‹ Une carrière universitaire:Chapitre 19 sur 58 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Retour à Paris. — Le lycée Napoléon. — Cruelles inquiétudes. — Politique extérieure. — Le xvin" siècle. — Mort du fils de M. de Barante. — Visite aux Gharmettes. — Jean-Jacques Rousseau.

Félix Nourrisson se plaisait maintenant à Clermont oîi rattachaient Tamoiir du pays, le succès, de précieuses sympathies. S'il était heureux de reprendre pied h Paris pendant une partie de ses vacances, il ne songeait plus à y revenir définitivement^ si ce n'est dans un avenir encore éloigné, pour entrer à la Sorbonne ou au Collège de France. A ce moment, à Timproviste, le ministre le nomma professeur de logique au lycée Napoléon', à Paris :

« Lejournal vous auraappris, quelques heures « plus tard qu'à moi, ma nomination, qui ne « m'a pas moins surpris que vous. Ce n'est pas « sans trouble que je me décide à accepter la

\. Aujourd'hui Henri IV.

« nouvelle situation qui m'est faite spontané- « ment. Car je ne puis me dissimuler les diffi- « cultes et la longue attente qu'il me faudra « endurer si jamais je parviens, par le Collège « de France ou la Sorbonne, à entrer dans « renseignement supérieur qui, pourtant, me « convientuniquement. D'un autre côté, je quitte « une province où j'ai rencontré beaucoup de (( bienveillance, obtenu peut-ôtre quelques succe ces et contracté de bonnes amitiés. Du moins « le séjour à Paris, au lieu de m'éloigner de « vous, rendra plus fréquents des rapports qui « m'honorent et que je place à si haut prix. Je « compte veniràThiers vers la fin du mois et ne « peux manquer de venir olfrir mes respects « à Barante. Je remets donc t\ la conversation « le surplus de cette lettre (0 septembre 1858). »

M. de Barante, au contraire, ne croyait pas que la nomination de son ami à Paris rendrait plus faciles leurs relations. A mesure que les années diminueraient ses forces, il voyagerait moins. Et puis, à Paris, outre qu'ils habiteraient des quartiers éloignés, il est si difficile de se rencontrer! 11 lui montre cependant de préférence les cO)tés favorables de sa nouvelle situation :

w C'est sans aucune demande ni démarche de

« votre part que vous êtes transféré de Cler- « mont à Paris. Vous nous regrettez et nous « vous regrettons. Aurez-vous plus de loisirs? « Malgré vos craintes, n'avez-vous pas plus de « chances d'arriver à la Sorbonne ou au Colce lège de France? Ce qui est certain, c'est que « madame Nourrisson est rapprochée de sa « famille, que vous aurez ainsi une société d'af- « fection et d^intimité. D'ailleurs, vous retrou- « verez le mouvement d'esprit, les bonnes « conversations, le courant littéraire et philoso- « phique que vous regrettiez. Ainsi, au total, « je vous fais mon compliment, et j'espère que « vous m'écrirez de temps en temps (12 sep- « tembre 1858). »

Les premiers temps du séjour de M. Nourrisson à Paris ne furent pas heureux. Il passa par de cruelles angoisses :

« 11 y a bien longtemps que je me suis donné « l'honneur de vous écrire. Les premiers em- « barras d'une installation n'ont malheureusece ment pas été l'unique cause qui m'a fait me « refuser cette satisfaction. Une maladie de ma « femme m'a subitement jeté dans les plus « grandes préoccupations. Grâce à Dieu et aux « bons soins de M. Andral, qui est venu bien << utilement en aide à notre médecin, le péril,

214 L'NE CARRIÈRE LMVERSITAIRE

" maintenant, est passé. Mais lasouirrance per- •< siste et pourra retenir encore de trop longs " jours M"' Nourrisson qui garde le lit depuis « bientôt un mois. Notre petit garçon, par bon- *< heur, n'en a pas souffert. Au milieu de cette c< tristesse de ménage, vous jugez que j'ignore *< fort ce qui peut se passer en dehors. Je n'ai i< môme pas eu jusqu'à présent aucun loisir « pour m'occuper de la publication de mon « livre* qui est allé où il a plu à l'éditeur. «< Aujourd'hui que j'ai retrouvé quelque liberté « d'esprit, je m'empresse de vous en adresser « un exemplaire par la poste et par le même « courrier qui vous portera cette lettre (19 no- « vembre 1858). »

« — J'ai, répondit M. de Barante, reçu en même « temps votre livre et la lettre où vous me par- *< lez des cruelles inquiétudes que vous adon- ^< nées la maladie de madame Nourrisson. Je « suis heureux d'apprendre que vous êtes plei- « nement rassuré, quoique la convalescence soit « encore pénible et doive se prolonger trop long- '' temps. Donnez-nous donc le plus tôt possible « des nouvelles tout h fait bonnes et parlez à « madame Nourrisson de l'intérêt que nous pre- « nons à sa santé.

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