‹ Une campagne sur les côtes du JaponChapitre 12 sur 33 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Départ des divisions alliées pour la mer Intérieure. — Réunion des bâtiments au mouillage d'Himesima. — Opérations militaires des 5, 6 et 7 septembre 1864. —Prise et désarmement des défenses du détroit de Simonoseki ; suspension des bostilités, le 8 septembre. Description de Simonoseki et de ses environs. — Soumission du prince de Nagato; convention conclue entre ce prince et les commandants en chef. --Retour des divisions alliées à Yof ohama par la mer Intérieure.

Le 28 août 1864, lorsque les commandants en chef des forces alliées se portèrent sur le détroit de Simonoseki, ils pouvaient appliquer à cette opération des moyens suffisants pour assurer le succès. Le contre-amiral Jaurès emmenait dans la mer Intérieure la frégate la Sémiramis^ la corvette le Dupleix et l'aviso le Tancrède ; le vice-amiral Kuper, la fré^ gâte rEuryalus, portant son pavillon, un vaisseau à deux ponts, une frégate à roues, cinq corvettes et deux canonnières, plus un contingent de cinq à

six cents soldats de marine. Quatre corvettes hollandaises étaient réunies. sous les ordres du capitaine de vaisseau De Man. Enfin le ministre des États-Unis, pour faire figurer le pavillon dans Texpédition, avait affrété le vapeur de commerce le Takiang, sur lequel s'embarquait un détachement de canonniers et de fusiliers pris à bord de la corvette le JameS'town. Cette dernière, étant le seul bâtiment de guerre dépourvu de machine, restait mouillée sur la rade de Yokohama, conjointement avec une corvette et trois canonnières anglaises. A terre, près de deux mille hommes de troupes, campés sur les hauteurs de la ville, assuraient cette dernière contre l'éventualité d'ailleurs bien imprO' bable d'une attaque.

Le 28 août, plusieurs bâtiments dé la division alliée prirent le large. Le Dupleix et le Tancrède étaient du nombre. Tous ces bâtiments naviguaient isolément, à part la remorque donnée aux canonnières ; ils avaient rendez-vous à Himesima, dans la mer Intérieure.

Le 29 au matin, nous fîmes route avec la Sémiramis, naviguant de conserve avec VEuryalus, Le reste de la division nous suivait, la moitié des bâtiments remorquant* l'autre. Nous les perdîmes de vue dès le second jour de traversée.

Le soir du troisième jour, parvenus en vue du chenal de Boungo, nous rencontrâines sous la côte

de Sikok le Dupleix et le Tancrède, qui rallièrent immédiatement. La corvette le Perseus, arrivant de Shanghaï avec un trois-njâts chargé de charbon, communiquait à la même heure avec l'amiral Kuper.

Le 2 septembre, après avoir franchi leS passes de Boungo, nous venions jeter Tancré au mouillage d'Himesima*. Le lendemain malin, les divisions s'y trouvèrent au grand complet. Celte journée fut employée à divers préparatifs.

Himesima, petite île de quelques kilomètres de circonférence, se compose de deux montagnes, dont Tune fort élevée ; sur la langue de terre qui les relie s'élève un village de pêcheurs et de paysans qui ont pour industrie l'exploitation de salines situées en arrière du village. Quelques i/a/cownme^ ou agents de police d'un grade inférieur y représentent l'autorité. A notre présence dans l'Ile, à quelques questions que nous leur flmes, ils opposèrent une im- * passibilîté et un mutisme qui devaient leur éviter toute décision compromettante. La végétation de l'île est assez pauvre; mais les pins qui couronnent les falaises donnent à ses rives un aspect pittoresqye. Nous gravîmes les sommets de l'île, d'où la vue s'étend de tous côtés sans obstacle. A nos pieds, les dix-sept bâtiments à l'ancre dans la petite baie réfléchissaient leur mâture dans ses eaux calmes et transparentes; les embarcations allant et venant entre les navires dornaient au paysage une anima-

tion insolite. A deux milles dans Touest, la province de Boungo étalait ses collines couvertes de verdure, * tandis qu'au nord les hautes montagnes de Nipon et de la province de Nagato bordaient l'horizon d'une double rangée de sommets brumeux.

Une trentaine de milles nous séparaient de l'entrée intérieure du détroit; nous la franchîmes le lendemain. Les divisions se mirent en marche sous vapeur à neuf heures du matin, formant trois lignes de file parallèles, les Français et TAméricain à gauche, les Anglais au centre, les Hollandais à droite. Ce mouvement s'exécuta avec ensemble, et à trois heures les divisions mouillaient dans le même ordre, les premiers bâtiments à 3000 mètres environ de l'entrée du détroit. Les amiraux se rendirent immédiatement à bord de la Coquette^ pour faire avant la nuit une reconnaissance le long de la côte ennemie. A ce moment toutes les lunettes étaient curieusement braquées sur le paysage.

