Une cantatrice "amie" de Napoléon; Giuseppina Grassini, 1773-1850
La grande cantatrice qui a rendu célèbre le nom de Giuseppina Grassini est restée jusqu'ici assez mal connue en France — et même en Italie, sa patrie. Nous n'avions guère sur elle, avec la courte notice que Fétis lui a consacrée dans la Biographie universelle des Musiciens, que celle donnée par Scudo à la Revue des Deux Mondes et qui n'est, en réalité, qu'une paraphrase de la précédente: toutes deux insuffisantes, et fautives. On en était là, et l'on ne savait rien de particulier sur une artiste que recommandait pourtant à l'attention, outre le talent dont elle avait fait preuve et qui lui avait valu une renommée considérable, l'intimité extraordinaire qui l'avait liée au plus grand homme de guerre des temps modernes, Napoléon en personne, lorsque paraissait il y a quelques mois dans un excellent journal de Milan, il Monda artistico, le meilleur en son genre que possède l'Italie, une notice très informée sur la Grassini, notice très neuve, très curieuse, signée du nom de M. Antonio Cipollini. L'auteur de cette notice, qui, si je ne me trompe, est allié à la famille Grassini, est en possession de tous les papiers de la grande artiste, de sa correspondance, de tous les documents à elle relatifs: il était donc à même de révéler et de faire connaître, en ce qui la concerne, les faits les plus intéressants et les plus intimes. Il n'a eu garde
■ .Il SEPPINA f.KASSIM
d'y manquer: et si les pages qu'il lui a consacrées ne constituent pas une biographie en forme, si le récit est un peu fait à bâtons rompus et sans s'astreindre à une succession rigoureuse des faits, ces pap'- n'en sont pas moins précieuses, en ce qu'elles nous apportent, sur celle qui en l'ait l'objet . des renseignements nouveaux et précis, qu'elles rectifient les erreurs accréditées jusqu'à ce jour, avec cet avantage qu'elles nous font connaître la femme en complétant la carrière de l'artiste.
Otte figure de la Grassini. vraiment piquante et originale, est tellement intéressante à observer que je me suis plu à l'étudier de prés, et que la pensée m'est venue de la faire revivre, en joignant à ce que mes propres recherches m'apprenaient sur elle les détails nouveaux qu'apportait M. Gipollini et dans lesquels, comme on le verra, je ne me suis pas l'ait fauté de [miser. La femme est charmante, sympathique, bizarre à certains égards: l'artiste est de qualité absolument supérieure, et elle me semblait mériter une histoire aussi sûre, aussi complète, aussi exacte que possible. Sans attacher plus d'importance qu'il ne convient à une étude de ce genre, je me -uis efforcé de tracer cette histoire, dont tout le mérite résidera sans doute dans cette exactitude. Elle apportera du moins un chapitre nouveau a celle de tous les grands artistes par lesquels a été illustré, au xvme siècle et dans la première partie du xixe. ce bel art du chant italien qui, en dépit de certains défauts, a excité justement l'admiration de toute l'Europe et fait la joie de plusieurs générations.
Varèse est une gentille et gracieuse petite ville de laLombardie, située près du joli lac argenté qui porte son nom. En ce pays fertile, tranquille et souriant vivait, dans la seconde moitié du xvme siècle, un couple très uni, si étroitement uni qu'il n'avait pas donné naissance à moins de dix-huit enfants. On comprend qu'avec une telle progéniture, l'existence n'était pas absolument facile. Toutefois, le mari, Antonio Grassini, n'était point, comme l'ont dit tous les biographes, se copiant à l'envi les uns les autres, un simplecultivateur. un povero contadino : sa situation, quoique modeste, était cependant plus relevée, et il faisait profession de comptable, étant employé en cette qualité au couvent de la Madonna del Sacro Monte (plus tard il obtint un emploi officiel à Milan, où il vécut, retraité et pensionné, jusqu'à plus de quatre-vingts ans). Sa femme, excellente et sage ménagère, née Isabella Luini, descendait directement, dit-on, de la famille du grand peintre Bernardino Luini, l'un des plus fameux élèves de Léonard de Vinci. Des dix-huit enfants qui durent le jour aux époux Grassini, un était destiné à se faire un nom illustre dans l'histoire de l'art. C'était une fille, la petite Giuseppina (Maria-Camilla), qui, née à Varèse le 18 avril 1773, devait, avant même d'avoir atteint sa vingtième année, être considérée comme l'une des plus grandes cantatrices de l'Italie, où les grands chanteurs semblaient alors sortir de dessous terre.
