L'AVIS DES HOMMES
A Paris, en province, les approbations pleuvent sur notre proposition d'assurer aux dépens de l'ennemi des récompenses en nature, en argent, même en terres, aux hommes dévoués, aux Français courageux et tenaces qui travaillent à délivrer le territoire, et qui demain iront châtier, réprimer, réduire à l'impuissance l'ennemi séculaire à son foyer de turbulence et de barbarie. Chacun nous dit qu'il n'y a rien de plus naturel, de plus sensé, de plus rationnel, de plus juste, ni de plus opportun. On nous l'écrit de toute part. Nous n'avons pas été surpris d'apprendre, comme nous l'avons dit, qu'il existait dans les hautes sphères militaires des dispositions très favorables à notre pensée. Nos lecteurs ne seront pas étonnés non plus de nous voir enregistrer l'avis des hommes.
Notre ennemi tire partie de toutes les ressources matérielles et morales des princes et du peuple, des soldats et des chefs. Nous voudrions que l'on tendît de la même manière tous les ressorts et tous les efforts de la France. C'est un aspect du nationalisme intégral. Tous les patriotes y peuvent venir avec nous, même républicains, même ultradémocrales, et pourquoi pas les socialistes ? L'affaire importe à la bonne conduite de la guerre, elle importe à la prospérité qui doit suivre la paix. Comment s'en désintéresser ?
« On voit, m'écrit-on de tous les coins de Paris, l'intérêt que provoque la campagne pour la participation matérielle et directe des poilus aux bénéfices de la guerre. »
Entre bien des lettres reçues, voici quelques lignes
d'un sergent grenadier, toute ruisselante du bon sens éternel de la France :
Je viens de recevoir l'Action française dans mon abri, construit sous une ancienne voie romaine à huit cents mètres des Boclies, etje ne puis m'empêctier de vous témoigner sur-lechamp ma reconnaissance pour la campagne menée depuis quelques jours, contre la funeste nuée de l'ascétisme et du désintéressement de notre armée.
Encore une fois, vous touchez juste. « Pour qui nous battons-nous? »
Après la guerre, mes champs seront en friche, ma situation perdue, moi-même je serai infirme ou perclus de rhumatismes, si je suis encore vivant, et les impôts seront encore bien plus lourds. Que pense le poilu quand on n'a à lui offrir pour le dédommaf^er que de grands mots?
Le Droit, la Liberté, la Civilisation, l'Humanité, que tout cela s'est usé dans les tranchées !
Tandis que, si vous pouvez lui montrer qu'il se bat un peu pour lui-même, qu'il aura une part des richesses boches, il aura plus de cœur.
Ce ne serait que justice, après tout ce que les Boches ont pillé et détruit chez nous.
Pourtant personne avant vous, que je sache, n'avait osé tenir ce langage.
Non, personne. Mais on tombe d'accord que chacun devrait le tenir. Alors on y viendra. C'est la justice et c'est l'utilité. Il le faut.