AUX HÉROS L'AVOIR DES VOLEURS
Tandis que, dès les premiers jours de l'invasion, l'Allemand ne rêvait que proie et butin en criant : nach Paris/ nach Kalès! le cœur français a supporté plus de deux ans d'une atroce guerre sans qu'il fiit question d'autre chose que de patriotisme, de devoir et d'honneur. Ce régime héroïque nous a donné la série des résistances incomparables qui ont commencé à la Marne, et que
Verdun, vraie couronne murale, surmonta glorieusement. Mais pour finir, et bien finir, chacun sent qu'il faut faire appel à toutes les forces de l'âme et du corps de la France. Un peu partout, et notamment au Moniteur de l'Oise, nos confrères républicains s'émeuvent du même souci national qui nous tient :
M. Charles Maurras vient de soulever dans l'Action française une question très intéressante. Il ne faut pas exiger de ia masse, dit-il, qu'elle se sacrifie uniquement pour la gloire, rindépendance des peuples, le droit, la justice et aux autres idées abstraites; il est nécessaire de luiolTrir, avec ces grandes et belles pensées {loin de nous Vidée de les exclure en effet), des raisons plus positives, et défaire appel au ressort puissant des intérêts. « Debout les intérêts! » s'écrie M. Maurras. Disons aux soldats et à leurs familles les profits réels pour lesquels la France est en lutte.
M. Herbette, dans rÉcho de Paris, approuve complètement la suggestion.
Nos confrères analysent l'approbation de M. Herbette, la contradiction de M. Gauvain, et ajoutent avec raison que « ceux qui repoussent la thèse d'abdication des socialistes doivent dès à présent, leur opposer leurs conceptions réalistes, et qui seront mieux comprises de la grande majorité du peuple français )>.
Je ne sais quel canard philoboche nous défiait naguère d'énoncer des doctrines favorables au sort matériel du peuple. Il est vrai que nous avons toujours été opposés à ce transfert de biens, tout révolutionnaire, qui ne consiste qu'à découvrir Pierre pour couvrir Paul. Mais nous ne voyons que des avantages à aller chercher pour Paul, qui en a besoin et qui les a gagnées, les chaudes couvertures de Hans, de Fritz et de Wilhelm, qui sont nos agresseurs, nos envahisseurs, nos voleurs.