L'OCCASION
Le désaccord a été longtemps silencieux. Bien que cette idée de la « part du poilu » fût détestée des braves chefs
socialistes, à proportion qu'elle était mieux accueillie des intéressés, ils laissaient leurs comparses exécuter de temps en temps une ruade de ce côté, mais, quant à eux, se taisaient avec soin. Cependant l'envie de parler ne leur manquait pas. C'était l'occasion favorable qui faisait défaut.
La leur avons-nous donnée le 4 février? L'un d'eux, M. Bracke, l'a cru, et pour donner corps à son propos, il commence par écrire que nos « conclusions » sont tirées d' « expériences frelatées ».
J'avais eu d'abord l'impression, en lisant l'article où se trouvait ce mot, qu'il nous accusait de tromper nos lecteurs. Pas du tout. Il tend plutôt à dire que nous sommes tombés dans l'erreur ou que nous y penchons, par faiblesse d'esprit. Le puissant cerveau qui a passé vingt ans de vie politique à prédire les transformations qui ne se sont pas produites, et qui n'a fréquenté l'Allemagne et les socialistes que pour se faire rouler par eux, a pitié de notre méprise. Nous l'en remercierions, s'il nous découvrait quelque vérité. Le malheur est qu'il est trompé lui-même, en voulant relever une erreur, qui n'existe que dans son imagination.