On raconte que la mère de la fillette était un peu musicienne, et pour se distraire des soins domestiques, jouait parfois du violon avec une sorte de passion. Et alors, dit un biographe, «le voisinage entendait souvent s'unir aux sons du violon le suave gazouillement d'un rossignol; c'était la voix de la petite Giuseppina; et
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les L.r<'ii> s'attroupaiënl dans la rue pour l'entendre ». El c'est ainsi qu'un jour l'entendit aussi le maître de chapelle de l'église île S;iii Vittore, un brave musicien nommé Domenico Zucchinetti. Celui-ci, frappé de la beauté de la voix de l'enfant, qu'il eûl été désolanl de laisser perdre, dit à Antonio : « Ta ûlle ;i un gosier d'or», et s'offril à lui donner des leçons el à lui enseigner le solfège, ce < | ii i lui accepté. El le petit rossignol, profitant des leçons (le son maître se lit bientôl entendre a l'église, el les Varésans s'extasiaient en l'écoutant, el l'excellent Zucchinetti ne cessait de répétera son pèrequ'il avait en celle enfant une fortune assurée el qu'il fallait la consacrer à l'art. Il fallait doue, ajoutait-il, l'envoyer à .Milan, alors déjà le grand centre artistique «le l'Italie, où elle se formerait el cultiverait l'admirable instrument dont la nature Taxait si généreusement douée.
Le papa Grassini était volontiers enclin à suivre le conseil qui lui étail donné, mais il avail à combattre les préjugés de sa femme, catholique très fervente, qui, apeurée à la seule pensée que sa fille pourrait un .jour monter sur les planches d'un théâtre et paraître devant le publie, la croyait perdue d'avance et ne voulait rien entendre, li faut croire pourtant qu'à force de raisonnements on parvint a la convaincre et a venir à bout de sa résistance, car, finalement, l'enfant lut envoyée a .Milan pour y l'aire son éducation musicale. Là. a peine arrivée, elle eut la bonne fortune d'être prise en affection par le général comte Alberieo Belgiojoso, l'un des dilettantes les plus passionnés d'une famille de dilettantes, qui, frappe de ses dons exceptionnels el de son intelligence, se lit son protecteur el se chargea de son avenir < I ». Entre autres excellent» maître- qu'il lui donna, il la confia, pour le chant, a un professeur expérimenté, Antonio Secchi, qui lui plu- lard pro-
l Deux autres Belgiojoso, le prince Emilio et le comte Pompeo, étaienl ren mes .1
Milan pour leur talent de chanteurs amateurs, et un troisième, le comte Antonio, se distingua comme compositeur
GIUSEPPINA GRASSINI il
fesseur au Conservatoire de Milan, et sous la direction de ce maître habile Tentant lit de tels progrès, el si rapides, qu'à peine âgée de seize ans elle était en état de taire ses débuts et de paraître à la scène. Il n'est pas inutile sans doute d'ajouter que déjà elle était fort belle, ayant eu la chance d'échapper, quelques année- auparavant, à une épidémie de variole qui s'était abattue sur la maisonnée et qui, en frappant tous les <ien>. l'avait par miracle épargnée, en respectant son joli visage.
