‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 41 sur 127 · MAURRAS-PART · texte numérisé non relu

MAURRAS-PART

18 LES BliNÉFiCES DE LA VICTOIRE.

DEBOUT LES INTÉRÊTSI

Il ne faut pas répondre aux réalités par des mots.

Ce n'est pas ici qu'on niera le pouvoir des grandes vérités générales au nom desquelles on peut demander à l'homme le sacrifice de sa volonté, de son sang, de sa vie. Mais, si grand soit-il, ce pouvoir est limité. Si noble que soit né l'homme du sang de France, il est sujet aux nécessités de la vie, et ses besoins composent une partie de sa loi et de son destin.

L'armée boche alignée en face de lui est menée au combat, comme la nôtre, au nom du patriotisme, du sentiment de l'honneur personnel et national, d'un équivalent exact de nos dissertations sur le droit. Mais de plus, on montre aux soldats boches ce qu'on ne montre pas aux nôtres, des avantages éventuels à conquérir sur notre sol, sur notre avoir, sur notre personne : par exemple, l'ouvrier allemand sait que, vainqueur, il sera, comme on l'a dit, une manière de petit patron faisant travailler des inférieurs français. On ne fait rien entrevoir de pareil dans la vicloire française à l'ouvrier français. Je ne vois pas pourquoi on s'obstinerait à laisser à l'ennemi cette supériorité. L'inégalité des deux situations morales peut engendrer des inégalités guerrières déplorables. On se bat contre nous pour la gloire et pour le profit; à quoi bon obliger les nôtres à se battre rien que pour l'honneur.!* Cela est inique à leur point de vue. Cela revient à les découvrir encore un peu plus devant l'adversaire. Ils sont bien assez découverts comme cela.

Mais ce n'est pas encore assez dire : ces arguments sont relatifs. Absolument, le grand avantage serait de resserrer et de consolider par des faits puissants la force du lien national, d'en manifester la réalité palpable, de la faire sentir à tous les étages de la sensibilité du pays. Les honneurs, citations, croix, médailles, rubans et fourragères parlent aux régions supérieures de l'âme française. On intéresse ainsi le cœur. Pourquoi hésiter à intéresser

des places moins hautes, où vivent les désirs et les convoitises de l'intérêt? Encore un coup la guerre est totale. Elle fait appel à toutes nos forces. Nous devrions être assez intelligents, assez pratiques et assez hardis pour employer ainsi les puissances capables de soulever la terre avec les esprits, et, avec les cœurs, ce qu'il y a de plus pesant, de plus lent et de plus résistant dans les corps.

Debout les morts! disait le héros de la tranchée. N'hésitons pas à dire : Debout les égoïsmes ! Debout les intérêts! Debout les passions mêmes, si on les tourne au bien ! Tout ce que l'ennemi exploite contre nous, tout ce que l'anarchie essaie de susciter contre l'ordre et contre la patrie, peuvent les servir. Il n'y a qu'à savoir les embrigader. Il n'y a qu'à l'oser, peut-être...

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