pouvoir une fois conquis, tout est conquis en même temps. On ne peut rien si l'on ne s'empare de ce point capital : si l'on s'en empare on peut tout. La centralisation, qui facilite tant d'abus, nous désigne le lieu par où se fera la culbute. Tout est donc vain, politiquement, en dehors du théorème fondamental de l'Action française:

— qu'il faut viser au centre,

— et que c'est par là qji'il faut commencer.

IL FAUT s'emparer DE l'ÉTAT.

Tous nos amis le savent. Or nous leur demandons de ne pas se contenter de le bien savoir Car cette vérité, il est important qu'ils la vivent et la pratiquent chaque jour. Car tous les mouvements de notre propagande dol-

veut être pesés, calculés, dirigés au clair de cette vérité, tout ce qui se fait hors de là représentant le gaspillage de l'énergie et la perte du temps, sans compter un argent qui peut être mieux emploj'é.

Nous ferions une faute et nous commettrions une erreur si, en cédant à des sollicitations trop flatteuses, nous essayions d'être une Ligue centralisée. Notre méthode est d'initiative et d'autonomie. Nous n'avons pas d'autre avenir. Toute la valeur vraie de l'Ac/zo;? /rançafse consiste à éveiller, à susciter, à exalter les esprits dans un même sens, le sens dans lequel nous nous efforçons de marcher nous-mêmes tant bien que mal. C'est une méthode d'aspiration, d'entraînement, d'attrait : après avoir expliqué, non seulement ce qu'il faut faire, mais pour quelle raison précise il faut le faire, nous nous mettons à le tenter. Qui comprendnotre idée et qui sympathiseavec elle fait comme nous. Qui nous aime nous suit ; ce n'est pas plus malin. Les nombreux amis inconnus que nous nous sommes faits par ce procédé nous sont trop précieux, nous sommes trop profondément honorés de leur amitié pour rien changer de ce qui nous conquit leur suffrage et leur adhésion.

Donc aucune centralisation matérielle, aucune discipline imposée, ni même acceptée et souscrite avec de l'encre sur du papier 1 Nous recommandons, en revanche, unediscipline sévère, une centralisation sans pitié pour ce qui touche aux doctrines et aux méthodes. L'intolérance s'impose ! Litolérants sur la doctrine et la méthode, nous ne perdrons jamais une occasion de dire, du ton le plus simple et le plus amical, mais aussi le plus ferme, aux bien intentionnés qui se trompent de route : « Mon ami, celte route ne conduit nulle part. Mon frère en royalisme ou en patriéHisme, vous allez aboutir, de ce train, à l'impasse d'oii il faudra revenir sur vos pas. »

Par nos lectures, par nos études, par nos calculs, par l'enseignement direct de ces Maîtres d'où tout nous vient, nous savons que toutes les voies sont des impasses, à la réserve d'une seule. Nous savons que la petite lumière de l'espérance ne peut briller sur nous que dans une certaine perspective bien déterminée, la perspective de la soirée

OU de la nuit, dans laquelle un mouvement quelconque — ou populaire, ou militaiie, à forme de complot muet ou de bruyante insurrection — approchera et cernera ce poste de Paris qui sert provisoirement de cerveau royal à la France, cette place Beaiwaii, ce Ministère de l'Intérieur, cette salle des dépêches en ce Ministère, où viennent aboutir et d'où se distribuent tous les fils du réseau qui tient notre nationalité prisonnière. Tout lecteur à' Action française, qu'il habite Marseille ou Lille, Nantes ou Nancy, doit songer à viser ce point-là, ou ne rien songer. S'en souvenir de temps en temps ne peut pas suffire. C'est à propos de tout qu'il convient d'appliquer la commune mesure et le critérium constant. Un projet nous rapproche-t-il du poste visé ? C'est un bon projet. Il ne vaut rien s'il n'en rapproche pas. Tout est là parce que tout est là, nous n'y pouvons rien.

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