La voix de la Grassini, lorsqu'elle tut définitivement formée, assouplie et perfectionnée par l'étude, était un contralto superbe et plein d'éclat, d'un velours merveilleux, que \enaient compléter quelques notes de soprano qui en augmentaient l'étendue et la beauté. Cette voix, à laquelle sa rare puissance n'enlevait pas une remarquable agilité, était caractérisée par un timbre profondément émouvant, dont l'accent naturellement pathétique était renforcé par l'admirable sentiment dramatique qui distinguait le talent de la cantatrice. Car la Grassini ne fut pas seulement une virtuose accomplie, comme on en connaissait beaucoup alors: elle fut une artiste dans l'acception la plus complète du mot, une noble artiste aux élans tiers, passionnés et pleins de grandeur, dont la puissance d'émotion, la sensibilité pénétrante et les accents douloureux allaient frapper au plus profond de l'âme des auditeurs et leur arrachaient des larmes. C'est la beauté de cette voix (« une voix du ciel », disait-on ». c'est la splendeur de ce talent qui, dès son arrivée devant le public, produisirent une telle impression qu'aussitôt on la nomma la « dixième Muse » et que son succès fut triompal. La petite fille du modeste comptable de Varèse, qui avait commencé par enchanter ses concitoyens, ne devait pas larder a devenir célèbre, et. justifiant la prédiction de son premier maître, le brave Zucchinetti, allait marcher d'un pas rapide a la conquête de la gloire et de la fortune.
\'l GILSfiPPINA GRASSINI
Tous le- historiens racontenl que la jeune Giuseppina Grassini
fit ses débuts à la Scala de .Milan en 17(.>t. dans deux ouvrages nouveaux de Zingarelli et de Portogallo, ce qui esl inexact et ce qui est aller un peu vite en besogne. Je ne sai- trop si l'on trouverait un seul exemple d'un artiste faisant, sans apprentissage préalable, son premier début sur ci1- planche- célèbres de la Scala, qui fut. des sa fondation, l'un des théâtres les plus fameux de l'Italie entière. La vérité est que la première apparition de la Grassini «levant le public, alors qu'elle venait d'accomplir sa seizième année, eut lieu plus modestement, dans l'emploi de seconde donne, au théâtre ducal de Panne, où elle joua, au cours de la saison 1789-90, laPastorellanobile de Guglielmi, et la Ballerina amante de Cimarosa; peu de mois après <>n la vit paraître pour la première fois a la Scala dan- la Bella Pescatrice de Guglielmi, i Zingari in fera de Paisiello et la Cifra de Salieri. Car, l'ait à remarquer, cette cantatrice, dont l'immense renommée devait se faire dans le répertoire proprement dramatique, commença sa carrière en jouant cinq opéras bouffes. C'est seulement en 17'>2. a Vicence, et en 1793, à Venise, qu'elle aborda les rôles tragiques; et son succès y fut tel aussitôt qu'il la lit rappeler a la Scala. El c'est cette fois qu'elle joua, axant pour partenaires le ténor Lazzarini et le fameux sopraniste Marchesi, deux ouvrages nouveaux, • ciil- expressémenl pour ce théâtre et dan- lesquels elle se plaça tout d'un coup au premier rang : Artaserse, de Zingarelli (26 décembre 1793), et Demonfoonte, de Marcos Portogallo (8 février 1794). Dans ces deux ouvrages elle lit admirer, avec -a rare beauté, la splendeur de sa voix, son habileté de cantatrice et son superbe accenl dramatique. De- lors elle est, .\ peine âgée de vingt ans, en
pleine possession de la faveur du publie, et se voit elassée à l'égal des plus fameuses artistes de ee temps, les Storace, les Giorgi-
Banti, les Billington Sa renommée est faite, et désormais ne
pourra plus que grandir.