Ngus avons déjà donné la topographie de la première partie du détroit, qui figureun entonnoir limité au nord, sur la côte de Nagato, par le cap Kousi (Kousùsaki), au sud, sur la côte Bouzen, par l'Sakù Une falaise couronnée de pins forme le premier de ces caps et se continue par une suite de collines couvertes de bois du sommet à la base"; de temps à autre un vallon cultivé en rizières vient aboutir au bord de la mer. Le premier de ces val-

Ions, à partir de Kousi-saki, est armé d'une batterie de deux pièces; des canons de campagne s'aperçoivent dans les rochers de la pointe; 500 mètres plus loin, on arrive à la vallée occupée Tannée précédente par la compagnie de débarquement de la Semiramis. — Les deux batteries reconnues par le Cormorant y sont facilement observables. Au delà, réloîgnement et la verdure ne permettent de reconnaître que le grand ouvrage nouvellement construit, désormais achevé et garni de canons. Des pavillons de diverses couleurs sont plantés sur les parapefs ; dans les arbres, sur les collines, la lunette permet de distinguer des tentures de guerre en toile blanche, portant en noir les armes de Nagato, trois boules en triangle, soulignées d'un trait horizontal. La canonnière la Coquette a passé à portée des canons de la pointe; malgré la présence d'un certain nombre d'hommes dans les batteries, celles-ci sont restées partout silencieuses. La côte sud est tout aussi dépourvue de défenses que Tannée précédente ; de ce côté, le cap Mozi, qui s'avance jusqu'à 300 ou 400 mètres de la rive opposée, masque la seconde partie du détroit, lequel, après cet étranglement, s'infléchit au sud, vis-à-vis la ville de Simonoseki, contourne Ttle d'Hikousima, et, revenant au nord-ouest, débouche enfin dans la mer de Chine. Les autres défenses ennemies, sur lesquelles il n'existe aucune notion, à part les renseignements

peu précis de la corvette la Méduse, doivent donc se trouver sur cette île et dans la ville même.

A la nuit, les commandants en chef arrêtent les premières dispositions de Tattaque. 11 s'agit, en considérant la côte sud comme absolument neutre dans le conflit, de s'emparer tout d'abord des défenses qui bordent la rive ennemie depuis Kousisaki jusqu'à l'entrée des faubourgs de la ville. Visà-v4s la ligne à peu près droite formée par cette rive, la côte de Bouzen s'infléchit en formant la baie de Tanaoura. Profitant de cette disposition des lieux, une division d'attaque ira s'embosser en arc de cercle dans cette baie, le chef de fîle mouillant à deux ou trois encablures en dedans du cap Mozi, et concentrera son feu sur les principaux ouvrages ennemis; une seconde division, formée des petits bâtiments, canonnera sous vapeur les défenses de Kousi-saki , qui paraissent moins fortement armées ; enfin, au centre, les deux frégates amirales et le vaisseau se tiendront prêts à porter là où il sera nécessaire le secours de leur nombreuse artillerie. Un violent courant de marée traverse constamment le détroit, changeant de direction quatre fois par jour; vis-à-vis duxap Mozi, sa vitesse atteint par moments cinq à six nœuds, ce qiii rend fort délicate la manœuvre de nombreux bâtiments destinés à prendre un poste et à s'embosser sous le feu de l'en* nemi; il est donc décidé que la marche en avant

n'aura lieu qu'à l'heure où le courant, sortant du détroit, deviendra contraire. Cette circonstance oblige à différer le mouvement jusqu'à deux heures du soir le lendemain.

Les conjectures relatives aux dispositions pacifiques de la province de Bouzen se trouvèrent justifiées. Vers huit heures du soir les gouverneurs de la petite ville de Tanaoura se rendirent à bord de la Sémiramis. Se doutant ^es préparatifs d'attaque des divisions alliées, ills venaient assurer l'amiral de leurs dispositions pacifiques : « Nous avons, dirent-ils, quelques forts et canons sur notre côte ; mais ils n'ont d'autre but que notre protection; nous espérons qu'on voudra bien les épargner. » On s'empressa de les rassurer à cet égard. Ils parurent assez mal informés relativement aux dispositions de leurs voisins, et se retirèrent après avoir disserté en termes généraux sur les malheurs de la guerre.

La nuit se passa sans incident particulier. Un canot, parti de la côte de Nagato, s'était présenté la veille au soir le long de VEuryalus; un officier, évidemment de gi:ade inférieur, qui le montait, avait demandé à parler au vice-amiral anglais ; il lui fut répondu qu'on ne parlementerait qu'avec des officiers d'un rang sufQsamment élevé et dûment accrédités par le prince de Nagato. Le messager s'éloigna.

Dans la matinée du 5, l'on ne put remarquer, vu réioignement assez grand du mouillage ^ de mouvements particuliers dans les batteries ennemies. Vers midi, les bâtiments de la première division allumèrent les feux et firent leurs préparatifs : les mâts de perroquet furent calés. Le reste des bâtiments suivit bientôt cet exemple.

Le changement de flot attendu avec impatience ne se fait sentir que vers les deux heures; une demi-heure après, les six bâtiments de la première division défilent lentement entre nous et VEuryalus dans l'ordre qui leur a été assigné. C'est d'abord la corvette anglaise k Tartar, puis le DupleiXy commandant Pasquier de Franclieu, la corvette hollandaise le Metal'CruiSj la corvette anglaise la Barrossa, la corvette hollandaise Djambi, enfin la frégate à roues Léopard. Tous ces navires sont en branle-bas de combat. Peu de minutes après, ils mouillent à leur poste, tandis que l'ennemi, dont ils sont à bonne porléç, reste silencieux dans ses batteries. Pendant que les corvettes se disposent à s*embosser, opération que rend difficile la force du courant, la deuxième division des bâtiments légers appareille pour se rapprocher de Kousi-saki. Elle se compose des navires anglais Perseus^ Coquette, Bouncer et ArguSy de l'aviso le Tancrède, capitaine Pallu, et de la corvette hollandaise la Méduse^

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