PENSIONS ET RÉCOMPENSES
Les assurances de pensions aux vétérans et aux familles des morts sont des institutions nécessaires, mais elles ne suffisent pas. Elles ne sont môme pas d'une valeur politique et sociale supérieure.
Il faut admettre la pension comme le moyen suprême, hautement équitable et honorable, par lequel l'État et la société achèvent d'acquitter leur dette envers les dévouements qui les ont sauvés. Mais cette annuité représente pour celui qui la donne et celui qui la touche une sujétion en partie double, à laquelle il vaudrait mieux que l'État et le combattant fussent moins asservis. En se gardant de rien supprimer de ce qui existe, un État prévoyant et sage fera bien de commencer par attribuer à ses valeureux serviteurs une récompense en capital (capital en espèces, capital en nature) une fois donnée, et que le soldat victorieux rendu à la vie civile aurait le moyen de faire valoir à son gré. Par là se ferait jour l'esprit d'industrie et l'ingéniosité de la race, et aussi son initiative, son génie d'invention et d'initiative originale. Ces petits capitaux seraient le point de départ d'efforts et de labeurs qui produiraient à leur tour des richesses nouvelles.
Il y aurait aussi le risque de dissipation ou de malchance. Il faut le prévoir pour une minorité. Rien n'empêcherait la société d'y pourvoir en réglant généreusement l'assistance aux anciens militaires qui, après s'être battus en héros, n'auraient su devenir ni bons commerçants, ni agriculteurs suffisants, ni industriels heureux. Leur droit à une vie large et respectée subsisterait intact. Mais c'est la vie féconde des autres, des Français actifs, c'est leur fortune qu'il faudrait commencer par assurer par le doninitial d'un capital pris à l'ennemi et consistant en argent, en produits ou en moyens de production, puisque les pays
boches n'ont cessé de produire durant la guerre. En réparant les dommages industriels ou les manques à gagner causés par de longues années de campagne, cette indemnité personnelle jouerait le rôle de stimulant général dans la vie économique de la nation. Force, elle créerait des forces; et liberté, des libertés.
Comment cela n'est-il pas compté entre les suites nécessaires et les objectifs lumineux de notre victoire ?