\ i (.11 -KPP1NA GRASSINI
De Milan la Grassini retourne à Venise, où elle chante une cantate nouvelle de Mayr, Ternira e Aristo, et VOrfeo e Euridicede Bertoni; puis elle revient à Milan, pour prendre par! encore à l'exécution de deux ouvrages nouveaux. A pelle e Campaspa, de Tritlo il), et Giulietta e Romeo, de Zingarelli. Dans ce dernier, dont les interprètes secondaires étaienl le ténor Bianchi, Monani et M"" Dianand, elle avait pour principal partenaire le célèbre sopraniste Grescentini, qui devait personnifier Romeo, tandis qu'elle représenterait Giulietta. Quel que fût déjà son talent, c'était assurément une heureuse fortune pour une jeune artiste, non seulement de se trouver en contînt avec un chanteur si merveilleux, mais encore de l'avoir ainsi pour partenaire, et d'être l'héroïne de ce héros. Artiste alors sans rival. Grescentini était le digne successeur de toute cette race <le sopranistes qui axaient pour ainsi dire formé en Italie l'admirable école de chant qui taisait l'orgueil et la gloire de ce pays : Senesino, Caffarelli, Farinelli, (iizziello. Guadagni, Millico, Pacchiarotti.... On peut justement railler l'importance excessive que leurs contemporains donnaient à ces artistes exceptionnels, on peut surtout déplorer l'influence que leur immense vanité finit par exercer sur les compositeurs, qui, pour leur complaire et pour complaire au public, sacrifiaient à leur virtuosité jusqu'à la vérité dramatique et au plus simple sentimeiil des convenances théâtrales. 11 n'en est pas moins vrai que leur art était enchanteur et procurait à ceux qui en jouissaient comme une sorte d'ivresse. Quant à Grescentini. nu peut dire qu'il était un grand artiste dans toute l'acception du mot, et qu'il se montrait supérieur a tous ceux qui l'avaient précède, précisément parce qu'a l'étonnante habileté du chanteur, dont ceux-là se contentaient généralement, il joignait les plus belles et les plus nobles qualités du grand tragédien lyrique, et qu'il poussait
1 Et non de Traetta, comme ledit Fétis, qui oublie que Traetta était mort depuis 1779.
l'expression de la passion et le sentiment pathétique a leurs dernières limites. Agé alors de trente et un à trente-deux ans, il était déjà à l'apogée de sa gloire, et son nom. qui retentissait par
ZIKGARELLI,
d'après une estampe italienne contemporaine.
toute l'Italie, n'était pas moins célèbre à l'étranger, où il avait donné des preuves d'un talent merveilleux, non seulement sous le rapport de la virtuosité pure, mais aussi en ce qui touche la beauté du style et la profondeur du sentiment dramatique. « Crescentini,
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«lirait hVlis. lui le dernier grand chanteur qu'art produit l'Italie : en lui a fini la série de virtuoses sublimes enfantés par celle terre classique «le la mélodie. Rien ne peul être comparé à la suavité de ses accents, à la force de son expression, au goût parfait «le ses fioritures, à la largeur de son phrasé, enfin à cette réunion de qualités dont une seule, portée au même degré de supériorité, suffirai! pour assurer a celui qui la posséderait le premier rang parmi les chanteurs de l'époque actuelle < I ). »
Un ne s'aventurerait pas beaucoup sans doute en supposant que la Grassini, «pii était une femme intelligente et qui avait de l'art le sentiment le plus élevé, snl profiler du voisinage d'un tel compagnon et de l'exemple qu'il lui donna il. Son à nie ardente s'échauffait encore à celle d'un artiste si exceptionnellement doue, et leur réunion opérait des prodiges. On le vit bien lorsqu'il s'agit de Gitdielta e Romeo, composition froide d'un musicien non sans talent, mais sans génie, qui ne connut jamais l'inspiration, et dont le cerveau sut rester insensible devant la grandeur de ce poème héroïque de l'amour. Grâce à leur incomparable talent, à la chaleur passionnée qu'ils déployèrent l'un et l'autre dans leur exécution superbe de ce drame palpitant auquel la musique de Zingarelli n'avait rien ajouté, il» réussirent à donner le change au public sur la valeur d'une œuvre sans consistance et sans flamme. et à procurer à celle-ci un véritable triomphe. En acclamanl avec enthousiasme les deux nobles artistes auxquels ils devaient une émotion si profonde, les spectateurs reportaient involontairement une partie de cet enthousiasme sur le compositeur. Ce n'est pas le -eul exemple, au théâtre, d'une œuvre débile dont une interprétation magnifique assure le succès.
1 Et un autre historien dit, en parlant de Crescentini, qui avait passé quatre années à Lisbonne: — « busqué après son départ de Lisbonne, M" Catalani voulut paraître dans les rôles dans lesquels avait brillé Oescentini, elle y échoua complètement et ne fit qu'ajouter aux regrets <Jue tout le public éprouvait d'avoir perdu un chanteur d'un .m — i r;trt' mérite. > (liioyraphie universelle et portative des Contemporains.)
