‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 32 sur 127 · MAJEURS ET .MINEURS · texte numérisé non relu

MAJEURS ET .MINEURS

Il y a des Français actifs et des Français passifs.

Les passifs, — bons sujets respectables, éminemment précieux considérés en eux-mêmes, — ne sont personnellement d'aucune utilité par rapports à une action révolutionnaire comme la nôtre. Il ne faut ni les repousser ni les dédaigner. Ce qu'on pourrait faire de mieux serait de les convaincre de rentrer au logis avec les enfants et d'y attendre en repos le soi't des combats. Leur présence sur le terrain encombre. Leurs adjurations déplacées troublent inutilement. Les explications qu'on leur donnerait seraient vaines. Ils ne veulent rien, pas même comprendi'c. Il est vain de s'attacher à les convertir. Nous n'avons pas une heure à perdre devant des lieux que défendent l'erreur, l'intérêt, l'habitude, la pusillanimité, la jactance même Elles sont imprenables, il faut passer outre : allons au plus court.

Dans son discours sur la Conquête royaliste prononcé

le IG juin 1906 (1), notre ami M. Paul Robain a parfaitement indiqué les professions, les classes où le citoyen, en général, est actif et vers lesquelles il conviendrait, par conséquent, de concentrer presque uniquement l'effort de notre propagande : l armée, comptait Robain, le clergé, VUniversité, certaines administrations, les ouvriers de grande industrie, c'est-à-dire les catégories sociales où l'on a chance de rencontrer ce qu'un de nos rapporteurs, M. Bru3-ère, appelle <? les meilleurs, les convaincus , ceux qui entraînent lu masse », — ajoutons ceux qui osent imaginer quelque chose d'autre que ce qui existe. Nous devons y comprendre certains corps d'employés, comme ces voj^ageurs ou l'eprésentants de commerce, ces agents d'assurance dont on nous a parlé hier- En bref, visons, sachons viser ce qui agit comme ferment, au sein delà pâte française. Surtout aussi sachons avoir le dur courage de ne jamais perdre de temps à recruter ce qui n'est pas levain, ce qui n'est pas ferment, ce qui n'est pas excitateur, modificateur, réactif. On ne vous conseille certes point d'écarter ni d'exclure ceux que M. de Beauregard, dans son rapport sur l'Orne, appelle dédaigneusement « les bons messieurs, les bonnes dames » : on vous supplie de ne pas remuer la plus petite phalange du petit doigt pour les conquérir. Ils se dérangeront, à leur heure. Ne vous dérangez pas pour eux. Vous avez mieux à faire. Pour faire ce mieux-là ou pour le tenter, économisez votre effort sur ce point, afin de le donner ailleurs tout aussi généreusement et beaucoup plus utilement.

On peut donc nous apprendre sans nous donner d'alarmes qu'à Roubaix il manque des ligueurs de professions libérales (2) ; d'Arcachon, de Dax. de Saint-Denis, d'Alençon, de Noyon, on peut nous écrire qu'on a bien une élite, /nais l'élite du peuple, une élite sans procureurs, sans coulissiers, sans gros négociants. Du point de vue où nous

(1) Revue d'action française du 1^' juillet 1906.

(2; Un groupe d'ouvriers et d'employés, dirigé par M. Rickewaerl, - a fini par conquérir des avocats, des médecins, des professeurs... (1910).

nous plaçons, l'attitude de ces corps morts les met justement à leur place. Ils nous montrent aussi que nous sommes dans notre ligne, que nous suivons notre ordre, que nous faisons notre fonction qui est de nous mouvoir, de vivre et, en vivant, de troubler le repos des morts. Peut-être qu'un des grands bienfaits du ralliement aura été de nous alléger de cet élément de la population qui a certes un grand rôle à jouer dans la paix de l'Etat, mais qui n'entend rien à la guerre, et auquel nos projets de révolution rédemptrice ne peuvent inspirer qu'une muette horreur.

Avec beaucoup de sérénité et de calme, il convient de traiter tout ce monde-là en mineur. Agissons pour lui, mais sans lui. Servons son intérêt en tuteurs généreux. Sa manie de conservation, s'étendant peu à peu à garder la cause du mal, pourrait l'amener tôt ou tard à acquiescer, puis à collaborer aux destructions les plus odieuses. Seule, le sauvera d'une abjection aussi profonde à laquelle il est condamné, l'institution du gouvei'nement (( sain et moralisateur » qui lui est nécessaire pour demeurer sain et moral. Mais cela nous regarde. Cela ne le regarde pas.

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