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Laissant les dilettantes milanais, qui ne pouvaient se lasser de l'entendre et de l'applaudir, sous l'impression de l'émoi qu'elle leur avait ainsi causé en compagnie de Grescentini, la Grassini reprenait pour la troisième fois la route de Venise, où elle allait reparaître sur ce théâtre de la Fenice, l'un des plus beaux et des plus somptueux alors de toute l'Italie, qui offrait aux regards un coup d'oeil féerique lorsque, dans ses grandes représentations de gala, deux mille spectateurs, frémissants de plaisir, l'emplissaient de la base jusqu'au faîte (1). Là. elle joue d'abord Issipile, opéra de Gaetano Marinelli (que Fétis a oublié dans la li-tt- des œuvres de ce compositeur), elle retrouve, avec Creseentini, le succès que tous deux venaient d'obtenir dans Giulietta e Romeo, et elle crée encore un opéra que Gimarosa, alors dans tout le rayonnement de sa gloire et de son génie, avait écrit expressément à leur intention et dont il avait su faire un chef-d'œuvre, gli Orazii e Curiazii. La Grassini dans le rôle d'Orazia, Grescentini dans celui de Curiazo, heureusement secondés par Babbini, Mongini et Carolina Maronesi, obtinrent dans cet ouvrage un triomphe complet, partageant le succès du compositeur, qui. dans le genre sérieux, n'avait jamais atteint une telle hauteur. La Grassini parait encore, avant de quitter la Fenice, dans un autre opéra nouveau, Telemaco neW isola di Cali/jso, le quatrième des soixante ouvrages île Simon Mayr, compositeur estimable et intéressant mais un peu trop dépourvu d'originalité, et dont la renommée repose plu- sur- la valeur de son enseignement (il fut. entre autres, le maître de Donizetti) que sur celle de ses œuvres. Malgré l'appoint que lui apportaient
1 L'existence de ce magnifique théâtre ne remontait encore qu'a quelquesannées. L'inauguration de la Fenice avait eu lieu le mercredi 16 mai 1792, parla première représentation d'un opéra nouveau de Paisiello, iGiuochi di Agrigente. dont les rôles principaux étaient tenus par la Giorgi-Banti, Marianna Sessi, le célèbre sopraniste Pacchiarotti et David. « Le libretto de l'opéra fut imprimé, dit un chroniqueur, avec un grand luxe typographique; le frontispice présente une vue de la façade intérieure du théâtre, et dans le texte se trouvent les portraits de Paisiello, delà Banti, de Pacchiarotti et de David. »
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le talent et la beauté de la cantatrice dans le rôle de Calypso, ce Telemaco, d'ailleurs bien accueilli du public, n'obtint qu'un succès passager, et disparut ensuite sans retour. Après avoir pris *part à son exécution, la Grassini quittait Venise,
théâtre san carlo, a naples. — \ m- extérieure (face).
non plus, cette (bis, pour retournera Milan. m;ii> pour se rendre à Naples, où elle était appelée à participer, au théâtre San Carlo, à une grande solennité. Ce théâtre San Carlo, l'un des plus justement célèbres de toute l'Italie, avait été le centre et le témoin des exploits triomphants de la glorieuse écolo napolitaine. C'est là qu'avaient été représentés, notamment, Oreste, VEroe cinese, le A stuzie femminili, Pénélope, de Cimarosa, Andromaca, Antigone, Pirro, de Paisiello, et les ouvrages de Piccinni, Guglielmi, Sarti, Sacchini,
GIl'SEPPINA GHASSINI
Tritto, Tarchi, Anfossi... On y préparail alors, à l'occasion de fêtes fastueuses destinées à célébrer les noces «In prince héréditaire François de Bourbon avec l'archiduchesse Marie-Clémentine d'Autriche, la représenta lion d'un nouvel opéra de Cimarosa, Artemisia, regina di Caria, don! la Grassini devait personnifier l'héroïne. C'est a cette occasion qu'elle avait été appelée a Naples, peut-être a l'insti-
rHÉATRi san carlo a naples. — NU » * intérieure.
gation «In compositeur. Ce fut le premier ouvrage joué à San Carlo a la suite de réparations importantes dont ce théâtre avail été l'objet. H fut représenté an mois de Juin 17'.)". el sans grand succès, par suite de circonstances particulières. Mais la cantatrice \ avait triomphé personnellement, et deux mois après, le 13 Août, elle reparaissait dans un autre ouvrage nouveau, celui-ci de Giuseppe Curci, Cionzalco di Cordova (1).
C'esl ici que se place, dit-on. une aventure assez bizarre, qui
i \<>\ Francesco Florino La Scuola musicale di \apoli.
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qui nous la montre sous un autre aspect que celui de la cantatrice.
On a beaucoup glosé sur ce qu'on pourrait appeler la carrière amoureuse de la célèbre artiste, et il est bien certain qu'elle aurait eu de la |>eine à être admise dans le temple de Vesta. Toutefois, on a pu constater à son avantage que sous ce rapport elle ne fut jamais poussée par la vénalité. D'aucuns, cependant, ont prétendu faire de la morale à ce sujet, et un écrivain alle-
THr.ATRE sa.n carlo a naples. — Vue extérieure (profil).
mand. un certain Stegmann, qui s'est toujours montré hostile à son égard, a cru devoir user de sévérité envers elle à ce point de vue, sans vouloir se rappeler que deux autres cantatrices célèbres de ce temps, ses propres compatriotes, la Billington et la Mara, s'étaient rendues fameuses par leur conduite ouvertement et cyniquement scandaleuse, sans avoir, comme elle, l'excuse de la liberté puisqu'elle- étaient mariées — pauvres maris! Mais quoi? La Grassini était jeune, elle était belle, elle était artiste: lui reprochera-t-on d'avoir éprouve l'enthousiasme de la jeunesse* de l'art et de la beauté? Vivant dans un monde à part, entourée d'adulations et d'hommages, objet de l'admiration générale, enivrée d'encens, en butte à toutes les séductions et à toutes les convoi-
tises, est-il étonnant qu'elle \ ail succombé, qu'elle ait cédé a l'ardeur de ses passions, <]iii «railleurs n'étaient pas ordinaires? Eh bien. non. ne soyons pas |>lus rigoristes «pie de raison, et appliquons-lui seulemenl I»- mol de l'Evangile : Il lui sera beaucoup pardonné... Pour ma part, je ne veux voir eu elle, avec la grande artiste, que la femme bonne, intelligente, charitable qu'elle fut toujours, au dire de tous ceux qui l'ont connue et dont elle savait se faire aimer.
L'aventure dont je veux parler a été racontée naguère par Seudo dans la notice assez insignifiante publiée par lui sur la Grassiui. Elle prend place à l'époque (1797) où, venant de créer a Venise, comme on l'a vu, les Horace* de Cimarosa, la Grassini arrivait à Naples, où ses succès au théâtre San Carlo n'étaient pas moins éclatants: j'emprunte à Scudo son récit :
Dans l'été de cette année 1707. qui fui la dernière de la république de Venise,, madame Grassini se rendit à Naples. ville que la célèbre cantatrice visitait pour la première fois, à ce qu'on a lieu de croire. Appelée dans cette capitale pour contribuer à l'éclat du mariage du prince héréditaire des Deux-Siciles. qui aélé depuis le roi François Ier. père de madame la duchesse de Berri, le séjour de madame Grassini dans ce grand foyer de l'art musical a été pour la cantatrice une des époques les plus heureuse- de sa vie. Piccinni, qui se trouvait alors à Naples. où il était venu chercher un refuge bien précaire contre les vicissitudes de la révolution française, composa pour madame Grassini une cantate qu'elle devait chanter à la cour. Un élève de Piccinni. Anfossi, fut assez puissant pour faire échouer ce projet en substituant un morceau de sa composition à celui de son maître (4). Indigné d'un pareil procède, le prince Auguste d'Angleterre, qui est devenu plus tard le duc de Sussex 2), lit chanter dans son hôtel, par madame Grassini, la cantate de l'illustre compositeur dont on avait méconnu les services. Il o'esl pas inutile d'ajouter peut-être que le prince anglais, qui se donnait pour un grand amateur de musique, était alors entièrement subjugué
l 11 3 i ici, certainement, tout au moins une erreur de nom; Anfossi qui d'ailleurs était bien capable d'une petite infamie de ce ^iire ne pouvait cire a Naples en ce moment: il venait de mourir à Home au mois de février 17!»7 V03 Francesco Florimo :